DEXIA EN DÉROUTE: EN RIRE… OU EN PLEURER?

Edito:   Crise bancaire

DEXIA EN DÉROUTE: EN RIRE… OU EN PLEURER?

L’écroulement de la banque DEXIA, promise au couteau des équarrisseurs financiers, est inquiétant car ce genre de phénomènes est souvent un signe avant-coureur de problèmes plus étendus dans le secteur et dans l’économie, mais il suscite  aussi des questions plus immédiates qui, tantôt, peuvent faire grincer des dents, tantôt, peuvent (presque) prêter à sourire….

1ère question : Pourquoi les Autorités de Contrôle, en l’occurrence l’EBA (European Banking Authority) , sont-elles si incompétentes ?    

En juillet, des stress tests furent menés sous la responsabilité de l’EBA et les résultats essentiels furent (tenez-vous bien !) : (1) « tout va très bien, madame la marquise » dans le système bancaire européen, à part de minuscules ajustements à effectuer (€2.5 milliards) sur quelques petites Caixas (Caisses d’épargne en espagnol) et « Landesbanks » ; (2) il y a vraiment de très bons « performers » en matière de « stress tests » qui ont montré un niveau exceptionnel de résistance grâce à l’importance de leurs fonds propres : Dans l’ordre : Banca March (Spain), Irish Life and Permanent (Irlande)…. Danske Bank (Danemark)…. Rabobank (Pays-Bas)…. et ….. DEXIA  en douzième position sur l’ensemble des banques européennes, et avant toutes les autres françaises, avec un « Core Tier1 » (Fonds propres « ultra-durs ») de 10,4%. Comme vous le savez, moins de 3 mois après, les fonds propres supplémentaires à injecter le plus vite possible pourrait s’élever à 200 milliards et l’Allemagne envisagerait même de ressusciter la SOFFIN, organisme de soutien du Système Bancaire allemand mis en place lors de la crise de 2008. Et, DEXIA est à l’agonie !

Bien sûr, il serait facile de se gausser et de faire du mauvais esprit. En fait, c’est très grave parce que cela montre, au-delà de tout ce qui peut vous être raconté, qu’un tel système financier, tel qu’il fonctionne aujourd’hui, n’est pas maitrisable et donc pas prévisible, comme l’avait vu Maurice Allais  avec tant de justesse.

Deuxième question : DEXIA mérite-t-elle le moindre apitoiement dans sa mise à mort ?   

La réponse est claire : Aucun. Cette firme, issue à l’origine d’un département de la Caisse des dépôts est une création non de chefs d’entreprise mais de fonctionnaires à la recherche de l’aventure et de la fortune…sans risque. Originellement destinée au financement  des collectivités locales (son nom d’origine lors de sa privatisation : « Crédit Local de France » qui, au temps où j’officiais dans les salles de Marché, était une très bonne signature), l’évolution de cette firme a été complètement dévoyée par suivisme, cynisme et, surtout incompétence :  

–         Elle a cru découvrir qu’il y avait une courbe des taux et que prêter long et emprunter court pouvait générer des profits …tant que cela durait, que les taux courts plus bas que les taux longs et, surtout, que les prêteurs vous faisaient confiance è une gestion incompétente du bilan poussé jusqu’à sa limite de rupture ;

–         Elle s’est lancée dans des aventures sur des marchés (Etats-Unis) et des produits (assurances)  inconnus pour elle afin de « faire comme tout le monde » et de grossir sans aucune stratégie cohérente è un management inintelligent ;

–         Dans le cadre d’une stratégie de levier (leverage) imprudente, elle a accumulé par dizaines de milliards des actifs « toxiques » (135) sans en comprendre les risques intrinsèques et les impacts possibles sur ses fonds propres en cas de baisse des prix è une absence de gestion réelle des risques

–         Pour améliorer ses marges, elle a développé des lignes de produits faisant prendre des risques de change et de taux inconsidérés à ses clients peu au fait de la finance è une gestion à courte vue sans principes déontologiques.

 Dans son existence, finalement courte, cette firme n’a créé aucune valeur et n’a eu aucun effet bénéfique pour la collectivité dans son ensemble et les collectivités dont elle devait assurer les besoins financiers. On peut le regretter pour ses salariés, mais cette entreprise n’a plus sa place et son maintien en l’état représenterait un gaspillage de ressources.

Il est difficile, sans connaitre le dossier, de dessiner ce que pourrait être le destin de ses différentes parties qui pourraient trouver preneur : la gestion de fonds, les réseaux de banque de détail en Belgique et en …. Turquie, le portefeuille de prêts sains après avoir apuré le bilan de tous les actifs toxiques regroupés dans une « bad bank ».

Troisième question : Pourquoi l’Etat doit-il toujours intervenir et prendre toujours les risques ultimes à sa charge?

 Dans un système bancaire à réserves fractionnaires, il y a plusieurs raisons à cela :

–         Un tel système ne peut survivre que si les dépôts sont garantis par l’Etat

–         Vu l’interpénétration interbancaire et les interconnections dans le système de paiement et de règlement, la rupture d’un chainon risque d’entrainer tous les éléments de la chaine.

C’est pour cela qu’une réforme radicale a été proposée par des économistes comme Fisher, Friedman et Allais, une réforme qui est abondamment traitée sur ce site.

D’un point de vue pratique ici, il est clair que cette obligation crée un risque considérable pour les deux états en charge du fardeau : la France et la Belgique. Il faut espérer que la « Bad Bank » ne coûte pas trop cher sachant que les temps ne sont guère propices pour la vente d’actifs quels qu’ils soient…. Et que la situation risque d’empirer.

Quatrième question : Ne faut-il pas revoir nos filières de recrutement des dirigeants d’entreprise en France ?

 Mr Richard, le fondateur de DEXIA à partir du CLF et d’une banque belge du même type, était X-Ponts et il a probablement cherché à créer sa propre entité car il n’était pas ENA-Inspection des Finances et, donc ne pouvait aspirer à la Direction de la CdC dont il dépendait à l’époque. Cela lui permettait ainsi d’en remontrer  aux membres de ce Corps qui ne brille pas par sa modestie….   On voit le résultat ici de ce fonctionnement « à la française ».  Nul besoin d’expérience bancaire, de connaissances approfondies, de véritable culture du risque. Un parchemin montrant que vous avez ingurgité beaucoup de connaissances, que vous  savez les utiliser dans des dissertations élégamment présentées et avoir de la répartie au « grand oral »,  suffit à vous qualifier pour diriger des entreprises où chaque opération comporte des risques et nécessite une vision à long terme du métier. Il y a là un véritable scandale dont la prestation de Mr Haberer au Crédit Lyonnais nous avait  déjà donné un avant-goût.

                                                                      *

La déroute Dexia représente en somme un symptôme de toutes les faiblesses de notre système financier : instabilité foncière liée à son propre mode de fonctionnement, impuissance des autorités de contrôle, comportement moutonnier et incompétent des dirigeants, caractère explosif et dramatique des erreurs de ces derniers pour  l’ensemble de la collectivité. En bref, DEXIA est le nième exemple de la nocivité de ce système et de la nécessité d’en changer.

Ch. Gomez

Mots-clefs : Dexia, EBA (European Banking Authority), SOFFIN, « stress tests”, Tier1, « fonds propres « durs », levier/leverage, Actifs toxiques, Crédit Local de France, courbe des taux, transformation, “bad bank”, réserves fractionnaires, Allais, Fisher, Friedman

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