Des réserves fractionnaires au 100 % monnaie.

Extrait d’un article plus complet du site de Jean Jégu, article intitulé «  Pour une régulation monétaire mondiale. » (chargement pdf de l’article complet)

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1. Les « réserves fractionnaires ».

Pour comprendre les questions monétaires il ne faut pas, en premier lieu, s’appesantir sur les gains des traders, les « stock options » ou autres sujets qui font la une de nos journaux. Ce ne sont là que des conséquences, des prolongements d’un état d’esprit qui s’est répandu partout : le profit, toujours plus de profit.

La profession bancaire n’est certes pas la seule à se soumettre à la loi du profit maximum mais elle est probablement celle qui a commencé et de la manière la plus efficace. Sans refaire l’histoire de la banque – ce qui ne manquerait pas d’être instructif – nous expliquerons le plus clairement possible ce que d’aucuns appellent parfois « le privilège bancaire ». Nous préférons parler de manière plus neutre de « principe bancaire ».

Il ne faut pas rechercher la culpabilité de tel ou tel. Notre conviction est que l’affaire dépasse le niveau des choix individuels. Il s’agit d’abord d’un fait de société. Les évolutions relèveront d’autres faits de société et notamment d’une prise de conscience générale à laquelle nous nous efforçons de contribuer

Comprendre le « principe bancaire » est essentiel pour entrevoir une solution à nos problèmes financiers actuels. L’expliquer se heurte à de sérieuses difficultés. Ce fait social existe depuis quelques siècles. Il reste discret, peu enseigné si ce n’est à la sauvette, plutôt inavoué – peut-être parce qu’inavouable – parfois même contesté par les banquiers eux-mêmes, en tout cas ignoré du public qui ne peut le voir. Le vocabulaire financier échappe à la plupart d’entre nous comme tout vocabulaire spécialisé. Mais, si vous écartez ce vocabulaire, vous voici taxé d’ignorance. C’est pourtant ce que nous n’hésiterons pas à faire préférant être compris.

Prenons, par exemple, un individu habitant un appartement estimé à 300 000 € dont il est propriétaire. Il détient par ailleurs un épargne de 30 000 €, un compte courant de 3000 € et 300 € en espèces dans son portefeuille. Son patrimoine atteint donc 333 300 € dont 33 300 € disponibles pour ses affaires, en particulier 3 300 € en monnaie liquide. Voilà pour le langage courant. Un spécialiste vous demandera de préciser de quelle nature est l’épargne de 30000 €. Un livret A n’est pas de même nature que la détention de SICAV, ni celle-ci que des avoirs en actions. On vous expliquera que les 300 € en espèces sont de la monnaie de base, que les 3000 € sont de la monnaie bancaire ( généralement connue sous l’appellation de M1 ) tandis qu’un compte d’épargne n’en est pas ; ce n’est que de la quasi-monnaie comptabilisée dans un ensemble gigogne englobant le premier et appelé M2 ou M3 selon le cas. En bref avec la monnaie de base sur laquelle nous aurons à revenir, il y a d’autres avoirs financiers classables selon leur nature dans une collection d’ « agrégats financiers » emboités comme des poupées russes et comme si on voulait un peu cacher ce qu’il y a à l’intérieur.

La vérité est pourtant simple et peut être dite en langage ordinaire : à la base il y a les billets ( et, pour mémoire, les pièces bien sûr). Plus exactement il y a les comptes tenus par la BCE, comptes avec lesquels leurs titulaires peuvent acheter des billets. Notez bien que seules les banques et le Trésor Public ont des comptes ouverts à la BCE ( ou à la BdF qui en est aujourd’hui une annexe). Nous dirons donc qu’à la base, il y a les « €-base ». Notre homme détient donc, en billets, 300 «€-base». Les 3000 € sur son compte bancaire ne sont pas des « €-base » mais l’ engagement de la banque de lui fournir sur demande jusqu’à 3000 « €-base ». Cet engagement est sérieux et crédible tant que la banque qui l’a pris est elle-même sérieuse et crédible. On peut donc dire que notre homme possède 3000 « €-promesses d’€-base » qui valent, normalement, exactement 3000 « €-base » sans toutefois être 3000 « €-base ». C’est ici l’élément clé pour comprendre le « principe bancaire ».

Chacun utilise son compte comme si c’était des billets, c’est à dire des « €-base ». Les banques exécutent les ordres qu’elles reçoivent (chèques, virements, retraits, …) exactement comme si elles détenaient des billets. Les banques détiennent bien en effet des billets et des « comptes de billets », c’est à dire des « €-base ». Mais le « principe bancaire » exprime le fait que chacune ne détient en « €-base » qu’une faible fraction du total promis en « €-promesse d’€-base » et comptabilisé sur les comptes bancaires qu’elle gère.

L’explication est simple : la banque ne conserve que le minimum d’argent nécessaire pour honorer tous les ordres reçus de sa clientèle. Elle joue pour cela sur le fait que tous les clients ne sont pas demandeurs simultanément. C’est le phénomène souvent rapporté sous le terme de « multiplicateur » de crédits. Quand elle a 100 « €-base », elle peut gérer par exemple 400 « €-promesses d’€-base ». Ceci revient à dire que quand une banque possède 100 « €-base », elle peut naturellement les prêter en inscrivant 100 « €-promesses d’€-base » sur le compte d’un client, mais en plus elle peut prêter 300 « €-base » supplémentaires bien qu’elle ne les possède pas.

Quand tout va bien, c’est à dire quand les affaires marchent et que la confiance règne, la banque empoche des intérêts sur le total des € prêtés. Si les conditions économiques se dégradent et que la suspicion gagne, il peut y avoir banqueroute : si la clientèle multiplie les mouvements d’argent simultanés et/ou les retraits en billets, la banque ne possède pas assez d’ « €-base » pour exécuter les ordres et/ou faire face aux retraits. Elle finit par se trouver en état de cessation de paiements.

Ce système dit de « réserves fractionnaires », issu de l’histoire, a ses avantages et ses inconvénients. Quand la monnaie de base était constituée de métaux précieux et rares ( or ou argent ) le multiplicateur de crédits, utile pour gonfler les revenus des banques, l’était aussi pour augmenter la masse monétaire disponible pour les clients. Mais que de fois certains de ceux-ci ne se sont-ils pas retrouvés grugés pour avoir fait confiance à un banquier imprudent, c’est à dire trop enclin à prêter au delà du gérable. Aujourd’hui la situation est tout autre puisqu’aucune monnaie n’est désormais arrimée aux métaux précieux et donc n’est soumise à une rareté de fait. La production de monnaie n’est plus une question d’extraction de minerai aurifère mais relève de la décision politique. Ceci permet de réexaminer sans crainte les mécanismes de la création monétaire et autorise la remise en cause du système des « réserves fractionnaires »

2. Le « 100 % monnaie ».

Nous avons pris connaissance du « multiplicateur de crédit », c’est à dire du fait que les banques comptabilisent bien plus d’argent sur les comptes de leurs clients que ce qu’elles en ont en réalité. Interrogeons-nous maintenant sur la nature et l’origine de cet argent de base qui se trouve ainsi multiplié. D’où viennent les billets et – ce qui est équivalent – les « comptes d’€-base » qui permettent aux banques d’en obtenir ? L’or existe, est extrait de mines, mis en pièces ou en lingots ; on en a ou on n’en a pas. Mais les billets ne sont que du papier imprimé. Qu’est-ce qui en fait de la monnaie ? Qui plus est, qu’est-ce qui en fait la base de la monnaie, base sur laquelle repose tous les comptes bancaires ? Après les « réserves fractionnaires » il faut ici expliquer la « monétisation ».

La monétisation est l’introduction de moyens de paiements supplémentaires dans les circuits économiques. La monétisation la plus courante est celle liée à l’attribution d’un crédit bancaire. Quand un client d’une banque s’engage à lui rembourser dans un délai fixé un certain capital et des intérêts calculés sur ce capital, la banque porte sur son compte le capital correspondant ( en « €-promesse d’€-base ») et lui en attribue l’usage. Ceci se fait – nous l’avons déjà vu – sans que la banque ait besoin de disposer au préalable de la totalité des « €-base » promis. Il lui suffit d’en disposer d’une partie statistiquement suffisante pour faire face aux demandes de sa clientèle. Lorsque le crédit attribué est effectivement mobilisé il peut s’en aller vers le compte d’un client d’une autre banque. Cette autre banque, cliente de la Banque Centrale, voit ainsi son « compte d’ €-base» ( en €-base) augmenter du capital correspondant conformément à la promesse de la banque ayant accordé le crédit initial ( en €-promesse de €-base ). Que ce « compte d’ €-base » soit lui-même partiellement ou en totalité reprêté à tel ou tel autre client de cette banque et cela à un taux générant un certain revenu n’a rien de choquant. Qu’il le soit une deuxième ou troisième fois – la banque en faisant son affaire – l’est davantage. Non seulement il y a multiplication discutable des intérêts perçus, mais surtout, il en résulte une fragilisation du système monétaire, les banques étant incapables de tenir leurs promesses autrement qu’en jonglant avec le comportement statistique de leurs clientèles.

L’introduction de monnaie de base ( €-base) est réservée aux Banques Centrales. Il y a une Banque Centrale pour chaque devise et par zone économique. Les « €-base » naissent d’un crédit accordé par la Banque Centrale à l’un ou l’autre de ses clients (banques, Trésor Public) ou encore du paiement de titres financiers achetés par la Banque Centrale. Seuls les « €-base » sont garantis par la Banque Centrale, c’est à dire la collectivité qu’elle représente, mais il y en a beaucoup moins que les « €-promesses de €-base » qui circulent de comptes en comptes dans les banques commerciales pour les besoins de l’économie. Aujourd’hui, avec des monnaies entièrement libérées de la rareté des métaux précieux, rien ne justifie que cette pratique contestable se perpétue.

Ce point de vue n’est pas une nouveauté. Il existe toute une école de pensée économique qui le dit depuis longtemps (notamment Irving Fisher (100 % money, 1935) et Maurice Allais (depuis 1943) ). Cette position, connue sous l’appellation de « 100 % monnaie », consiste à ne reconnaître comme monnaie que le « €-base », c’est à dire à interdire les « €-promesse d’€-base ». L’économie réelle qui n’utilise aujourd’hui, pour l’essentiel, que les « €-promesses d’€-bases » serait ainsi éloignée des manipulations permises par ce jeu de promesses Les méfaits des produits dérivés, de la spéculation sur les titres et les devises résisteraient peut-être à la mise en œuvre du « 100 % monnaie » mais en seraient probablement réduits car ils reposent en bonne partie sur la capacité des banques à produire la monnaie bancaire ( les « €-promesse d’€-base » ). Notre monnaie – bien public s’il en est – ne serait plus mise en péril par des opérations spéculatives privées. Les moyens de financement liés à l’épargne préalable resteraient utilisables mais limiter la monnaie aux « €-base » serait une mesure de salubrité publique qui, bien que connue et techniquement possible, est curieusement et systématiquement passée sous silence jusqu’à ce jour par le monde financier.

Jean Jégu
30 novembre 2010

29 commentaires pour Des réserves fractionnaires au 100 % monnaie.

  1. oppossùm dit :

    Bonjour
    « Les 3000 € sur son compte bancaire ne sont pas des « €-base » mais l’ engagement de la banque de lui fournir sur demande jusqu’à 3000 « €-base ». »
    Non, il n’y a aucun engagement sinon celui que pose la loi d’une obligation théorique , faite pour poser de la confiance envers un moyen de paiement. Il ne s’agit que du passage d’une monnaie à une autre , pas plus. La monnaie scripturale est la monnaie, et est monnaie, enfin actuellement . Les « €-base » ne sont pas une vraie base, mais uniquement une promesse intenable faite en toute connaissance de cause pour rassurer d’une simple traduction , promesse basée sur le cours légal d’une, parmi d’autres, monnaie, ce qui n’est pas vraiment une base au sens d’un gage réel qui rendrait la monnaie pleine (tant que faire se peut) ou du moins plus susceptible de garder sa valeur dans le temps et donc de mieux assurer l’échange et la réciprocité.
    La monnaie légale ne tient pas du tout le même rôle de l’or, même si par certains aspects il y a similitude, et même si , dans l’esprit du grand public et même du petit, il y a confusion.
    Mais ce que je dis n’est pas en contradiction avec le 100%, il me semble.Cordialement

    • gdm dit :

      @opposùm
      Les euro-base sont, en effet, une promesse de la Banque Centrale. Mais cette promesse n’est pas « intenable », comme vous dites. En effet, la promesse de la banque centrale est que chaque unité monétaire aura un certain pouvoir d’achat. Une telle promesse est tenue assez correctement pas les banques centrales.

  2. Bruno Lemaire dit :

    Bonjour Oppossum

    même si je peux être d’accord avec le fait que la €-monnaie n’est pas tout à fait de l’or, je pense que l’exposé de Jean est tellement clair qu’il ne convient pas de lui chercher des poux, ou des €-poux, dans la tête. Faisons déjà passer dans le grand public les idées de Jean, pour le €-raffinement on verra ensuite: je trouve que l’expression « €-promesse de €-monnaie » est spécialement claire.

    Amicalement,

    Bruno.

    Et que vive la réforme monétaire … avant que l’ensemble de l’économie européenne ne s’effondre

    • gdm dit :

      @Bruno Lemaire
      Je suis d’accord que le terme « euro-base » est légitime pour désigner la monnaie centrale. Une unité monétaire est toujours une promesse de la banque émettrice. Une unité de monnaie centrale est une promesse de pouvoir d’achat.

      La monnaie secondaire de la BNP est la promesse de la BNP de verser de la monnaie centrale. Il conviendrait donc de la nommer euro-BNP. De même pour HSCB qui émet des euros-HSCB. Chaque banque secondaire émet une monnaie secondaire différente.

      Le nommage des monnaies secondaires par Jegu n’est pas tout à fait rigoureux. Jégu nomme de manière identique toutes les monnaies secondaires « €-promesse d’€-base ». Alors que ce sont des monnaies différentes.

      • Bruno Lemaire dit :

        effectivement, les euros-BNP seraient plus adaptés. Mais on a déjà du mal à faire comprendre au grand public l’escroquerie des €-promesses d’€-monnaie, alors.

        Mais, plus généralement, il n’y a escroquerie que si les €-promesses ne peuvent plus servir à utiliser de vraies richesses, parce que trop de €-promesses servent à financer du virtuel (spéculations) sans être gagées sur des biens ou services réels.

        cordialement, Bruno Lemaire.

      • gdm dit :

        @Bruno Lemaire
        Je ne vois aucune fraude dans le principe de la monnaie secondaire. La promesse de la BNP de fournir un euro-base a de la valeur. Cette promesse est un titre financier qui a de la valeur. La BNP a toujours pu respecter sa promesse. Il n’y a donc aucune fraude.

        Pour être juridiquement plus rigoureux, il faudrait que les relevés de comptes bancaires des clients de la BNP mentionnent, non pas, des « euros », mais des « BNP-euros ». Mais c’est un détail juridique sans grande importance. Ce n’est pas une fraude!

      • Bruno Lemaire dit :

        ne fraude, non . D’ailleurs je ne pense pas avoir utilisé ce mot.
        Une manipulation ou un manque de clarté, sûrement.

        M^me si certains banquiers ne savent peut être même pas qu’ils se livrent ainsi à une manipulation, de telles émissions monétaires de €-promesses sont ce que M. Allais des « enrichissements sans cause ». De plus, les taux d’intérêts pratiqués font qu’il est impossible de rembourser en totalité les banques, et si le taux d’intérêt est supérieur au taux de croissance « inflaté », la part du secteur bancaire dans le revenu national va augmenter de plus en plus. Ce n’est pas une fraude, mais cela me semble totalement anormal (m^me si de nombreux membres de ma grande famille travaillent, ou ont travaillé, dans le secteur bancaire)

      • gdm dit :

        @Bruno Lemaire
        1. L’émission d’un euro-BNP est l’émission d’un titre financier de la BNP. Ce titre financier est une reconnaissance de dette de la BNP. En ce sens, il n’existe aucun « enrichissement » de la BNP du seul fait de l’émission d’un euro-BNP. La BNP promet d’échanger chaque euro-BNP contre un euro-base.
        2. Vous évoquez le fameux paradoxe des intérêts manquants. La banque prête 100 et l’emprunteur doit rembourser 110. Ou trouvera-t-il les 10 qui manquent? C’est le paradoxe des intérêts manquants. Il n’y a aucune contradiction de principe. Je réfute ce paradoxe dans mon article.
        http://gidmoz.wordpress.com/2011/04/01/refutation-des-interets-manquants/

        Une des manières de réfuter ce paradoxe est de considérer que la banque émet et dépense les 10 euros pour ses dépenses personnelles. Dès que ces 10 euros sont dus par l’emprunteur, la banque est bien fondée à les dépenser pour ses dépenses personnelles. Les 10 manquants circulent ainsi dans l’économie. L’emprunteur trouvera donc les 10 euros pour payer ses intérêts à la banque.

      • A-J Holbecq dit :

        Oui GDM, une banque privée peut monétiser ce qu’elle veut et c’est effectivement un moyen de mettre dans le circuit les moyens de paiement nécessaires aux emprunteurs pour payer les intérêts.
        L’ensemble des banques commerciales peut aussi simplement augmenter la masse monétaire en augmentant les encours de crédit.
        Dans les deux cas il y a bien augmentation de la masse monétaire permettant dans le temps de payer les intérêts par le secteur non bancaire.
        D’une manière ou d’une autre la masse monétaire augmente dans une spirale « infernale », demandant toujours de plus en plus d’intérêts, c-à-d transférant des fonds du secteur non bancaire vers le secteur bancaire qui permettra à ce dernier de s’approprier des actifs non financiers (pour moi « les vraies richesses »)
        Il n’y a aucun paradoxe dans tout cela…

      • gdm dit :

        @A-J Holbecq
        Oui. Mais je reformule votre premier cas en d’autres termes. La banque monétise les intérêts dus par l’emprunteur pour les dépenses de la banque. cette monétisation est légitime dès l’instant où l’emprunteur doit effectivement ces intérêts. L’emprunteur peut ainsi rembourser le montant des intérêts. Ce montant des intérêts devient aussitôt nul dès qu’il est entre les mains de la banque. Dans ce cas, ces intérêts remboursés n’induisent aucune augmentation de la masse monétaire. Après avoir payé ses intérêts, l’emprunteur rembourse le montant nominal de son emprunt. Il y a ainsi eu autant de monnaie émise que de monnaie détruite dans cette opération de prêt bancaire. Le montant nominal du prêt plus le montant des intérêts a bien été émis par la banque. Puis, ces deux sommes ont bien été entièrement détruite au moment du remboursement du prêt et du remboursement du nominal. Il n’existe donc aucune spirale de création monétaire.

        Vous évoquez un deuxième cas d’une multiplicité de crédits bancaires. Chacun de ces prêts bancaires s’analyse par la paradigme du premier cas. L’ensemble des crédits bancaires que vous évoquez est une sommation simple de crédits selon le paradigme du premier cas. La monnaie relative à un seul crédit avait été émise puis remboursée, intérêts compris. Puisque le solde résiduel d’un seul crédit est nul, la sommation à tous les crédits sera nécessairement nulle après remboursements. Le solde est très exactement égal à zéro. Il n’existe donc aucune « spirale » dans le principe du prêt bancaire.

    • A-J Holbecq dit :

      @Gdm

      Bon, je vais faire comme Jean Jégu et cesser cette discussion qui ne mène à rien du fait que vous zappez totalement la différence entre monnaie secondaire et monnaie de base, et que vous oubliez totalement qu’une banque qui émets une dette (de la monnaie) va devoir faire face à des fuites (en monnaie centrale) envers ses autres concurrentes en fonction de sa part de marché, ceci dès qu’une partie de la monnaie qu’elle émet ne reste pas dans son réseau.

      C’est bien de toute façon l’augmentation de la masse monétaire qui, à vitesse de circulation égale, permets aux emprunteurs de payer les intérêts (lesquels ne sont pas de la monnaie détruite lors de ce paiement puisque leur origine n’est pas une dette d’eux-même de la banque qui perçoit ces intérêts), en plus de détruire par remboursement le capital existant.

      Il y a aussi un autre moyen de laisser aux emprunteurs des moyens monétaires disponibles pour payer les intérêts; c’est si un prêt ayant pour origine une création monétaire n’est pas remboursé (faillite par exemple).

      Bonne continuation dans vos réflexions, mais je vous renouvelle le conseil que je vous donnais il y a quelques mois: lisez un livre sérieux sur la monnaie (ex  » économie monétaire et financière ») au lieu d’essayer de tout ré-inventer.

  3. Jean Jégu dit :

    Bonjour amis commentateurs,

    Oppossum, veuillez excuser mon silence – plus par distraction que volontaire. Je ne suis pas passionné de dispute épistolaire. Les lecteurs, en principe majeurs, doivent se faire leur conviction.

    Gdm, quand vous dites que les « €-promesse d’€-de base » sont différents selon la banque secondaire émettrice, vous avez tout à fait raison; d’ailleurs BL ne le conteste pas. Toutefois, en pratique nous acceptons sans état d’âme les « €-promesse » de la BNP ou de toute autre banque, sans en être nous-même client. C’est qu’une promesse vaut la chose promise tant que l’on croit en cette promesse. Les « €-promesses d’€-de base », quelque soit la banque émettrice, sont bien notre monnaie de fait, bien que certains persistent à soutenir le contraire ( des esprits sérieux, proches des banques en général ; ceci explique cela, les banques ne reconnaissant entre elles que les « €-de base ».)

    D’accord aussi pour refuser le mot de fraude. Rien d’illégal dans le système à réserves fractionnaires. On peut même penser que ce fut un détour utile pour pallier le manque de monnaie de base quand celle-ci n’était que métallique. Mais ceci ne suffit pas à le légitimer pour l’éternité. Heureusement les lois évoluent. Qui soutiendrait aujourd’hui le commerce des esclaves sous le prétexte qu’il fut autrefois légal.

    Venons-en au « fameux paradoxe des intérêts manquants ». Pardonnez-moi, gdm ; je n’ai pas pris le temps de lire votre article, car je suis, sur ce point, d’accord avec vous ( ce qui risque de surprendre BL).Votre paragraphe à ce sujet est très clair. Je ne dis pas autre chose quand je dis que les banques monétisent leurs dépenses et ainsi génèrent le supplément de monnaie qui permettra globalement aux emprunteurs de pouvoir payer les intérêts. Les banques se paient « en nature » en quelque sorte. En acquérant une fraction de la production de l’économie ou bien des titres de propriété, elles rebouchent dans la masse monétaire ( M1 ) les creux que font par ailleurs les prélèvements d’ intérêts (puisque les banques démonétisent leurs recettes). Je pense que c’est là le phénomène premier de l’enrichissement constaté des banques. Tout le reste pourrait bien n’être que du second ordre puisque ce mécanisme peut se faire à masse monétaire constante.

    Mais quel est vraiment le problème ? N’est-ce pas de savoir si l’enrichissement systématique ( issu du système ) des banques grâce au commerce des « €-promesses d €-de base » est socialement bénéfique ? Les banques tiennent nos comptes et pour cela méritent une rémunération mais à quel niveau ? Est-ce que percevoir des intérêts de 5 % sur 1000 « €-promesses d’ €-de base » en ne mobilisant que quelques 100 « €-de base » ne revient pas à prêter 100 « €-de base » à … 50 % ? Oui, Maurice Allais n’avait pas tout à fait tord quand il parlait d’ « enrichissement sans cause ». Un tel enrichissement ne serait surement pas admis s’il était compris par tout le monde. Le « 100 % monnaie » y mettrait fin et nous soulagerait d’une dette publique injustifiable.

  4. gdm dit :

    @Jean Jégu
    1. Un euro-BNP s’échange à parité avec un euro-HSCB, et à parité avec la monnaie centrale. La valeur d’un euro-BNP provient d’une part qu’il est une promesse d’un euro-base, mais aussi que cet euro-BNP est une monnaie facilement échangeable. Cet usage comme monnaie ajoute de la valeur à cette promesse financière. Chaque unité monétaire a ainsi deux sources de valeur. Une promesse financière et une facilité d’échange. La somme des deux est égale la valeur de l’unité de monnaie-base. Pour un « esprit sérieux », la promesse d’une chose vaut moins que la chose elle-même. Il n’a pas vu la deuxième source de la valeur d’un euro-BNP.

    2. Les réserves fractionnaires ne sont pas une fraude. Une fraude est une violation d’un contrat, bien plus que la violation d’une loi étatique contestable. L’absence de fraude est évidente lorsque que les utilisateurs peuvent choisir librement leur devise. Par exemple dans l’Ecosse des 18e-19e siècles. Les « réserves fractionnaires » ne sont pas un « détour » de la théorie monétaire, mais au contraire sa forme la plus accomplie, la plus logique.

    3. Le travail de la banque consiste d’une part à trouver des liquidités, d’autre part à trouver des emprunteurs fiables. Les liquidités viennent des prêts de la BC, peu couteux et des dépôts, plus couteux à obtenir. Si la Banque Centrale veut gagner plus, la modification d’un seul taux suffit. C’est bien loin de la révolution 100% money.

  5. Jean Jégu dit :

    @ gdm
    Merci pour votre réponse comme je l’ai déjà dit, je ne suis pas un passionné de la dispute épistolaire, surtout quand la controverse n’est pas bien claire. Je suis en effet d’accord avec la ppremière phr

  6. Jean Jégu dit :

    (pardon pour ce commentaire parti inopinément en cours de rédaction. Je reprends donc)

    @ gdm
    Merci pour votre réponse. Comme je l’ai déjà dit, je ne suis pas un passionné de la dispute épistolaire, surtout quand la controverse n’est pas bien claire. Je suis en effet d’accord avec la première phrase de chacun de vos trois paragraphes. Ensuite, je m’embrouille un peu et ne comprends pas bien votre argumentation.
    Nos lecteurs ( au fait, il y en-a-t-il ? ) seront peut-être plus perspicaces et jugeront eux-mêmes.

    Cordialement.
    J.J.

  7. J-C Garnier dit :

    Merci pour les éléments intéressants rassemblés sur ce site. Sans formation économique aucune, ni aucun attrait pour ce domaine, je me vois hélas dans l’obligation de devoir m’y intéresser, vu le nombre d’explications diverses et variées des causes de la crise que nous vivons aujourd’hui et des remèdes tout aussi variés que l’on peut trouver un peu partout. J’ai le sentiment de plus en plus ancré que l’on nous mène en bateau de manière éhontée et je souhaite, s’il n’est pas déjà trop tard, comprendre un peu de quoi on parle.
    Donc, oui, oui vous avez des lecteurs (au moins un) et merci encore pour ce travail.
    Je me pose quand même quelques questions :
    1. Si l’on revenait à tout en €-base, comment diable une banque pourrait-elle prêter de l’argent en quantité suffisante ?
    Exemple : 100.000 clients avec chacun 3.000 €-base (puisque nous sommes en 100% monnaie) sur leur compte. 75% d’entre eux ont un crédit. La banque ne peut prêter à chacun de ces clients que (3.000 x 100.000)/75.000 = 4.000 euros-base en moyenne, rien d’autre sinon on passe en €-promesses d’€-base. Même si en réalité la répartition des emprunts doit varier de 1.000 à X centaines de milliers d’euros, cela me paraît difficile d’octroyer un emprunt immobilier à tous ceux qui le demanderont.

    2. Je n’ai pas bien compris comment la monnaie se crée. A partir de quoi une banque centrale calcule-t-elle la somme totale d’€-base qu’elle met en circulation pour un pays ?

    3. Comment cette monnaie est-elle mise en circulation ? C’est un peu l’histoire de la poule et de l’œuf : j’ai cru comprendre que vous disiez que les €-base étaient fournis par la banque centrale aux banques. Mais alors comment puis-je moi déposer de l’argent si je n’en ai pas au départ. Pas de rapport avec le sujet ici, je l’avoue, mais ce problème « d’initialisation » m’intrigue.

    merci d’avance,
    Cordialement, JCG

  8. Jean Jégu dit :

    @ J-C Garnier

    Merci pour l’intérêt que vous portez à ce site sur lequel je ne suis invité par un administrateur qui a, en effet, bien du mérite. Nous sommes nombreux à entamer la démarche de compréhension que vous décidez de faire. J’ai seulement sur vous le petit avantage d’avoir commencé il y a une quinzaine d’années, alors que moi aussi, je n’avais aucune formation ni aucun intérêt pour l’économie. Je l’avais rangée un peu rapidement parmi les sciences exactes et difficiles comme on nous le laisse souvent entendre. Que l’analyse des échanges économiques soit complexe, on ne peut le nier ; mais que la présentation qui en est faite – surtout en matière de finance et plus encore de monnaie – soit enrobée dans un vocabulaire spécifique qui semble inventé pour dissimuler des réalités peu avouables, on peut aussi le penser.

    Vous avez sans doute déjà lu cette citation :
    “Le procédé par lequel les banques créent de l’argent est tellement simple que l’esprit en est dégoûté.” John Kenneth Galbraith, Économiste. (1908-2006)

    Il est vrai que cette simplicité parait si « bête » que l’on met souvent beaucoup de temps à l’accepter en pensant : ce n’est pas possible ; je n’ai sans doute pas encore compris. Personnellement ce « refus d’obstacle » a duré deux à trois ans. Mais rassurez-vous, on se demande si certains professionnels, bien au fait de l’origine scripturale ( donc toute « bête » ) de la monnaie bancaire, ne sacralisent pas à tort la monnaie de base qui, aujourd’hui, est cependant issue de procédés scripturaux analogues ; seuls les acteurs en sont différents.

    Mais j’en viens à vos questions précises.
    1. supposons votre première question – comment avoir tout l’argent nécessaire ? – posée à l’époque où la monnaie n’était qu’en or ou argent. Cette question était alors cruciale. Personne ne peut créer de métal ; la masse monétaire était naturellement limitée ce qui n’était pas sans causer problème. Pour y remédier, deux issues : redéfinir l’unité monétaire en lui attribuant moins de métal c’est à dire dévaluer ; ou bien, faire semblant et prêter plus d’argent que ce que l’on a, c’est à dire pratiquer les « réserves fractionnaires » ( on peut donc attribuer à ce système certains avantages et ne pas l’imputer uniquement à l’avidité des banques). Mais aujourd’hui aucune monnaie n’est plus reliée à un métal rare ; elles sont toutes basées sur des « engagements à payer » ce qui peut être ressenti comme paradoxal : payer avec quoi ? Avec la monnaie qui est créée avec en garantie mon engagement à payer et qui sera détruite dès que je l’aurai remboursée… Plus je m’engage à payer, plus il existe de monnaie ! Plus il y a de dettes ; plus il y a de monnaie ! Réduire la dette c’est donc réduire la monnaie !

    Attention : nous parlons ici du « privilège bancaire » qui autorise les banques à prêter plus que ce qu’elles ont , sur la base de réserves statistiquement satisfaisantes. Il existe des établissements financiers qui ne sont pas des banques et ne peuvent prêter que de l’épargne préalablement collectée. C’est ce qu’on appelle parfois le prêt mutuel : je me déssaisis d’une partie de mes avoirs car je te les prête. Les banques pratiquent aussi le prêt mutuel. Elles le font dans le cadre d’une gestion globale de telle sorte qu’il est strictement impossible de distinguer si tel prêt est mutuel ou créateur de monnaie. C’est au niveau global que l’on constate qu’il y a plus de prêts que de dépôts et donc création de monnaie bancaire. Ceci ne facilite pas la compréhension, je vous l’accorde.

    Concrètement si vos 100000 clients ont en moyenne 3000 €-base sur leur compte courant mais pas de compte d’épargne, les banques n’ont rien à prêter. Elles ne prêtent pas les comptes courants ( elles ne le font déjà pas aujourd’hui ; elles prêtent en fonction du montant de leur dépôts, subtilité que bien des banquiers ignorent ou font semblant d’ignorer). Il faudrait que les clients placent une fraction en compte d’épargne. Mais cela n’augmenterait en rien la quantité de monnaie disponible. Dans le 100 % monnaie, il faut donc que les banques ayant besoin de monnaie aillent d’abord l’ emprunter elles-mêmes auprès de la banque centrale , seule émettrice de monnaie en €-base.(Il suffirait de dire € car plus d’ambigüité sur les € )

    Je vous conseille, si vous lisez l’anglais, de lire l’ouvrage de Joseph Huber et James Robertson : « Creating new money » qui est accessible sur le Net. Il y est écrit en page 29 :

    « To sum up, the introduction of seigniorage reform will start on a set date. From that date all new money will be issued by the central bank, and commercial banks will have to take up any new money they need by borrowing it at interest through the various channels available to them. »

    « En résumé, la réforme monétaire ( du seigneuriage) démarrera à une date précise. A compter de ce jour, toute monnaie nouvelle sera émise par la banque centrale et les banques commerciales devront s’approvisionner en monnaie nouvelle dont elles auront besoin en l’empruntant moyennant intérêts par les divers canaux dont elles disposent. »

    Retenir : comme aujourd’hui, si l’on a besoin de monnaie, on l’emprunte mais à la banque centrale lorsqu’il faut en créer en supplément ( si les prêts mutuels ne suffisent pas ).

    2. Votre point 2 contient deux questions en réalité. Comment la monnaie se crée-t-elle ? Finalement, par simple décision d’en créer. Aujourd’hui, le banquier qui constate votre solvabilité, qui sait aussi qu’il dispose de monnaie de base suffisante ( 15 % de ce qu’il va vous prêter environ ; cela dépend de la prise de risque qu’il accepte), ce banquier décide de vous accorder ce crédit et donc décide de créer autant de monnaie bancaire. Trop simple pour être vrai ? Si, si ; il vous faut « sauter l’obstacle ». Nous demandons seulement que ce soit la banque centrale et elle seule qui fasse cela. Bien sûr, il faudra s’entendre sur ce qu’est la banque centrale et quel est son rôle .
    En particulier, pas question que la banque centrale crée de la monnaie de manière totalement illimitée et indéfinie ! C’est la deuxième question. A mon avis, le calcul que vous évoquez n’en est pas un . Il s’agit plutôt de toute la politique monétaire du pays. Elle est fonction du contexte et de la politique retenue. Rigueur ? Bien sûr. Austérité ? Pourquoi pas s’il le faut vraiment mais dans l’équité. Ce sera affaire de démocratie car la banque centrale doit relever de la démocratie via le politique ( à définir évidemment ; il n’y a pas de solution unique)

    3. La question de la poule ou de l’oeuf … soit par quoi a-t-on commencé, les crédits ou les dépôts ? Dans le système actuel la question a un sens bien que, comme pour les vrais oeufs et vraies poules, il faut voir cela en dynamique. L’affaire remonte à la nuit des temps et crédits et dépôts s’enchainent comme poules et oeufs, sans que l’on ait en réalité à répondre à cette question. En poursuivant la comparaison j’ajouterai que un oeuf donne une poule mais qu’ une poule donne en général plusieurs oeufs. De même un crédit donne un dépôt mais un dépôt donne des crédits ! Je veux dire que si un banquier me fait un crédit de 100 que je sors en billets et vais déposer dans une autre banque celle-ci ( statistiquement bien sûr) va émettre des crédits jusqu’à un total d’environ 400 ( multiplicateur de 4 ). Mais pour l’ensemble des banques il y a en général une certaine stabilité de la masse monétaire, bien que ce système de réserves fractionnaires explique les variations constatées en plus ( jusqu’à 10 % par an ! ) ou en moins ( hélas, cela donnerait la récession).
    Dans un système à 100 % monnaie centrale, il n’y aurait plus qu’une seule grosse poule , la banque centrale mais avec interdiction à quiconque de couver ses oeufs ! Ces oeufs seraient la monnaie qui circule et dont la masse – et même les points d’injection de cette masse – serait mieux contrôlables par les états qui en sont garants en définitive (on le voit bien avec la question actuelle des dettes publiques).

    Je me rends compte en tentant de vous répondre qu’il n’est pas aisé de faire une synthèse dans la brièveté, car il faudrait encore développer et nuancer autour de la banque centrale. D’abord une état, une monnaie, une banque centrale ; solidarité nationale oblige. Certains disent que l’état devrait emprunter à taux zéro à sa banque centrale. Je préfère dire – quoique, en pratique, cela revient au même – que la banque centrale émet de la monnaie au compte de l’état pour les besoins de l’état. Celui-ci par ses dépenses déverse la monnaie dans l’économie ( je n’exclus pas toutefois les emprunts par les banques commerciales , à un taux à définir, auprès de la banque centrale ou par quiconque via les banques commerciales. Celles-ci ne seraient plus des banques stricto sensu mais des gestionnaires de comptes ; elles devraient être rémunérées à ce titre par leur clientèle). Mais, il faut absolument ajouter – c’est fondamental – que l’existence d’un état et les services qu’il rend doivent être payés par les citoyens. A ce titre les citoyens paient l’impôt et paient éventuellement des services publics. Ces perceptions de l’état sont destructrices de monnaie, comme aujourd’hui le sont les remboursements d’emprunts en banques commerciales. Il est donc tout à fait possible de gérer sainement la monnaie en fonction de l’intérêt général.
    Il serait trop long de parler des échanges internationaux. L’idée que je m’en fais est qu’il n’y a pas de monnaie à l’international ; sauf convention de taux de change ( via la définition d’une unité de compte commune par exemple ), il n’y a que du troc. Les excédents de devises doivent normalement s’annuler entre eux , c’est du moins l’objectif à rechercher ( objectif qui s’obtient en gérant à la fois les flux commerciaux (protectionisme raisonné) et les taux de change ( conventions monétaires )).

    Désolé d’avoir été un peu long, mais je voulais vous donner l’aperçu général qui est aujourd’hui le mien. Si vous le jugez utile, n’hésitez pas à me demander d’expliciter tel ou tel propos, sachant qu’il peut toujours m’échapper quelques erreurs que je rectifierais bien volontiers, s’il y a lieu.
    Bien cordialement.
    Jean Jégu

    • A-J Holbecq dit :

      A l’attention de J-C Garnier

      J’ai une toute petite idée différente par rapport à ce qu’écrit Jean
      Concrètement si vos 100000 clients ont en moyenne 3000 €-base sur leur compte courant mais pas de compte d’épargne, les banques n’ont rien à prêter. Elles ne prêtent pas les comptes courants ( elles ne le font déjà pas aujourd’hui ; elles prêtent en fonction du montant de leur dépôts, subtilité que bien des banquiers ignorent ou font semblant d’ignorer). … ce qui pourrait sous entendre qu’elles prêtent les dépôts d’épargne.
      A mon sens, dans le système actuel, elles ne prêtent pas les épargnes (qui sont de simples reconnaissances de dettes de la banque envers l’épargnant) mais incluent ces épargnes dans le total de leur dépôts; l’avantage de ces épargne c’est que c’est un dépôt stable qui ne « fuira » pas vers d’autres banques pendant la période du terme.
      Maintenant vous pouvez lire « Les banquiers vous diront qu’ils ne créent pas de monnaie … pourquoi ? » sur http://tinyurl.com/ygbrbtq

      Dans le cadre du « 100% monnaie » Jean a tout à fait raison sur toute la ligne.

  9. Jean Jégu dit :

    @ A-J Holbecq

    Tout à fait d’accord avec ta remarque – presque rectification. C’est le fameux problème des « parkings monétaires » dont nous avons tant débattu. En fait les banques ne prêtent pas l’épargne collectée mais profitent de sa stabilité pour se permettre statistiquement de placer davantage de crédits. Tout se passe en pratique « comme si » elles prêtaient l’épargne. A mon avis, J-C Garnier peut donc pour l’instant oublier ces détails de présentation. C’est bien là un exemple supplémentaire de la difficulté de bien saisir et de bien présenter les circuits bancaires.

    S’il n’y avait qu’une seule banque, celle-ci ferait tout ce qu’elle veut à partir de sa monnaie de base … Le problème du banquier, c’est qu’il n’est pas tout seul. Ses confrères, dont l’état, exigent de lui de la vraie monnaie de base et non pas seulement des promesses. Donc il peut certes continuer de promettre plus que ce qu’il a, mais néanmoins avec prudence car de temps en temps ( même quotidiennement) il doit payer hors de chez lui en vraie monnaie ; il doit faire face aux « fuites ». C’est une gestion à risque ( les banquiers aiment bien ce mot ), le risque d’être en manque de vraie monnaie, c’est à dire , disent-ils, de manquer de liquidités. Nous y voilà. Le système dans son ensemble a fait tant de promesses qu’il est pris de court et doit appeler les états au secours. Car la vraie monnaie n’est, en principe, créée par la banque centrale que contre engagements sérieux ( = souverains, = des états, seuls entités indéfiniment solvables par le prélèvement d’impots) à payer, contre les dettes dites publiques en somme.
    J.J.

  10. J-C Garnier dit :

    Un peu de temps pour digérer ces réponses très détaillées, merci de votre disponibilité. Et voici donc inévitablement quelques questions supplémentaires !
    « Plus il y a de dettes ; plus il y a de monnaie » : ceci n’est valable je suppose que s’il n’existait qu’une banque. En cas de plusieurs banques, les « fuites » dont il est question ailleurs dans ce billet font réapparaître de la vraie monnaie (€-base) n’est-ce pas ? Si vous regardez ce blog : http://www.zerohedge.com/news/european-sovereign-debt-cant-we-all-just-net-along qu’est-ce qui cloche ? Peut-on imaginer échanger des dettes qui sont en €-promesses sans repasser par la case €-base ? N’ont-ils pas de plus oublié les intérêts ou bien cela ne compte-t-il qu’à la marge en comptant qu’ils seront comparables de part et d’autre ?

    « nous parlons ici du « privilège bancaire » qui autorise les banques à prêter plus que ce qu’elles ont , sur la base de réserves statistiquement satisfaisantes » : y a-t-il une institution qui contrôle que les réserves sont toujours statistiquement satisfaisantes ? La banque centrale lorsqu’une banque veut lui emprunter ? Et si la banque centrale vient à prêter de l’argent (cas où les prêts mutuels ne suffisent pas), qui contrôle qu’on ne prête pas trop ? Comment connaît-on d’ailleurs cette frontière au-delà de laquelle « c’est trop » ? vous parlez de contrôle démocratique dans le cas où seule la banque centrale serait autorisée à créer de la monnaie, mais contrôler en fonction de quel critère ? L’inflation mesurée ?

    « Celui-ci (l’Etat) par ses dépenses déverse la monnaie dans l’économie » : mais il y a aussi le secteur privé : comment lui faire parvenir la monnaie ?

    Enfin, quelle conséquence de ne pas payer la dette, idée que nous voyons affichée un peu partout ces temps-ci ? Car de toute manière, si je comprends bien, l’ultime garantie sont les nations, c’est à dire nous ?
    … J’ai l’impression d’avoir une révélation : Comment peut-on ne pas avoir de contrôle démocratique de tout cela !!!

    Très cordialement, J-C Garnier

  11. Jean Jégu dit :

    @J-C Garnier

    Il fallait aussi un peu de temps pour laisser décanter toutes ces questions.
    En lisant votre billet, j’ai pris quelques notes. Depuis, il faut bien l’avouer, je n’ai pas eu d’illumination. Pour répondre, il faut avoir du temps ( il est mesuré pour chacun d’entre nous) et aussi les savoirs suffisants. Je ne saurais trop vous conseiller de lire et relire encore sur ce thème méconnu de la monnaie. Il faut du temps pour en faire une synthèse personnelle à peu près assurée.

    Ceci dit, voici mes quelques réactions de lecture.

    Les « fuites » ne font pas « réapparaitre » de monnaie centrale. Elles ne sont pas créatrices de monnaie. Elles mobilisent , « entrainent » de la monnaie centrale présente dans les avoirs des banques.

    Concernant le contrôle des réserves obligatoires, je pense que ça doit être le rôle des autorités administratives de contrôle ( AMF par exemple ) mais il faut aussi savoir que les banques se prêtent entre elles en fonction de leurs besoins sur le marché interbancaire … qui est un monde à lui tout seul.

    La frontière du « c’est trop  » …? Quand le débiteur se révèle insolvable ! La banque enregistre alors une perte.

    Le contrôle démocratique lié à la création monétaire réservée à la Banque Centrale. Dans la théorie, c’est celle-ci qui contrôle. En pratique, certains pensent qu’elle ne contrôle rien et je suis plutôt de leur avis. Quand bien même elle le voudrait, les choses lui échappent en grande partie justement parce que les banques sont maitres de leurs crédits créateurs de monnaie ( bancaire ) et ont la possibilité de se refinancer ensuite auprès de la BC qui est là pour cela. Bien sûr, le dogme de la Banque Centrale indépendante des gouvernements est pour moi une hérésie. C’est comme si on interdisait à un gouvernement d’avoir sa politique monétaire. N’excluons pas toutefois une certaine séparation des pouvoirs si la démocratie l’exige. La justice elle aussi est, en principe, indépendante mais elle n’est pas hors du champ de la démocratie.

    Le site vers lequel vous renvoyez est intéressant mais , il me semble que les auteurs eux-mêmes admettent que cette étude ne permet pas de régler quoique ce soit. Vous notez fort justement que les intérêts ne sont pas évoqués. Si des emprunteurs anglais doivent 150 M€ à des prêteurs français et que des emprunteurs français doivent 140 M€ à des prêteurs anglais, croyez-vous que tous ces braves gens seront d’accord pour convenir qu’en définitive il n’y a que des anglais à devoir 10 M€ à des français ? Non, la consolidation au niveau des états donne peut-être une indication globale mais me parait tout à fait inopérante au niveau du règlement des dettes entre agents économiques concrets, ayant chacun leurs intérêts propres.

    Espérant vous avoir apporté quelques éléments complémentaires.
    Bien cordialement.
    J.J.

  12. […] La masse monétaire doit refléter une richesse réelle : quid de la masse monétaire créée par les banques à l’occasion d’emprunts (cf. ce billet sur la monnaie et la création de monnaie) […]

  13. Mike dit :

    Bonjour
    Tout ceci paraît clair et raisonnable et on se sent plus intelligent de l’avoir compris. Ou de croire l’avoir compris, car … comment se fait il que la masse monétaire en euros soit à ce point inférieure à la dette (privée + publique) de la zone euro ? Si les deux montants étaient du même ordre de grandeur, on pourrait invoquer des emprunts en devises étrangères, mais le rapport est tel qu’il faudrait supposer que les états, entreprises et ménages empruntent beaucoup plus en devises étrangères qu’en euros !

    • Bruno Lemaire dit :

      Cher Mike,

      Rajoutez donc les intérêts (ne fut-ce que ceux de la dette publique) à la masse monétaire, et vous verrez sans doute où peut se nicher, au moins partiellement, cette différence.

      Très cordialement,

      Bruno Lemaire

      • Mike dit :

        Oui, ça a été ma première impression. Mais gdm ci-dessus (9 mai) vous a répondu que non, et sa réponse semble se tenir. Pourriez vous réfuter sa réfutation ?
        Ou, gdm, si vous repassez ici, pourriez vous expliquer comment votre réfutation est compatible avec ce fait de la vie réelle ?

      • A-J Holbecq dit :

        Oui Mike, ne circulation de plus en plus rapide des intérêts (la banque les reçois et les dépense) peut faire pense qu’il n’y a pas besoin de monnaie supplémentaire. Mais évidement GDM se trompe: l’emprunteur finira esclave de la banque ou devra lui céder tous ses biens…

      • A-J Holbecq dit :

        « Une circulation… »
        et  » peut faire penser »
        … mon clavier déconne…

      • Bruno Lemaire dit :

        @AJH.

        Allons, ne prend pas le clavier comme bouc émissaire. C’est ton arthrite qui te fait taper n’importe quoi 😉

        En fait, moi aussi, mon clavier déconne, mais uniquement en voyage … ou uniquement quand mon garage est inondé, que ma « box » est naze, et que je dois taper avec un seul doigt (lequel?) sur mon smartphone.

        Amitiés, Bruno.

  14. Jean Jégu dit :

    @ Mike,

    Passant par ici, je vois votre question (« comment se fait-il que la masse monétaire en euros soit à ce point inférieure à la dette (privée + publique) de la zone euro ? « ) et les suggestions de réponses qui vous ont été faites.
    Si je vous ai bien compris, ayant admis que la masse monétaire nait des crédits bancaires, vous en déduisez que les dettes correspondantes doivent justement correspondre à la masse monétaire … Or vous constatez que le total des dettes publiques et privées dans la zone euro sont bien supérieures à la masse monétaire M1 dans la zone euro. ou si l’on veut, le contraire : M1 bien inférieure aux dettes publiques + privées.
    Réfléchissons ensemble, d’abord en relisant ce que j’ai écrit ici, plus haut, le 20 septembre 2011 :

    « Attention : nous parlons ici du « privilège bancaire » qui autorise les banques à prêter plus que ce qu’elles ont , sur la base de réserves statistiquement satisfaisantes. Il existe des établissements financiers qui ne sont pas des banques et ne peuvent prêter que de l’épargne préalablement collectée. C’est ce qu’on appelle parfois le prêt mutuel : je me désaisis d’une partie de mes avoirs car je te les prête. Les banques pratiquent aussi le prêt mutuel. Elles le font dans le cadre d’une gestion globale de telle sorte qu’il est strictement impossible de distinguer si tel prêt est mutuel ou créateur de monnaie. C’est au niveau global que l’on constate qu’il y a plus de prêts que de dépôts et donc création de monnaie bancaire. Ceci ne facilite pas la compréhension, je vous l’accorde. »

    Autrement dit, un euro qui nait d’un crédit de un euro génère une dette de un euro ( plus les intérêts, mais c’est à traiter en soi et du second ordre ). Puis cet euro circule et finit par aboutir dans la poche d’un quidam à l’aise qui décide de le reprêter ( mécanisme du « prêt mutuel » ). L’opération peut se renouveler une, deux ou trois autres fois avant que l’euro initial ne s’évapore par remboursement ! Bref, un euro né d’un crédit bancaire peut très bien engendrer 4, 5 ou 6 euros de dettes publiques ou privées… Donc , il n’y a ici rien d’étonnant ou de contradictoire avec l’ensemble du propos.

    Je voudrais ajouter que je n’ai aucun mérite à proposer cette analyse. Elle est très clairement développée en pages 44-45 du livre de Alain Grandjean et Gabriel Galand « La monnaie dévoilée  » Edition L’Harmattan . 1996. Hélas, ces deux auteurs sont sans doute trop rigoureux pour bénéficier de l’oreille des grans médias pour qui, semble-t-il, deux polytechniciens ne valent pas un demi HEC ! Rassurez-vous, je ne suis ni l’un ni l’autre.

    Merci de votre intérêt pour ce sujet qu’il va bien falloir traiter un jour ou l’autre, même si nos économistes officiels feignent toujours de l’ignorer.
    Cordialement.
    Jean Jégu.

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