C.Gomez: Conférence Neuchâtel

28 mai 2013

L’EURO A-T-IL TUÉ LA FRANCE?

LA FRANCE, VA-T-ELLE TUER L’EURO ?

 

LA MAISON DE L’EUROPE TRANSJURASSIENNE

NEUCHÂTEL

CONFÉRENCE DU 22 FÉVRIER 2013

 

LE TEXTE PRÉSENTÉ ICI A SERVI DE CANEVAS À LA CONFÉRENCE

IL CONTIENT DONC DE NOMBREUX DÉVELOPPEMENTS ET CHIFFRES

QUI N’ONT PAS ÉTÉ DONNÉS DANS L’EXPOSÉ ORAL

CHRISTIAN GOMEZ*

 L’euro a-t-il tué la France ?  La réponse est non car la France était déjà dans un processus d’affaiblissement qui remonte loin dans le temps, à sa gestion de la cassure de la croissance économique depuis 1974 plus précisément.  L’euro n’a fait que lui permettre de se détériorer plus encore en éteignat pour un temps tous les signaux d’alarme.

La France va-t-elle tuer l’euro ? La France est-elle « The Time Bomb at the Heart of Europe” comme le proclamait l’hebdomadaire “The Economist” (17 Novembre)? Il y a de fortes chances , en effet qu’elle le soit car elle rencontrera trop de difficultés politiques et sociologiques pour prendre à temps les mesures nécessaires.

Telle est la thèse qui est défendue dans cette conférence.

I-                 LA FRANCE, DES PROBLÈMES QUI REMONTENT LOIN DANS LE TEMPS , À LA RUPTURE DE LA CROISSANCE EN 1974.

11- Les éléments du drame français recomposés

·        La construction d’une « forteresse sociale » consolidée au fil des ans (poussée salariale continue, impact catastrophique du SMIC, cotisations sociales, faiblesse du temps de travail, code du travail)

·        Maintien et entretien d’un chômage de masse apparent et caché (traitement social, mise en place de parkings, inflation de « faux emplois » dans les administrations et les associations subventionnées par l’argent public) => chômage structurel de masse réfractaire à tout traitement de type « keynésien »

·        Une gestion laxiste des finances publiques et une grande insouciance par rapport à la montée de la dette publique

·        L’affaiblissement des entreprises et la destruction de l’industrie

   12-  Le drame français dans son interaction avec l’euro

·        Période de préparation 1992-1998 : un processus qui fut une chance et une contrainte

·        Premières années de l’euro : D’abord une drogue douce qui tourne vite au cauchemar

 

II-                LA FRANCE, UNE « TIME BOMB AT THE HEART OF EUROPE » ?

21- La situation de la France aujourd’hui: un constat très sombre

·        Des coûts salariaux unitaires en dérapage et en décalage complets

·        Une industrie étranglée aux performances médiocres et insuffisamment innovatrice

·        Des entreprises surchargées, prises entre le marteau de la concurrence internationale et l’enclume de coûts difficilement compressibles

·        Un état « diplodocus » au poids de plus en plus écrasant, de plus en plus paralysant et de plus en plus déstabilisant

·        Un déficit extérieur considérable avec des capacités de réactions amenuisées compte tenu de l’effondrement de son secteur manufacturier 

·        Des perspectives sociales désastreuses à court, moyen, long terme

     22- Le destin de l’euro est lié à la situation française,  pour le meilleur et ….probablement pour le pire

·        Les gouvernements successifs et, plus largement, le corps social français ont-ils pris la mesure de la situation ?

·        La France a besoin d’une « thérapie de choc » à tous les niveaux

·        Des doutes sur la France et c’est tout l’édifice qui s’écroule….

                                                           *******************

 

                                                                  Conclusion

Nous sommes aujourd’hui très mal partis et il est difficile de trouver des arguments contraires qui pourraient laisser entrevoir quelques raisons d’espérer une amélioration prochaine

Les atouts « naturels » de la France (positionnement géographique, qualification de la main-d’œuvre, infrastructures, coût de l’énergie) ont été gâchés par des politiques démagogiques et sans vision qui ont accumulé les désavantages comparatifs et englué la France dans une médiocrité générale dont elle aura le plus grand mal à se sortir.

Quant à sa démographie, si souvent vantée en désespoir de cause, c’est un argument de journaliste car toutes les projections montrent que la population en âge de travailler n’augmentera pas dans les prochaines années. Il faudrait augmenter significativement le taux d’emploi améliorer le potentiel de croissance et le mode de financement de la Sécurités sociale,  mais pour cela il faudrait mettre en œuvre les réformes drastiques qui ont été esquissées plus haut.

Certes, les marchés apparaissent aujourd’hui plutôt cléments à l’endroit de la France si l’on en croit l’évolution des taux d’intérêt. Mais, là encore, il convient d’être prudent vu l’impact des banques centrales à la fois directement ( les achats de la Banque Nationale Suisse ou de la Banque du Japon par exemple) et de la renationalisation des marchés de capitaux. Vu la situation française, nous ne pouvons qu’approuver P. Artus (Natixis) quand il prédit à son propos : « Les Marchés, un jour ou l’autre vont s’en apercevoir ».

Et alors, la fin de l’euro sera proche. Sera-ce une si mauvaise éventualité?  Un sujet trop vaste et trop complexe pour être abordé maintenant. Rappelons-nous simplement les circonstances de l’abandon du Gold-standard dans l’entre-deux guerres. Il a fallu plus de 10 ans à la plupart des pays pour prendre la décision de le quitter. Et les premiers qui l’ont fait ne se sont portés que mieux en reprenant la maîtrise de leur destin !

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Article au complet: CONFNEUCHATELv2(1)

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A signaler:

PARUTION  D’UN ARTICLE DE CHRISTIAN GOMEZ DANS UN OUVRAGE RÉCENT

LE CAPITALISME FINANCIER OU COMMENT UN SYSTÈME INSTABLE DEVIENT EXPLOSIF

La crise financière et la création de liquidités

 

IN

HEURS ET MALHEURS DU CAPITALISME

Sous la direction d’Arnaud Diemer, Daniela Borodak et Sylvie Dozome

ÉDITIONS OECONOMIA, JANVIER 2013, 247 PAGES

 

La dernière crise dans laquelle nos économies sont engluées depuis 2007 n’est pas que la conséquence de quelques aberrations avérées, comme la titrisation des « subprimes », mais elle est aussi, et surtout, le dernier avatar des crises financières qui ont ponctué l’évolution des économies de marché depuis des décennies et qui renvoient toutes au fonctionnement fautif d’un système bancaire fondé sur le principe des réserves fractionnaires et sur les mécanismes du crédit qui en découlent.

Dans cet article, l’auteur montre que l’on retrouve dans cette crise les grands traits de la crise financière « classique » mais que les conséquences de ceux-ci ont été encore aggravées par l’émergence d’un système bancaire parallèle encore plus dangereux que «l’officiel », des «innovations» financières menées sans aucune réflexion sur leur impact sur les liquidités et une perte de contrôle de ces dernières dans le cadre d’une politique monétaire impuissante et d’un système financier international défaillant.

C’est ainsi que, face à la crise de l’intelligence qu’a connue la science économique au cours des trois dernières décennies, avec le règne sans partage d’idéologies pseudo-scientifiques, l’auteur en appelle à une nouvelle réflexion sur la notion même de liquidités et sur les moyens de leur contrôle et invite à renouer avec cette tradition qui de Ricardo à Allais, en passant par Mises, Hayek, Fisher, Friedman, Tobin et Minsky, n’a eu de cesse que de proposer une réforme en profondeur du système financier pour réguler l’évolution des économies de marché, magnifier l’esprit entrepreneurial du capitalisme et limiter drastiquement les délires spéculatifs, comme ceux que nous avons connus ces dernières années, qui cassent les ressorts mêmes de nos économies et corrompent nos démocraties.

 

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Rueff, Allais, Artus

29 novembre 2012

Cet article étant, du fait des graphiques, très difficile à transformer dans un format lisible sur le blog, nous avons décidé de le laisser en téléchargement pdf  sur ce lien . (6,7 Mo, c’est assez long…)
Nous nous contentons donc ici d’en copier l’introduction.

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Christian GOMEZ
Note de Travail
Version1/working paper
1
st Draft/24/11/2012

CHÔMAGE ET COÛTS SALARIAUX: LE RETOUR DE LA “LOI DE RUEFF”

Il y a en économie quelques « lois d’airain » que, bien entendu, les « progressistes » de toutes nuances refusent d’admettre et ne songent qu’à subvertir car elles se mettent sans cesse en travers de leurs utopies et sont des forces de rappel irrésistibles contre leurs divagations. Elles ne se manifestent souvent qu’à travers les conséquences catastrophiques que leur violation a entrainées. La faillite des expériences socialistes est là pour nous le rappeler. Et, parmi ces lois, il y en a une qui, depuis quelques années dans les pays occidentaux, beaucoup plus récemment en France, revient sur le devant de la scène de l’actualité : c’est la relation qui établit que les coûts salariaux, quand ils ne sont pas en ligne avec la productivité de l’économie ou trop rigides pour s’adapter aux conditions de l’offre et de la demande de travail, sont la cause principale du chômage et, en particulier, d’une de ses formes les plus pernicieuses et persistantes : le chômage chronique. Un chômage différent du chômage technologique/frictionnel qui est un coût d’adaptation au changement et que traduisent les flux « normaux » interentreprises et intersectoriels de salariés pour une durée de recherche « normale ». Un chômage différent aussi de celui résultant des fluctuations conjoncturelles de la dépense globale (chômage conjoncturel) ou de celui qu’une politique différente en matière de commerce international parviendrait à réguler, voire à combattre (chômage de type « mondialiste » comme l’appelait Maurice Allais). Dans cette brève note, en partant du travail fondateur de Rueff et des recherches de Maurice Allais, il est possible de montrer comment les préoccupations fondamentales qui guidaient ces deux grands économistes s’expriment aujourd’hui à travers les recherches d’un des très rares brillants économistes français cumulant la dextérité théorique  avec une connaissance approfondie des faits: Patrick Artus.


C.Gomez – chômage et coûts salariaux

17 novembre 2012

Cet article en pdf                                                                                                                                               

Christian GOMEZ (11/11/2012)

CHÔMAGE ET COÛTS SALARIAUX: UN PROBLÈME NOUVEAU?

Comment Maurice Allais fut parmi les premiers (avec Jacques Rueff) à le déceler  et à chercher à l’estimer dans la période post-1968

Apparemment, la classe politique française et nombre d’économistes découvrent que des coûts du travail trop élevés peuvent être à la racine des problèmes dans lesquels s’enlise l’économie française depuis des années, sans doute depuis les années 70, et qui n’ont fait qu’empirer dans l’aveuglement général des acteurs économiques et politiques  de gauche (partis, syndicats) comme de droite, un aveuglement renforcé hélas par le silence gêné de la plupart  des économistes soumis au conformisme du moment et aux idéologies ambiantes. Pourtant dès la fin des années 70, deux économistes, parmi les plus grands, s’étaient levés pour alerter les français du péril que leur comportement collectif engendrait: jacques Rueff[1] et Maurice Allais[2], sans que leurs appels ne rencontrassent aucun écho. Une situation que devait continuer à connaitre par la suite  Maurice Allais qui, à partir de la fin des années 90, ne  cessa de sonner le tocsin, conscient que la mondialisation menée à marche forcée par des « élites » inconscientes et, surtout, ignorantes, allait complètement ruiner un pays déjà complètement sclérosé et paralysé par des rigidités de toutes sortes, dont la rigidité salariale en particulier.

 Dans cette brève note, il s’agira de se concentrer sur Maurice Allais, qui a présenté  les modèles du taux de chômage les plus élaborés en 1981 et 1999, pour bien mettre en évidence  l’importance qu’il accordait aux coûts du travail dans l’explication du fléau du sous-emploi. Nous mentionnerons bien sûr son intérêt croissant pour le chômage « mondialiste » (résultant de la mondialisation) à partir des années 90 en restant succinct sur les critiques que nous inspire son traitement du sujet[3].

LE MODÈLE DE 1981: UN CRI D’ALARME QUE LES SOCIALISTES NE POUVAIENT PAS ENTENDRE ET LEURS ÉCONOMISTES COMPRENDRE.

Voyant le dérapage du chômage dans les années 70, l’approche d’Allais fut d’en rechercher les causes en partant d’un modèle extrêmement classique (au sens de « traditionnel ») distinguant trois formes de chômage:

–      Le chômage technologique, considéré comme un mouvement continu et régulier induisant des flux d’entrées-sorties sur le marché du travail et donc un taux de chômage frictionnel relativement stable (a priori de l’ordre de 2% par an au vu des taux de chômage observés sur longue période)

–      Le taux de chômage conjoncturel, lié à la conjoncture et donc suivant en cela les fluctuations de la demande globale (approximées dans le modèle par les écarts à la tendance du PNB réel)

–      LE CHÔMAGE STRUCTUREL OU CHRONIQUE, dû à une évolution des salaires réels déconnectée de la celle de la productivité globale des facteurs, et non de la seule productivité du travail car il convient dans ce cas de prendre bien en compte la croissance du surplus distribuable liée à une plus grande efficience de l’ensemble de l’économie.

Cet indicateur de déséquilibre salarial montre bien le dérapage provoqué par la crise de 1968 et la gabegie qui a suivi, essentiellement sous la houlette de Giscard d’Estaing et de son premier ministre d’alors, Jacques Chirac, une gabegie que Raymond barre fut dans l’impossibilité de maitriser compte tenu de la force des syndicats et de la perspective d’une arrivée de la gauche au pouvoir. On comprend dès lors pourquoi la réalisation de cette éventualité en 1981 et la  mise en œuvre des promesses de la gauche conduisirent le pays au chaos jusqu’au tournant de la « rigueur » en 1983.

Et, comme le montre le graphique , la  conjonction de la composante conjoncturelle ( les fluctuations économiques) et du facteur structurel ( les excès de croissance salariale) dans le cadre du modèle général proposé par l’auteur permettait une représentation presque parfaite du phénomène sur une période de 26 ans (1952-1978), avec deux variables explicatives et trois paramètres arbitraires à estimer, dont la constante (représentative du chômage frictionnel/technologique) qui ne pouvait être très éloignée de 2%, ce qu’elle fut (2.2%).

Selon le schéma d’analyse proposé par Allais, il était donc possible de décomposer le taux de chômage observé en 1978 (tab), c’est-à-dire quasiment à la veille de l’arrivée de la Gauche au Pouvoir.

On comprend mieux l’échec de cette dernière en 1981 dû à un contresens quasi-total sur la nature du chômage à cette époque.

Une relance par les salaires pour activer la consommation et combattre ainsi le chômage ne pouvait que conduire  à plus de chômage, plus d’inflation, plus de déficit extérieur. Ce qui advint.

II-LE MODÈLE DE 1999 : L’INTRODUCTION DU « CHÔMAGE MONDIALISTE » RÉSULTANT DE LA LIBÉRALISATION DES ÉCHANGES INTERNATIONAUX, UN APPEL SANS ÉCHO FACE À LA PRÉGNANCE DE LA VULGATE « LAISSER-FAIRISTE »

Par rapport à celui de 1981, le modèle  présenté dans l’ouvrage de 1999 continuait à traiter identiquement le chômage technologique (supposé constant) et le chômage conjoncturel  (écarts par rapport à la tendance du PIB à prix constants), mais allait s’en différencier par deux aspects importants :

1) La prise en compte d’un indicateur des conditions salariales  différent : il s’agit du rapport du SMIG/ SMIC au salaire horaire moyen ouvrier au lieu du rapport (plus attractif intellectuellement) du coût salarial global (en valeur réelle) à la productivité globale des facteurs[4]. Comme l’écrit Allais : « Faute de mieux, et au moins en première approximation, on peut prendre comme indicateur global des facteurs sociaux générant du chômage (charges salariales globales, minima de salaires, rigidités du marché du travail et chômage volontaire), le rapport r du SMIG (Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti institué le 11 février 1950), remplacé le 2 janvier 1970 par le SMIC (Salaire Minimum Interprofessionnel de Croissance) au salaire horaire moyen. En fait, tous les avantages sociaux sont en relation avec ce rapport. » (Allais, 1999, p.163).

2)  L’introduction d’un indicateur composite de l’effet d’éviction du facteur travail en France par les importations extracommunautaires, par la prise en compte de l’équivalent en heures de travail français des importations extracommunautaires de produits manufacturés (valeur des importations en produits manufacturés divisée par le salaire ouvrier moyen) mis en base 1 en 1974. En effet, l’explosion du sous-emploi en France à partir des années 80 ne pouvait s’expliquer, selon Allais, par le seul facteur « coût du travail » et il était convaincu qu’un autre facteur était intervenu en conjonction avec ce dernier qui ne pouvait être que « l’effet du libre-échange mondialiste aggravé par les effets pervers du système des taux de change flottants et de la libéralisation mondiale des mouvements de capitaux… » (Allais, 1999, p.166). Pour lui, l’indicateur utilisé synthétisait tous ces effets, au moins en première approximation, car « une analyse approfondie devrait en dissocier leurs influences respectives » (Allais, 1999, p.166).  Comme le montre le graphique ci-joint, on constate une très nette accélération à partir des années 70 et la conclusion d’Allais était que c’était un facteur primordial de la RUPTURE DE LA CROISSANCE CONSTATÉE EN 1974 et donc de l’accélération du chômage à partir de cette date, en sus des effets liés aux coûts salariaux.

Ainsi, avec un modèle combinant les différents types de chômage, tels qu’estimés par l’auteur : Technologique, conjoncturel, chronique, mondialiste, certains d’entre eux (chronique et mondialiste)  intervenant à partir de seuils directement estimés empiriquement par un processus d’optimisation[5], Allais cherchait à expliquer le sous-emploi des ressources de main d’œuvre mesuré par deux concepts :

–         Le taux de chômage au sens du BIT

–         Le taux de  sous-emploi total, beaucoup plus important, car incluant, outre le taux de chômage officiel, l’ensemble des personnes traités socialement (dans l’emploi marchand aidé : les personnes dont les charges sont tout ou partie exonérées de cotisations, les contrats aidés de toutes sortes…… ; dans l’emploi non marchand : les travaux d’utilité collective, les contrats emploi-solidarité, les stages d’insertion, les cessations anticipées d’activité, les dispensés de recherche d’un emploi….) , soit pour l’année 1997, un ensemble avoisinant 25% de la population active !

Pour le sous emploi total, Allais aboutissait à une estimation des différentes composantes du chômage du type suivant :

Pour le taux de chômage au sens du BIT, les ajustements étaient comparables mais les estimations des poids des différentes composantes diffèrent dans la mesure où chômage chronique et chômage mondialiste ont un poids à peu près équivalent. La raison réside probablement dans la sous-estimation du développement du sous-emploi total au cours de cette période en raison de la mise en œuvre de toutes ces politiques très dispendieuses de traitement social

du chômage.

Moyenne des années 1995-1997 (p.467)Politique sociale41%Mondialiste48%Conjoncturel1%technologique10%Total100%

Conclusion

Ce que montrent les études d’Allais, comme par ailleurs les mises en garde de Rueff, c’est que le problème des coûts salariaux aurait dû être mis sur la place publique depuis bien longtemps. Songer que l’on puisse manipuler une variable aussi importante que le coût du travail pour des raisons politiques et/ou idéologiques est une ineptie qui, malheureusement fait partie du folklore français, et plus généralement des conceptions socialisantes inspirées du marxisme. Le coût du travail est une variable économique qui doit se fixer pour les différentes qualifications sur des marchés où s’ajustent l’offre et la demande. Que le salaire et le revenu des salariés soit par ailleurs une variable « sociale » ayant une composante « éthique » est un autre problème qui relève  de la redistribution des revenus. Si certains salaires ou certains revenus familiaux sont jugés éthiquement insupportables, il est toujours possible de compenser le manque à gagner par des allocations ad hoc financées par des ponctions sur les autres revenus (impôts) et non en manipulant le prix du travail. Cela a toujours été la position des grands « libéraux » comme Friedman et Allais. Là-dessus, se greffe le problème de l’impact des échanges internationaux, de marchandises et de capitaux, sur les conditions salariales lorsque les échanges se font avec des pays à bas coûts salariaux et à capacités technologiques, mais sa solution relève d’une approche complètement différente.

Il est clair qu’avec des travaux comme ceux de Maurice Allais, nous sommes invités à nous interroger  sur l’importance de ce facteur et il est considérable :

–                  Avec le premier modèle, à mon avis le plus incontestable, le taux de chômage chronique lié à des coûts salariaux « trop » élevés représentait à la fin des années 70 environ 40% du taux de chômage global. Partant d’une situation de plein emploi, voire de suremploi, l’impact de la « gabegie » salariale de ces années là, mesuré par le rapport coût salarial/productivité globale des facteurs, apparait avec la clarté d’une épure ;

–                  Avec le second modèle,  très contestable, la réduction, voire son maintien avec les données BIT,  du poids du chômage chronique au profit du « chômage » mondialiste devrait à mon avis être révisée dans le sens de la hausse.  En effet, il y a dans cette approche des erreurs de principes à corriger et une bonne part de l’indicateur du « chômage mondialiste » capte en fait tout autre chose qui relève plus du chômage chronique (non flexibilité des salaires face à un afflux de main d’œuvre) qu’à un phénomène de mondialisation dont l’impact n’a pu véritablement se faire sentir qu’à partir du milieu des années 90[6].

Ainsi avec la crise mondiale de 2007 et la crise de l’euro, les lois d’airain de l’économie classique reviennent en force et, en premier lieu, ce qu’il est convenu d’appeler la « Loi de Rueff ».  Au-delà des moulinets de politiciens apeurés par l’importance du problème, qui appellent par des incantations quasi-magiques à « la croissance », à « l’investissement » ou à « l’innovation » pour combattre le chômage, il y a ce fait incontournable : le chômage sera d’abord combattu en redonnant au marché toute la liberté pour s’ajuster, en cessant de jouer avec les salaires et les coûts salariaux comme avec des hochets idéologiques (« un petit coup de pouce » par ci, « un petit coup de pouce » par là). Ce facteur, associé à tout ce délire de protection de l’emploi « en place » a mené l’économie française au bord du gouffre et a conduit des générations de jeunes français (et européens car beaucoup d’autres pays souffrent ou ont souffert des mêmes maux) au désespoir en les privant d’avenir. Il est temps de faire la grande lessive qui a déjà débuté dans de nombreux pays. Elle sera douloureuse mais salutaire.


[1] Jacques Rueff: « la fin de l’ère keynésienne », Le Monde, 19 et 20/21 Février 1976

[2] Maurice Allais : Le chômage et les charges salariales globales, Le Monde, 14-15 juin 1981, et ses différents ouvrages notamment: Combats pour l’Europe (1994 et 2002) et La Mondialisation, La Destruction de l’emploi et de la croissance(1999) aux Éditions Clément Juglar].

[3] Nous y reviendrons dans une note ultérieure car cette critique nécessite  des développements  qui seraient trop longs ici.

[4] En tout état de cause, l’établissement d’une série de  la productivité globale des facteurs nécessitait de disposer d’une équipe suffisamment compétente pour la calculer, ce qui était hors de portée de Maurice Allais en 2000 qui, rappelons-le, approchait les 90 ans et ne disposait plus que d’une aide matérielle limitée à l’Ecole de Mines.

[5] Dans le modèle, les composantes chronique et mondialiste, X et Y, sont estimées par des indicateurs x et y qui ne sont pris en compte qu’à partir de seuils x0 et y0 qui sont déterminés de telle manière que la corrélation soit maximum. Ainsi les variables (x-x0) et (y-y0) prennent une valeur nulle pour x<x0 et y<y0 et ne commencent à s’incrémenter qu’à partir des seuils x0 et y0.

[6]Comme déjà indiqué, nous reviendrons plus tard sur ce modèle et les problèmes qu’il pose.


Ch. Gomez: Pensée monétaire d’Allais et nationalisation de la monnaie

6 novembre 2012

LA PENSÉE MONÉTAIRE DE MAURICE ALLAIS ET LA NATIONALISATION DE LA MONNAIE

Pour comprendre les raisons qui ont poussé Maurice Allais à proposer des réformes fondamentales du fonctionnement de notre système économique et financier, il faut aller au cœur de sa pensée et détailler point par point son développement logique en partant des analyses des faits effectuées par l’auteur et les modèles empiriquement vérifiés qu’il a élaborés et qui lui ont permis d’en tirer toutes les conséquences tant du point de vue de la maitrise des fluctuations conjoncturelles que des conditions d’une politique monétaire optimale pour maximiser la croissance économique.

Vous trouverez ci-joint deux documents :

1)      Le premier est l’étude que j’ai réalisée pour une Conférence tenue en juillet 2012 (Joint Conference AHE, IIPPE, FAPE,  July 5 – 7, 2012, Paris, France) et dans laquelle une session était consacrée à une discussion des réformes proposées par Allais, non seulement la Réforme Monétaire défendue par moi-même, mais aussi la Réforme fiscale présentée par Arnaud Diemer et Jérôme Lallement.

Ce document est téléchargeable sur ce lien 1

2)      Le second, pour les lecteurs pressés  et comme introduction pour les autres, est l’exposé powerpoint que j’ai présenté et qui doit donner une bonne vue des thèmes évoqués.

Ce power point est téléchargeable sur ce lien 2

 Ce deuxième document devrait être plus explicite que le résumé succinct que vous trouverez ci-après.

 Bien entendu,  je vous en souhaite bonne lecture si vous êtes  intéressés et je reste à votre disposition pour en discuter avec vous.

                                                 Christian GOMEZ, 28/10/2012

  PRÉSENTATION GÉNÉRALE

En visant à interdire la création de monnaie par le mécanisme du crédit bancaire et à remettre ce pouvoir et ses bénéfices à la collectivité, la réforme monétaire proposée par Maurice Allais s’inscrit dans une longue tradition qui remonte en fait à Ricardo et aux tenants de la « Currency school ». Certes, à l’instar des économistes de Chicago (comme Henry Simons), de Fisher ou de Friedman, parmi beaucoup d’autres qui pourraient être cités, il ne s’agit pas de rétablir une couverture or des instruments de nature monétaire, contrairement aux « néo-autrichiens » dans la ligne de Mises ou Rothbard. Il s’agit pour Allais, à travers une couverture intégrale des dépôts par de la monnaie de base, de reprendre le contrôle de la monnaie pour trois raisons essentielles :

(1)     Faire en sorte que les mouvements, euphoriques ou dépressifs, de la psychologie collective n’entrainent, par leur impact sur les comportements de demande de monnaie (thésaurisation) ou de crédit, des fluctuations erratiques de l’activité économique, pouvant parfois déboucher sur des crises systémiques, avec leur cortège de désastres matériels et humains ;

(2)     Chercher les moyens de conduire une politique monétaire optimale pour maximiser le revenu réel par tête ou faciliter le fonctionnement du système économique ;

(3)     Mettre fin aux distorsions de revenu provoquées par la création monétaire privée et en redonner tous les bénéfices à la collectivité afin que celle-ci puisse les utiliser, par exemple, à des réductions d’impôts capables de maximiser le dynamisme entrepreneurial.

Au-delà de quelques divergences sur les modalités de mises en œuvre de la réforme, qui conduisent Allais à insister sur la nécessité de bien distinguer les banques de dépôt, (Compagnies de services monétaires) des banques de prêt dans la mise en œuvre de la réforme,  ce qui différencie ce dernier de tous les autres économistes épousant la même ligne de pensée,  c’est le fait que toutes ses propositions sont justifiées par les résultats empiriques, souvent impressionnants, de toutes les recherches qu’il a menées sur 40 ans dans le domaine monétaire : demande et offre de monnaie, interaction des deux comportements dans la génération des mouvements économiques normaux (fluctuations conjoncturelles) et aberrants (dépressions ou hyperinflations), facteurs explicatifs de l’évolution des taux d’intérêt et analyse de son l’impact  sur la structure capitalistique des économies… Dans tous les cas, une ligne directrice  domine sa pensée : la psychologie des agents est essentiellement fonction des expériences passées avec, peut-être, des influences de nature exogène, et  ses variations, aussi faibles soient-elles, sont profondément déstabilisatrices et ce d’autant plus que les banques sont libres de répondre de manière « élastique » aux « humeurs » des agents économiques. D’où la nécessité de mettre tout en œuvre pour que l’environnement institutionnel tende à amortir l’influence des « esprits animaux » plutôt qu’à l’amplifier,  ce que traduisent ses propositions de réforme du système bancaire et des marchés financiers, comme  son insistance à créer une monnaie de compte stable à travers l’indexation.

C’est par tous ces aspects que l’on peut dire que, si Allais est bien inscrit dans une tradition, il la renouvelle par ses apports et dans une certaine mesure il la refonde en lui redonnant sa modernité.


Gabriel Galand

15 septembre 2012

Une monnaie à garantie totale,

une vieille idée qui fait son chemin

Gabriel Galand [1] (19 Mars 2012)

Résumé

Les crises financières du passé ont pour cause profonde une création monétaire incontrôlée. Pour résoudre les crises financières il faut donc contrôler la création monétaire et la retirer aux organismes bancaires, qui comme tous les acteurs de l’économie peuvent être victimes d’une bulle d’euphorie.

Les propositions de garantie totale de la monnaie, ou 100% monnaie, remontent au 19ème siècle, et ont été proposées sous forme pure ou équivalente par des économistes aussi connus que Walras, Ricardo, Von Mises, Fisher, Friedman, Allais, Minsky, Tobin.

La mise en œuvre du système est simple, notamment si comme nous le proposons, la garantie est donnée unilatéralement par la Banque Centrale. La régulation de la masse monétaire s’en trouve facilitée, ainsi que la régulation des taux de change.

Introduction

La crise financière de 2007-2008 a rappelé la douloureuse réalité. Le système financier international a encore failli, après qu’une nouvelle fois la longue série des crises qui l’ont précédée eurent été oubliées. Il faut donc de nouveau rouvrir le dossier et essayer d’aller au fond, en espérant, cette fois-ci, aller plus loin.

D’abord, quel est l’enjeu ? Une crise financière, par définition, met en danger tout ou partie du système financier. Les banques sont fragilisées, et avec elles, le système de paiement (comptes à vue des agents économiques), ainsi que le système de crédit à l’économie. L’enjeu est donc de mettre à l’abri à la fois les disponibilités des agents économiques et le financement de l’économie réelle.

Or comment peut se nouer une crise financière ? Le scénario est en général le suivant. D’abord, un marché particulier, ou l’économie entière d’un pays, est en forte croissance. Ensuite, tout le monde croit dur comme fer à la poursuite de la croissance, y compris les financiers, qui prêtent de plus en plus, ou fournissent le cadre à une spéculation à la hausse par des dérivés divers et variés. La croissance se transforme en bulle dangereuse lorsque survient la surestimation des possibilités du marché et une exubérance irrationnelle qui fait oublier le prix réel des actifs pour le remplacer par le prix potentiel de revente, et lorsque les financiers valident cette démarche par une création monétaire excessive. Car il faut bien que cette valeur nouvelle mobilisée dans l’achat des actifs vienne de quelque part.

A la racine d’une crise financière qui menace de s’étendre, il y a toujours au moins un actif dont le prix monte beaucoup, voire l’ensemble des valeurs boursières. En 1929 c’est l’ensemble de la bourse des USA. En 1987 c’est l’ensemble des bourses mondiales. En 1989 c’est la bourse et l’immobilier japonais ; en 1997, les bourses et l’immobilier de plusieurs pays asiatiques (notamment la Thaïlande). En 2001, les actions du secteur Internet s’envolent. Par contre en 1980, c’est l’argent métal qui a nourri la spéculation. Dans tous ces cas, il est reconnu que les liquidités étaient abondantes et le financement des spéculateurs facile. Cette spéculation peut aussi se tourner vers les taux de changes qui paraissent fragiles, les exemples sont les pays dollarisés (Mexique 1994, Argentine 2001), la Russie en 1998, ou les mécanismes d’harmonisation comme le SME (1992 et 1993). Là aussi, les spéculateurs ont mobilisé des fonds importants qui leurs ont été fournis par une création monétaire complaisante.

La racine du mal est donc dans le pouvoir de création monétaire décentralisé et plus précisément dans la possibilité de couverture fractionnaire des dépôts. Ce système a de graves défauts :

– Il mélange les fonctions bancaires et introduit ainsi l’aléa moral du « trop gros pour sombrer ». Lors d’une crise financière, le gouvernement doit sauver les banques pour sauver les dépôts.

– Il rend l’économie instable puisque de la monnaie liquide, volatile par nature, n’a pas de contrepartie liquide. Il suffit que des banquiers astucieux rassemblent des clients spéculateurs qui n’ont guère besoin de billets à la mesure des millions échangés pour avoir un effet de levier qui peut dépasser 50 lorsque les réserves obligatoires sont comme aujourd’hui en dessous de 2%. Des bulles spéculatives sont inévitables.

– Elle rend la création monétaire et l’ensemble de l’économie pro cyclique.

– Le taux d’intérêt ne représente plus l’équilibre des fonds prêtables. Il devient un outil indirect et inefficace de contrôle de la création monétaire. Par voie de conséquence, la politique monétaire devient peu efficace. Le cas typique est celui de la zone euro, pour laquelle la BCE est bien incapable de fixer un taux d’intérêt « optimal » pour tous les pays de la zone à la fois, et s’évertue à relancer l’économie en ne réussissant qu’à nourrir l’inflation spéculative des actifs.

Ce qui précède suggère clairement qu’il faut plus de régulation. Jusqu’à ce jour, la tendance a été d’augmenter la capitalisation des banques pour tenter de diminuer l’effet de levier[2], et de renforcer toutes les règlementations prudentielles sur les ratios à respecter. On espère ainsi rassurer les agents économiques quand à la solidité des entités qui détiennent leurs avoirs. C’est en réalité illusoire. Comme l’a bien expliqué J. Kay (2009), les règles doivent être vérifiées par des contrôleurs qui sont sujets comme tout le monde à l’euphorie des périodes fastes et ne présentent pas toujours des garanties d’indépendance sur des durées longues. Par ailleurs les financiers inventent constamment des moyens de tourner ces règles. Il faut donc aller plus loin et changer les structures. Il faut en réalité tuer l’effet de levier, mettre les banquiers à l’abri de leurs propres tentations et leur retirer le pouvoir de création monétaire. Ceci n’est nullement utopique.

Nombre d’économistes, certains parmi les plus célèbres, ont cherché et proposé des réformes pour séparer la création de monnaie de la distribution du crédit. La quasi-totalité de ces propositions sont fondées sur le principe d’une garantie totale de la monnaie, ou couverture à 100%, qui supprime la possibilité pour le prêteur de ne couvrir son prêt que partiellement. Au 19ème siècle et au début du 20ème, les auteurs voyaient la couverture en espèces métalliques. Citons Ricardo (1920), Walras (1892), Von Mises (1928). Plus récemment, on optait plutôt pour une couverture en monnaie de base ou monnaie centrale. Citons notamment le Groupe de Chicago (1933), Fisher (1935), Friedman (1959), Allais (1947, 1977), Gomez (2010). D’autres ont mis l’accent sur la sécurité des dépôts et ont inventé le « Narrow Banking » (banques étroites). Il s’agit entre autres de Minsky (1984), Tobin (1985) et J.Kay (2009). Ce souci les conduit comme les autres à rejeter la couverture fractionnaire des dépôts à vue, et à préconiser une couverture par des actifs « sûrs », dans leur esprit des titres d’Etat, système qui rejoint en fait la couverture par monnaie de base[3].

Nous ne parlerons ici que du système à garantie 100% par de la monnaie de banque centrale, assorti d’une séparation des fonctions bancaires, qui nous paraît être le plus simple et le plus efficace.

Une bonne synthèse de la mise en œuvre d’un système à couverture totale par de la monnaie centrale dans une économie moderne est l’article de C. Gomez (2010) « Une « vieille » idée peut-elle sauver l’économie mondiale ». Nous lui avons emprunté nombre d’idées et de références. Toutefois, nous différons sur les points suivants

– Alors que, comme beaucoup d’autres auteurs, il mêle couverture à 100% et rachat de la dette de l’Etat par un système de prêts remboursables aux banques, nous séparons ces 2 mécanismes en supprimant le prêt remboursable, ce qui change à la fois la philosophie du projet et les modalités de sa mise en œuvre. Nous montrons alors la faisabilité de ce nouveau projet.

– C. Gomez parle peu de la création monétaire et de sa régulation après la phase de mise en place. Nous insisterons donc sur ce point.

– Nous développons les problèmes posés par la protection des dépôts à terme et du système de crédit alors que C. Gomez n’en parle guère.

– Les influences respectives d’un système réformé avec le reste du monde (tant que le système monétaire international n’est pas lui-même réformé) sont peu traitées et nous essayons de préciser les problèmes posés.

Nous commencerons donc dans la première section par rappeler le principe de la réforme[4]. Ce principe sera très similaire à celui proposé par C. Gomez et M. Allais. Dans la deuxième section, nous décrirons la mise en œuvre telle que nous la voyons. Celle-ci est nouvelle. Dans la troisième section nous développerons les avantages et inconvénients de la réforme. Dans la quatrième section nous parlerons de la création monétaire dans le temps et de sa régulation ainsi que du problème des interactions avec l’extérieur. La dernière section conclura.

A. Le principe de la réforme

1. Les fonctions bancaires sont séparées[5] :

On distingue d’une part les Compagnies de Services Monétaires, ou CSM, qui ne gèrent que les dépôts et ne font pas de crédit, et les Banques de Financement, ou BF, qui font du crédit mais ne gèrent que des dépôts à terme. A ce niveau, tous les auteurs sauf I. Fisher insistent sur la nécessaire séparation juridique des fonctions. Toute connexion entre ces 2 fonctions ne peut que susciter des procédés aussi géniaux que néfastes pour rétablir une substituabilité entre les dépôts à terme et les dépôts à vue et ruiner ainsi la couverture totale.

Allais préconise en plus de séparer les banques d’affaire des banques de financement. Ce point est sans incidence sur la structure de la création monétaire mais n’est pas neutre concernant le crédit et les dépôts à terme. Nous y reviendrons donc plus loin.

2. Les dépôts à vue dans les CSM sont couverts à 100% par de la monnaie centrale :

Cette énorme masse de monnaie centrale ne peut-être fournie que par la Banque Centrale. Les auteurs se partagent sur le procédé pour la fourniture de cette monnaie de base. Certains préconisent l’achat d’actifs aux banques (Fisher), d’autres le prêt (Friedman, Allais, Gomez), d’autres enfin le don pur et simple. C. Gomez cite comme partisan de ce dernier procédé Higgins[6] (1941), et ajoute que le choix a peu d’impact sur le sujet étudié. Nous préconisons aussi le don, qui a l’avantage de simplifier grandement le processus, sans conséquence particulière, puisque la monnaie correspondante est immédiatement gelée. Il a aussi pour avantage de séparer nettement la garantie des dépôts et le rachat de la dette de l’Etat, qui peuvent ainsi être dissociés dans le temps.

Nous verrons que ce don peut aussi être interprété comme une dotation en capital, qui pourrait appeler une contrepartie en prise de participation de l’Etat. D’un autre côté, la profession bancaire peut argumenter qu’elle n’a pas à payer pour une garantie dont elle ne fera rien. La solution finale dépendra du contexte au moment de la réforme

3. Les BF ne font que de l’intermédiation :

Les BF pratiquent des prêts comme elles le faisaient auparavant, mais elles ne peuvent avoir comme ressources que des dépôts d’épargne à terme. Allais ajoute qu’il faut interdire la transformation financière, c’est-à-dire que les BF ne pourraient pas prêter à terme plus long que celui du dépôt qui sert de contrepartie. Même si cette transformation doit être encadrée, il paraît difficile, au moins immédiatement, de la supprimer complètement. En particulier, ce serait la mort du logement social financé par le livret A. La solution est sans doute de déterminer une limite supérieure du terme de chaque catégorie de prêt en fonction de sa contrepartie, sans qu’elle soit nécessairement identique, et aussi de prévoir des exceptions en fonction des opérateurs.

4. La distinction entre dépôts à vue et dépôts à terme :

Aujourd’hui, il existe ce qu’on pourrait appeler de l’épargne à vue, qui est un produit hybride entre épargne et dépôt à vue. D’une part il est rémunéré. D’autre part, très souvent, il peut être transformé « en 1 clic » en dépôt à vue. Sur certains de ces produits on peut même tirer des billets directement du compte correspondant ou émettre des chèques. Il est clair que la réforme demande de placer une barrière plus nette entre les deux types de dépôt. Un dépôt à terme (qui sera sur un compte chez une BF) ne pourra être mobilisé immédiatement. Le délai est à fixer par la loi, mais devrait être idéalement de plusieurs jours. A cause de ce point, on peut s’attendre au moment de la réforme à un certain transfert des dépôts à terme court vers les dépôts à vue.

5. Les services et la rémunération des CSM :

Les CSM gèrent les moyens de paiements (tenue des comptes, exécution des chèques et virement, mouvements de monnaie fiduciaire) et pourraient aussi assurer, comme le suggère C. Gomez, certains services de courtage, y compris vers leurs collègues des BF, voire même de détention de titres, pourvu qu’ils soient sans risque pour la CSM elle-même. Dans ces conditions, tous ces services devraient être rémunérés.

Cette rémunération est déjà utilisée aujourd’hui (assez peu en France à part de faibles frais de tenue de compte et une petite rémunération des chèques). Elle devrait sans doute être augmentée. Si elle était croissante avec le volume de l’encaisse, elle pourrait dissuader la thésaurisation et stabiliser la vitesse de circulation de la monnaie. Au total, le problème de la rémunération des CSM ne devrait pas poser de problème majeur compte tenu du peu de capital nécessaire.

B. La mise en œuvre

Concernant  la séparation opérationnelle des services, qui sont actuellement contenus dans une société unique, les problèmes seraient moindres qu’on ne pourrait le craindre, si on en croît des connaisseurs de la structure actuelle des banques, notamment C. Gomez, qui a une connaissance par l’intérieur de ces structures[7]. Il pense que les banques sont déjà aujourd’hui structurées par métiers, et que la séparation telle que celle envisagée ici « ne poserait aucun problème majeur ».

Concernant le processus comptable, il est également assez simple

1. La situation avant la réforme :

Nous nous contentons de présenter les postes du bilan concernés par l’opération. Nous prenons au départ les mêmes montants que C. Gomez pour qu’on voie bien les différences que nous introduisons dans le processus

On suppose donc que la banque, sur un total de 1000, détient 20% de DAV (dépôts à vue), le reste en DAT (dépôts à terme).

2. La préparation :

On suppose ici que la CSM qui sera formée héritera de 100% des DAV et de 20% des DAT, suivant ainsi notre raisonnement indiqué plus haut d’après lequel certains DAT actuels sont de l’épargne liquide, qui passera en DAV pour rester disponible. On doit donc garantir 200 + 800 x 20% = 360. Bien entendu, ce montant peut être ajusté par la suite.

La Banque Centrale inscrit au passif cette somme au crédit des banques. En contrepartie, elle inscrit cette opération au bilan sous un nom « ad’ hoc », s’il s’agit de don pur et simple[8], car il ne s’agit pas d’une vraie créance ni d’un actif mobilisable. S’il s’agit d’une prise de contrôle partiel par l’Etat, elle l’inscrit comme tel et il s’agit alors d’un actif bien réel.

Côté Banque, cette somme est inscrite à l’actif comme le contenu du compte qui est dans les livres de la Banque Centrale. Au passif, elle est mise en « Réserve », une réserve spéciale créée pour l’opération. S’il y a participation de l’Etat, la somme peut être inscrite au compte « Capital ».

Notons que le processus proposé ici ne nécessite ni prêt massif aux banques, ni remboursement par celles-ci, et donne plus de souplesse à la politique de la banque centrale.

3. La séparation :

On fait simplement passer les DAV, ainsi que leur contrepartie en monnaie centrale, de la Banque vers la CSM.

L’opération est alors terminée, et on peut passer au fonctionnement normal permanent.

4. Fonctionnement permanent :

Le système financier secondaire (CSM et BF) n’a plus l’initiative de créer de la monnaie, et toute nouvelle monnaie ne peut apparaître que si la Banque Centrale fournit la garantie. Pour ce faire, elle peut acheter des créances. Et pour montrer que la garantie totale se maintient alors automatiquement, nous allons considérer 2 cas, suivant qu’elle achète sur le marché secondaire une créance quelconque, ou qu’elle achète à l’Etat sur le marché primaire. Ce dernier cas est le plus simple, nous le traiterons en premier

On voit que dans un premier temps la Banque Centrale acquiert le titre et le paie au Trésor Public, ce qui crédite le compte de celui-ci. Dans un deuxième temps, l’Etat dépense cet argent auprès d’un agent X qui a un compte dans une CSM. L’opération se solde par des augmentations égales d’un compte courant, donc de la masse monétaire et de sa garantie en monnaie centrale.

Examinons maintenant le cas de l’achat d’une créance sur le marché secondaire.  Soit le titre de créance est détenu par une BF, qui a prêté à un débiteur, soit il est détenu par un agent non financier, et gardé dans un compte-titre qui pourrait être géré par une CSM. Le cas le plus illustratif étant celui de la BF, nous montrons celui-ci. Dans le schéma ci-dessous, les BF n’ont pas de compte en banque centrale, les mouvements de monnaie dont elles ont besoin se font à travers des comptes dans les CSM, comme pour les autres agents économiques[9]. Si elles devaient garder un compte en banque centrale, essentiellement pour des raisons annexes, le schéma serait similaire et plutôt simplifié.

Au départ, une BF détient une créance à son actif.

Première opération, la Banque Centrale acquiert le titre et crédite la BF, qui voit son compte en CSM monter d’autant. Notons que dès ce moment la masse monétaire et la monnaie centrale qui la garantit ont monté d’autant. Nous avons poursuivi par la deuxième opération, par laquelle la BF prête à un agent X la monnaie dont elle dispose par la vente du titre. Ceci permet d’aboutir à une situation finale tout à fait identique au cas précédent.

On s’apercevrait en examinant éventuellement d’autres variantes que la situation d’arrivée est toujours la même. Ceci vient du fait qu’à partir du moment où seule la banque centrale peut créer de la monnaie, elle ne peut le faire qu’en monétisant un actif au profit d’un tiers. Cet actif a pour contrepartie une somme en monnaie centrale de même montant, qu’elle verse au vendeur de l’actif. Si ce vendeur n’a pas de compte en Banque Centrale, le fonctionnement normal de l’articulation entre monnaie centrale et monnaie secondaire amène une augmentation immédiate de la masse de monnaie secondaire, dont la garantie est la monnaie centrale qui l’a générée. Si ce tiers a un compte à la Banque Centrale, la garantie est mise en place immédiatement, mais la génération de la monnaie secondaire correspondante est différée jusqu’à ce que le tiers dépense cet argent auprès d’un tiers « ordinaire ». On voit que de ce point de vue il vaut mieux que les BF n’aient pas de compte à la Banque Centrale. Comme l’Etat emprunte en général pour dépenser, on est alors sûr que tout achat de titre par la Banque Centrale génère le même montant de monnaie secondaire et que la garantie de celle-ci en monnaie centrale est automatiquement assurée.

C. Conséquences, avantages et inconvénients

1. La gestion quantitative de la monnaie :

Il est clair que dans le système proposé, la Banque Centrale est maîtresse de la génération monétaire. Elle peut donc mettre en circulation la quantité exacte de monnaie qu’elle souhaite. Le rêve, non ? Ceci est un grand changement par rapport à la situation actuelle, dans laquelle les seuls moyens de régulation sont le taux d’intérêt et la parole, avec un effet plus qu’aléatoire sur la quantité de monnaie en circulation.

Certes la quantité n’est pas le seul paramètre à prendre en compte pour apprécier l’effet de la monnaie sur l’économie en général et les prix en particulier. La vitesse de circulation importe aussi. Mais nous verrons que ce paramètre n’est pas un danger en dehors de périodes exceptionnelles.

Finalement, nous pensons donc que la gestion quantitative, bien qu’elle ne soit plus employée de nos jours qu’exceptionnellement, est tout à fait adaptée à la régulation de la masse monétaire quant à ses effets sur les prix et l’activité, elle est même probablement beaucoup plus efficace.

Certains craindront que ce pouvoir de création monétaire ne tombe entre les mains de gouvernants indélicats qui le détourneraient à leur profit. Mais la Banque Centrale n’est pas le gouvernement. Et remettre la création monétaire à un service public spécialisé n’est-il pas plus satisfaisant que de l’abandonner aux banques privées qui n’ont aucune motivation de régulation macroéconomique, mais, ce qui est normal de leur part, un souci de profit immédiat, et qui sont sensibles à des influences psychologiques pro cycliques, avec les conséquences de bulles et de crises financières que nous avons décrites ? Ajoutons qu’il paraît plus facile d’encadrer un mécanisme centralisé plutôt qu’une génération décentralisée dont l’histoire a montré que c’était une mission impossible.

2. Les taux d’intérêt :

Dans le nouveau système, les taux d’intérêt sont réglés par l’offre et la demande sur le marché de l’épargne et du crédit. Ne risque-t-on pas une plus grande volatilité de ces taux si la création monétaire « a la volée » disparaît ? Dit autrement, la demande de crédits sera-t-elle correctement satisfaite si elle est limitée aux fonds épargnés ? La première réponse est que l’alternative, qui est de permettre la création monétaire en complément, et donc en couverture fractionnaire, a les inconvénients que nous connaissons, il a amené de nombreuses crises financières, dont les plus grandes, celle de 1929 et celle de 2008, pour ne parler que de celles-ci. Et puis, peut-on sérieusement affirmer que le système actuel permet un arbitrage correct entre inflation et chômage, ou que nos banquiers centraux sont en condition pour mener une politique monétaire aux effets prévisibles ?

La deuxième réponse est que les crédits « tournent », les nouveaux crédits remplaceront sans problème les anciens, la difficulté n’existe donc potentiellement qu’à la marge, pour l’augmentation de la masse des crédits en cours. De ce point de vue, la banque centrale et le gouvernement devront avoir une politique du crédit indépendante de la politique monétaire. Si les crédits s’emballent ils peuvent les encadrer comme cela s’est fait dans le passé, ou taxer les intérêts perçus, pour en augmenter le coût. S’il n’y a pas assez d’épargne, il est au contraire possible de subventionner les taux débiteurs.

La troisième est que les crédits qui ne proviennent pas de l’épargne sont une création de pouvoir d’achat ex-nihilo. Sans les assimiler comme les économistes classiques à de « faux-droits », ce qui jette sur eux un opprobre injustifié, ils sont une anticipation sur l’augmentation de la production de l’économie et à ce titre ils doivent être strictement limités.

3. Et la dette de l’Etat ?

De nombreux défenseurs de la monnaie totalement garantie y associent le rachat d’une partie de la dette de l’Etat (pour le montant de la garantie de la monnaie) et voient même dans ce rachat une justification de la mise en œuvre du système. Nous avons montré que la mise en œuvre de la réforme ne nécessite ni l’existence de cette dette ni son rachat. Mais la Banque Centrale peut, si elle le souhaite, ou si c’est prévu par la loi, racheter des titres d’Etat en quantité plus importante que ne le nécessite la régulation de la masse monétaire, et stériliser ce supplément en  remplaçant une partie de la contrepartie « ad’ hoc » de la garantie par des titres d’Etat. Etant donné qu’elle garde cette garantie dans ses livres, elle peut en faire ce qu’elle veut. En face de la masse de monnaie centrale qui sert de garantie, et qui a par exemple un volume de 100, elle peut avoir 0 à 100 de titres d’Etat et le complément en actifs « Garantie de la masse monétaire » (dénomination ad’ hoc). Si elle veut (ou si la loi prévoit de) réaliser cette garantie en titres d’Etat, elle peut le faire à son rythme, sans dépendre d’un quelconque remboursement de prêt par les banques, et aboutir ainsi au même résultat que le système à remboursement de prêt préconisé par plusieurs auteurs (Friedmann, Allais, Gomez).

4. L’éradication des bulles et la protection des dépôts :

La plupart des bulles spéculatives qui ont dégénéré en crises financières n’auraient pas pu arriver dans le système que nous venons de décrire, car la montée du prix des actifs n’aurait pas pu être financée aussi facilement. Ceci dit, nous ne pouvons prétendre empêcher toute défaillance d’une partie du système économique.  Les dépôts à vue sont garantis par la Banque Centrale et peuvent être récupérés par leurs propriétaires immédiatement. Il n’en est pas tout à fait de même pour les Banques de Financement et donc pour les dépôts à terme. Si par exemple un gros emprunteur fait faillite, il peut faire tomber une Banque de Financement si on ne prend aucune précaution. On peut aussi imaginer, bien qu’historiquement les grandes crises aient été toutes au départ des crises financières, qu’une telle grave crise de l’économie réelle arrive, qui mettre en difficulté de nombreuses entreprises et leurs employés, donc leurs emprunts, et mette donc en danger une grande masse de dépôts à terme.

Nous n’avons pas la réponse définitive à ce problème. Garantir tous les dépôts à terme par le même système que les dépôts à vue ne nous paraît pas possible. En effet si la contrepartie des dépôts à terme est de la monnaie centrale, ils ne sont plus « disponibles » pour financer des emprunts. C’est tout le financement intermédié qui serait éliminé.

La seule manière de garantir ces dépôts dans la structure du système est, comme le préconisait M. Allais, d’obliger que tout dépôt dépende d’une créance de même terme. Si, comme il est probable, on juge que ceci n’est pas possible totalement, il faut une garantie extérieure et proportionnée à cette « discordance », garantie accordée par le gouvernement et/ou la Banque Centrale. Un système plus précis reste à étudier.

Cependant, comme une telle garantie devrait probablement être organisée, il faut considérer maintenant comme indispensable de séparer les financements de l’économie des activités spéculatives des banques. En effet, la garantie du gouvernement ne pourrait être accordée qu’aux premiers. En conséquence, et bien que ceci aille plus loin que la stricte prévention des crises financières et la protection des dépôts à vue, il faut préconiser finalement, comme M. Allais et C. Gomez, la scission du système financier en 3 branches séparées, les CSM pour les dépôts à vue, les BF qui financent l’économie réelle, et les Banques d’Affaires, qui recueillent des fonds qu’elles utilisent pour des placements  spéculatifs pour leur propre compte ou pour des tiers.

5. La réglementation prudentielle :

La réforme éviterait la plupart des règlements existants ou en cours de mise en œuvre sur les ratios prudentiels, les ratios de capital, etc. … Ces règlements ayant pour but d’éviter la faillite des banques, la réforme proposée change complètement la donne. Les CSM et leurs dépôts sont complètement garantis et leur surveillance limitée aux règles de base de la comptabilité.

C’est un peu moins simple pour les Banques de Financement, comme indiqué plus haut, mais la bonne voie est claire. Il faut chercher une sécurité incluse dans les structures plutôt que des règlements qui sont toujours en retard d’une crise.

D. Régulation et interfaces avec l’extérieur

D.1 La régulation quantitative de la masse monétaire :

La régulation de la masse monétaire devient plus facile pour deux raisons. D’abord le contour de cette masse monétaire devient plus clair. Comme l’ont bien montré J. Créel et H. Sterdyniak (1999), dans le système actuel la définition d’une masse monétaire devient très difficile et une gestion fondée directement ou indirectement sur la quantité de monnaie devient impossible. Le système proposé ici restaure la notion de masse monétaire des comptes à vue en les séparant clairement des autres agrégats financiers, et en les spécialisant dans leur fonction de moyen de paiement qu’il convient de réguler quantitativement.

Ensuite régler la quantité est facile puisque la banque centrale est maîtresse du jeu, du moins en économie fermée (nous nous restreignons à ce cas dans un premier temps). Elle décide exactement combien de monnaie elle veut mettre en circulation. S’il faut augmenter cette masse, nous avons vu comment elle pouvait le faire en achetant des créances. Il peut aussi arriver qu’elle veuille faire diminuer la masse monétaire. Dans ce cas il faut inverser le circuit et elle doit vendre des actifs qu’elle possède (par exemple des créances). Pour que ceci soit possible sans que la Banque Centrale soit obligée de brader ses actifs, il devrait être fait obligation aux Banques de Financement d’acheter ces titres lorsque la Banque Centrale le déciderait.

Le problème d’atteindre l’objectif étant facilement réglé, la difficulté se déplace vers la détermination de l’objectif. A quel niveau fixer la quantité de monnaie en circulation ? Ceci revient à se demander de combien l’économie va croître en valeur, c’est-à-dire de combien elle va croître en volume et de combien les prix vont augmenter pour une raison autre que monétaire (notamment inflation par les coûts).  Ces questions dépassent  le cadre de notre étude, qui veut avant tout proposer des solutions aux problèmes monétaires. Le fait qu’on se pose enfin des questions concernant la croissance de l’économie réelle montrerait que nous serions arrivés à notre but, qui est de mettre la monnaie au service de l’économie réelle au lieu de lui nuire.

D.2 La vitesse de circulation de la monnaie :

Les objectifs de niveau quantitatif de la masse monétaire ne peuvent être fixés que si la vitesse de circulation de la monnaie est constante, ou si on tient compte de son évolution dans les objectifs quantitatifs.

L’expérience prouve que cette vitesse de circulation varie beaucoup moins vite que la quantité, en dehors des périodes d’hyperinflation et des périodes de création monétaire débridée dans la sphère financière. Elle dépend alors de l’évolution des moyens de paiement dont le perfectionnement induit une tendance à réduire les encaisses, des taux d’intérêt créditeurs réels (les taux élevés favorisant l’épargne au détriment des encaisses oisives), et de l’inflation, qui incite à dépenser plus vite. Mais, encore une fois en dehors des périodes troublées et notamment de celles d’hyperinflation, l’inertie des agents économiques aux variations de ces causes est très importante. Par conséquent, une prévision annuelle de masse monétaire pourrait la plupart du temps se faire en supposant constante la vitesse de circulation.

Si toutefois on voulait agir sur cette vitesse, on n’est pas complètement démuni. Si elle est trop faible ou instable, on peut taxer les encaisses. Si elle est trop rapide, on peut les subventionner en les rémunérant.

D.3 L’influence de l’extérieur :

Dans tout ce qui précède nous avons supposé une économie fermée. Il nous faut maintenant considérer le monde réel et examiner comment le système de la monnaie totalement garantie peut s’y insérer.

Dans un premier temps nous devons nous demander comment se font les changes de devises dans un système à garantie totale qui serait mis en œuvre dans les 2 pays partenaires. Pour montrer les implications, nous allons partir d’un règlement transfrontière, un agent X en Europe désirant payer 120$, soit 100€, à un fournisseur Y aux USA. Actuellement, en régime de liberté de changes, les banques centrales ne sont pas impliquées. En supposant pour simplifier, que la Banque E située en Europe ait un compte courant en dollars chez la Banque A située aux USA, on a simplement les mouvements suivants

Si la Banque E n’avait pas de compte chez la Banque A, il y aurait apparition d’une dette de la banque A vers la banque B, qui serait compensé en final par des emprunts ou des prêts sur les marchés des changes internationaux.

Mais le point important est que la masse monétaire en Europe a baissé de 100€, tandis qu’elle a augmenté de 120$ aux USA, alors que les garanties dans les Banques Centrales n’ont pas bougé. La garantie devient donc surabondante en Europe et insuffisante aux USA. Le système de la monnaie complètement garantie est donc incompatible avec une liberté totale des changes. La transaction ci-dessus doit impliquer les Banques Centrales, c’est-à-dire que l’agent X doit obtenir ses dollars de la BCE, qui les a en réserve car elle les a achetés à la banque centrale américaine que nous appelons ici BCA. Celle-ci reçoit en échange des euros.

Les dettes et créances sont maintenant constatées au niveau des banques centrales et les comptes des CSM en monnaie centrale, qui constituent la garantie des comptes courants, se sont ajustés au nouveau montant des comptes courants.

Cette obligation de passage des mouvements de devises par la banque centrale ne doit pas nous étonner car il est bien connu que les apports de devises étrangères génèrent de la monnaie domestique tandis que les sorties de devises en détruisent. Il est donc nécessaire que, pour contrôler la génération monétaire et sa garantie, la banque centrale doive aussi contrôler les mouvements de devises. Ceci a l’inconvénient de supprimer encore une liberté des organismes financiers. Mais il a l’avantage de contrôler un des facteurs d’instabilité du système monétaire international et de pouvoir mettre en œuvre plus facilement entre les deux pays partenaires des mécanismes de régulation des fluctuations de changes.

Si maintenant un seul des deux pays partenaires fonctionne avec monnaie totalement garantie, on extrapole facilement comment il doit procéder. Ici aussi les transactions des agents domestiques avec l’extérieur doivent passer par leur banque centrale, qui alors obtient les devises soit sur le marché international des changes, soit par accords bilatéraux avec les autres banques centrales.

Conclusion

Le système proposé ici peut paraître trop dirigiste tant la volonté de nouvelles régulations, née après la dernière crise, semble s’être déjà estompée. En réalité, si rien n’est fait pour contrôler la création monétaire, de nouvelles crises financières sont inéluctables, jusqu’au jour où une d’entre elles, plus grave que les autres, emportera l’économie mondiale.

Le système de la monnaie totalement garantie est relativement simple à mettre en œuvre, il a été validé par la réflexion de nombreux économistes dont certains parmi les plus grands, et il supprime à la racine les causes profondes des crises financières. Sans prétendre résoudre ainsi tous les problèmes de l’économie mondiale, il fournit au moins les conditions d’une plus grande stabilité monétaire.

Bibliograhie

Allais M. Nombreux écrits sur le sujet depuis « Economie et Intérêts » (1947) Editions Clément Juglar en 1988 (2nde édition), jusqu’à « Les fondements de la dynamique monétaire » (2001) Editions Clément Juglar

Créel J. et Sterdyniak H. « Pour en finir avec la masse monétaire » (1999) Revue Economique Vol.50 p.523-533

Fisher I. « 100% Money » (1935) réédité comme « The work of Irving Fisher » (1996) Pickering & Chatto

Friedman M. « A Program for Monetary Stability » (1960), Fordham Univ. Press

Gomez C. « Une “vieille” idée peut-elle sauver l’économie mondiale ?  » (2010) Université Blaise Pascal IUFM Auvergne  (https://osonsallais.files.wordpress.com/2010/02/gomez-100.pdf)

Minsky H.P. « Can “It” Happen Again? » (1984) Essays on Instability and Finance M.E. Sharpe

Ricardo D. « Des Principes de l’Economie Politique et de l’Impôt » (1821) Chap.27

Tobin J. « Financial Innovation and Deregulation in Perspective » 2nd Int. Conf.of the Institute for Monetary and Economic Studies, Bank of Japan, Tokyo, May 29-31


[1] Erasme ; Chômage et Monnaie.

[2] Pour préserver un système supposé le meilleur, on stérilise des capitaux qui pourraient être mieux employés ailleurs. La structure actuelle n’est donc pas optimale de ce point de vue.

[3] En effet, si seul l’Etat peut monétiser sa dette, la monnaie centrale qu’il perçoit se retrouve, dès qu’il l’a dépensée, au compte des banques dont les clients reçoivent l’équivalent de la dépense de l’Etat. La garantie à 100% est réalisée si en même temps on assujettit les banques à un taux de Réserves Obligatoires de 100%.

[4] La zone monétaire concernée par la réforme est celle supervisée par une banque centrale. Pour fixer les idées, on peut prendre comme exemple la zone euro et la BCE.

[5] Nous conservons la terminologie Gomez-Allais des fonctions bancaires et des établissements associés.

[6] Nous n’avons pu trouver cette référence pour l’instant.

[7] Après une carrière universitaire, il a occupé des fonctions importantes dans la banque d’investissement d’une grande institution financière, tant en Europe qu’en Asie.

[8] Il y a toujours une telle inscription ad’ hoc lorsque la Banque centrale donne de la monnaie qui ne sera pas remboursée. Par exemple elle avait inscrit « Avances au Trésor » lorsqu’elle créditait le Trésor d’avances non remboursables.

[9] Pour le fonctionnement du système monétaire, il n’y a aucune nécessité que les BF aient un compte en banque centrale.


LES VOTES DU CONGRÈS AMÉRICAIN

12 octobre 2011

ÉDITOS-ACTUALITÉS : COMMERCE INTERNATIONAL

LES VOTES DU  CONGRÈS AMÉRICAIN SUR LES QUESTIONS COMMERCIALES:

BEAUCOUP DE POLITIQUE INTERNE, MAIS PAS DE STRATÉGIE RÉELLE

Les votes récents du Congrès sur des traités commerciaux entre les Etats-Unis et trois pays : Panama, Colombie et Corée (seul le troisième pays est bien sûr significatif) et le vote du Sénat sur une « bill » visant les pays qui sous-évaluent leur monnaie, c’est-à-dire, dans l’esprit des  sénateurs, essentiellement la Chine, m’ont inspiré quelques réflexions. La première chronique sera consacrée au Traité Corée-Etats-Unis.

LE TRAITÉ COMMERCIAL ETATS-UNIS-CORÉE

Il se trouve que , dans les derniers jours, je lisais le livre de Clyde Prestowitz, « The Betrayal of American Prosperity (Free Press, 2010), spécialiste des questions de commerce international[1], qui consacre près d’une page aux négociations préparatoires à ce traité qui se sont étalées sur plus de 5 ans. Il y montre comment les deux parties s’y prennent en général pour mener ces pourparlers et pourquoi l’une des parties est nécessairement perdante.

Du côté Coréen, le Gouvernement a une vision de l’avenir du pays et une claire idée des intérêts nationaux à défendre, ce qui lui permet de discuter avec les différentes parties concernées (d’abord, les grands « Chaebols ») pour obtenir des résultats stratégiques clairs et précis concernant les secteurs où ils veulent pouvoir faire des progrès sur le marché américain pour poursuivre leur expansion sur les marchés et asseoir si possible leur domination : rechercher des baisses de droits de douane en priorité sur certains produits en faisant éventuellement des concessions sur d’autres, moins stratégiques,  protection des entreprises coréennes contre des poursuites éventuelles concernant la propriété intellectuelle et les brevets  (je cite Prestowitz)…..

Du côté américain, il s’agit d’abord d’une démarche idéologique vague et imprécise visant à faire progresser le « free market », c’est à dire le libre-échange. Bien sûr, les négociateurs disposent d’une « wish List »  adressée par les industriels et les membres du Congrès  sur la base de laquelle ils vont essayer de défendre les intérêts américains. Mais, leur souci primordial est de ne pas mécontenter les parties les plus influentes politiquement et celles qui exercent le plus de pression avec tous les moyens à leur disposition (celles qui crient le plus fort en fait).  Et l’auteur de citer, comme exemple, le cas des exportations de bœuf considérées comme une priorité nationale par la partie américaine car l’homme qui défend les intérêts des éleveurs est (je cite) le Sénateur Max Baucus, représentant de l’Etat du Montana (état grand producteur de viande comme l’on peut s’en douter), mais surtout, Chairman de la Commission des Finances du Sénat….

La conséquence de la signature de ce traité est simple à prévoir : Le déficit Etats-Unis-Corée va continuer à se creuser en défaveur des Etats-Unis, avec des automobiles coréennes de plus en plus compétitives qui vont tailler des croupières à des producteurs américains sauvés de la faillite à grands frais par les contribuables américains et une industrie des semi-conducteurs qui va accroitre sa domination sur un secteur aussi stratégique pour les industries de la Défense. Du côté américain, peut-être quelques morceaux de viande en plus dans les « Korean Barbecues »…..

En fait, c’est toujours la même histoire qui recommence : la défense aveugle d’une simple idéologie[2], le « laisser-fairisme » échangiste comme disait Maurice Allais, face à des pays qui défendent leurs intérêts nationaux au nom d’une certaine vision de leur développement, conduit les économies occidentales au déclin et des catégories de la population de plus en plus nombreuses au désespoir. Mais, nous reviendrons sur toutes ces questions……

Christian Gomez


[1] Clyde Prestowitz est le fondateur et le Président du « Economic Strategic Institute » situé à Washington. Il fut négociateur principal pour les questions commerciales avec l’Asie sous l’administration Reagan et Vice-Chairman de la Commission pour le Commerce et le Développement pour la zone Asie-Pacifique sous la Présidence Clinton. Il est aujourd’hui membre du World Economic Forum et Consultant International.

[2]  Je ne peux que renvoyer aux exposés de Maurice Allais sur la question. Pour une synthèse générale, voir mon article pour le journal suisse Le Temps qui est sur ce site sous le titre : « Faut-il interdire les délocalisations ? Réponse au Professeur Imbs »


JOBS EST MORT, VIVE LE CAPITALISME!

8 octobre 2011

Edito: Marchés-capitalisme

 

JOBS EST MORT, VIVE LE CAPITALISME!

La mort de Steve Jobs nous a tous touchés, tant chacun de nous  ressent combien cet homme a eu, par son génie, un impact sur nos vies. Le monde se souviendra longtemps de ces « Keynotes Speeches » pendant lesquels il dévoilait les dernières trouvailles de la firme de Cupertino qui allaient enflammer la planète. Sa longue silhouette pouvait faire apparaitre chaque année un corps de plus en plus décharné, rongé de l’intérieur par une maladie qui progressait inexorablement, il n’en enchantait pas moins son auditoire car son âme était intacte et son esprit toujours animé du feu de la création. Charme et fascination devant cette incarnation de l’intelligence, de la volonté et de la persévérance.

On a beaucoup vanté depuis le 5 octobre, avec raison, le grand créateur et le visionnaire. Je voudrais ici saluer le grand capitaliste, au sens le plus élevé du terme, le « destructeur-créateur » de Schumpeter. Le grand entrepreneur capitaliste doit être un visionnaire et un créateur mais il doit, en plus, imaginer comment faire partager ses idées au plus grand nombre en leur montrant que, grâce à ses produits ou à ses services, les gens vont travailler mieux, plus vite, moins cher et que, globalement la collectivité dans son ensemble va progresser. En bref, IL DOIT CRÉER DE LA VALEUR. Et cela, Steve l’a fait mieux que tout autre. Il a créé Apple (avec Steve Wozniak) dans le petit garage de ses parents  et il en a fait la plus grosse capitalisation boursière du monde (350  milliards de dollars !), une firme adulée sur toute la planète, car il révolutionnait plus que les techniques elles-mêmes, il changeait les rapports de l’utilisateur avec les nouvelles technologies. Il a créé PIXAR, pendant le temps d’un arrêt de jeu chez Apple, en imaginant une nouvelle manière de faire des dessins animés, bousculant ainsi toutes les vieilles firmes qui croquaient tranquillement leurs rentes de situation en recyclant indéfiniment la même camelote sous des emballages différents et qui furent obligés de changer pour ne pas sombrer. En bâtissant  par la seule force de son génie toutes ces entreprises magnifiques, Steve Jobs a encore une fois démontré  ce qu’était la quintessence de l’économie de marché et du capitalisme. Créer de la valeur et, bien sûr, en récolter les fruits, ce n’est pas « exploiter » son prochain, mais c’est au contraire trouver des chemins nouveaux pour satisfaire toujours mieux et plus les besoins humains. Certes, cela ne va  pas souvent sans souffrance et sans bouleversement (des firmes font faillite, des emplois sont menacés ou perdus…), mais c’est aussi le moteur du progrès (de nouvelles firmes naissent, de nouveaux métiers apparaissent), c’est ce qui, depuis la Révolution Industrielle, a permis à l’humanité de se donner toujours plus d’opportunités.

Un parcours et une œuvre comme ceux de Jobs doivent aussi nous interpeler sur le devenir de nos sociétés au moins sous deux aspects.

D’abord, Ils doivent nous permettre de distinguer les « bons » capitalistes, ceux qui créent de la valeur,  des « mauvais », ceux qui profitent sans vergogne de leurs rentes de situation et se construisent des fortunes sans prendre aucun risque. Il n’y a qu’à comparer les Jobs, Gates  (Microsoft), Ellison (Oracle) … avec tous ces « petits marquis » qui se sont construit des fortunes à la tête de grandes banques ou de grandes entreprises, à coup de salaires et de bonus mirobolants et d’octrois de stock-options à des prix d’exercice indécents. Les premiers sont l’honneur du capitalisme. Les seconds en sont la honte.

Ensuite, ils doivent nous conduire à nous interroger sur la manière de susciter toujours plus de vocations de chefs d’entreprise et de créateurs et, de ce point de vue, la situation française est particulièrement désespérante. Nous baignions dans une idéologie  « socialisante » qui « démonise » l’entreprise en masquant son véritable objet, présente les chefs d’entreprise comme des exploiteurs,  casse les ambitions des individus et en valorise les tendances les plus médiocres. Notre enseignement en est la quintessence en oubliant les vérités de « bon sens » que Bill Gates, un autre grand entrepreneur, a assénées récemment à des élèves d’un lycée américain, dont je cite quelques unes[1] : (1) la vie est injuste. Il faut vous y habituer (2) Le monde n’a rien à faire de votre amour-propre. (3) Et, il s’attend à ce que vous fassiez vraiment quelque chose avant que vous vous en félicitiez vous-même. …. (4) si vous pensez que votre prof est dur avec vous, attendez d’avoir un patron…(6) si vous êtes à côté de la plaque, ce n’est pas la faute de vos parents. Cessez de vous plaindre et tirez les leçons de vos erreurs…. (8) votre école peut être exempte du système « gagnant-perdant ». Pas la vie. Certaines  écoles ont supprimé les notes de passage et vous donnent autant de chances que vous voulez pour obtenir la bonne réponse. Pas la vie….. Effectivement, ce n’est pas en développant une culture de perdant que l’on forgera un état d’esprit de combattant pour les élites de demain.

                                                                      *

 Quelles que soient les crises que peut traverser un pays, il pourra toujours s’en sortir s’il sait nourrir en son sein des individus de la trempe de Jobs ou de Gates et les Etats-Unis en ont pléthore. Mais, nous ? Nous qui pensons plus à redistribuer les richesses, imprégnés que nous sommes par les idéologies de l’envie et du ressentiment, qu’à les créer, quel est notre avenir?  Décidément, Steve Jobs n’est pas  prêt à quitter nos pensées, lui qui trace la voie d’un vrai capitalisme, un capitalisme fondé sur le travail, l’effort et  la création, loin des miasmes d’un capitalisme financier dégénéré ou d’un socialisme inefficace, capable de partager seulement la médiocrité et d’exalter le renoncement.

Ch. GOMEZ


[1] Présent, N°7442, 28 septembre 2011

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Mots clefs : capitalisme, « Destructeur-Créateur », Schumpeter, entrepreneur, valeur, créer de la valeur, économie de marché, idéologie « socialisante », Jobs, Gates, Ellison.