Vidéo création monétaire + 100% M

29 janvier 2013

 

http://www.centpourcentmonnaie.fr

Le format de cette contribution n’a pas été innocemment choisi. Le 100% Monnaie est une idée qui a été développée par de nombreux économistes parmi les plus grands qui ont existé. Pourtant il me semble que la confusion règne encore autour de cette proposition de réforme. L’utilité d’un texte de plus me semblait tout à fait compromise. La représentation visuelle de la feuille comptable permet une meilleure appréhension de celle-ci et de ses mécanismes. La rigueur nécessaire aux opérations effectuées sur le système de feuilles comptables présenté ne peut pas être bafouée.

Bien que reprenant une vielle idée de réforme, cette vidéo développe des idées tout à fait nouvelles, notamment:

  • Le rapprochement entre la notion de prise de risque et de création monétaire
  • La démonstration de l’inefficacité du ‘quantitative easing’
  • L’identification d’une caractéristique non-nécessaire à la monnaie fiduciaire
  • La remise en cause de l’hypothèse d’autorégulation du marché et la mise en évidence des conditions nécessaires à cette autorégulation
  • Les trois leviers permettant de réguler le prix de l’emprunt dans le système 100% Monnaie

Stéphane David

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Gaël Giraud et le 100% money

29 novembre 2012

Cet article est extrait de Revue Banque n°752

Rendre le monopole de la création monétaire aux banques centrales ?

Dans les années 1930, un groupe d’économistes de l’université de Chicago, associé à Irving Fisher, a proposé un plan de retour au monopole public de la création de monnaie. Qu’impliquerait aujourd’hui la mise en place de cette règle dite du 100% money ?

Shadow Banking : pas si obscur…

On a pu croire résolue la question du contrôle de la masse monétaire en circulation par la Banque Centrale, mais l’expérience récente montre qu’il n’en est rien. Si, au cours des années 1990, la règle de Friedman (qui portait uniquement sur la croissance d’un agrégat monétaire de référence) a été abandonnée – partiellement seulement du côté européen, complètement du côté américain –, c’est après que les banquiers centraux se sont rendu compte que la manipulation de M0 ne leur permettait plus d’agir efficacement sur l’évolution de M1 et des autres agrégats [1]. Le trop faible impact des politiques de quantitative easing adoptées depuis 2008 et d’abaissement des taux courts à leur plancher (ZIRP [2]) rappelle que la manipulation du taux d’intérêt n’est pas nécessairement plus couronnée de succès que celle de la masse monétaire : tout comme nous avons assisté à un découplage de M1 et de M0, nous observons depuis quelques années un découplage de M1 et du taux de refinancement de la Banque Centrale. C’est dans ce contexte qu’une réflexion autour des réserves fractionnaires des banques de second rang est menée à frais nouveaux, notamment au FMI.

La fin des réserves fractionnaires

Dans les années 1930, en effet, un groupe d’économistes de l’université de Chicago associé à Irving Fisher [3] – l’économiste américain de Yale, qui a certainement proposé l’interprétation la plus convaincante du phénomène de déflation par le désendettement, phénomène que nous observons à l’œuvre aux États-Unis aussi bien qu’en Europe et au Japon – a proposé un plan de retour au monopole public de la création de monnaie. L’idée était de contraindre les établissements financiers à détenir des réserves auprès des banques centrales égales à 100 % de leurs comptes-courants, par opposition au régime de réserves fractionnaires. [cet article étant en copyright, nous ne pouvons le diffuser en entier: vous trouverez la suite sur ce lien]


Ch. Gomez: Pensée monétaire d’Allais et nationalisation de la monnaie

6 novembre 2012

LA PENSÉE MONÉTAIRE DE MAURICE ALLAIS ET LA NATIONALISATION DE LA MONNAIE

Pour comprendre les raisons qui ont poussé Maurice Allais à proposer des réformes fondamentales du fonctionnement de notre système économique et financier, il faut aller au cœur de sa pensée et détailler point par point son développement logique en partant des analyses des faits effectuées par l’auteur et les modèles empiriquement vérifiés qu’il a élaborés et qui lui ont permis d’en tirer toutes les conséquences tant du point de vue de la maitrise des fluctuations conjoncturelles que des conditions d’une politique monétaire optimale pour maximiser la croissance économique.

Vous trouverez ci-joint deux documents :

1)      Le premier est l’étude que j’ai réalisée pour une Conférence tenue en juillet 2012 (Joint Conference AHE, IIPPE, FAPE,  July 5 – 7, 2012, Paris, France) et dans laquelle une session était consacrée à une discussion des réformes proposées par Allais, non seulement la Réforme Monétaire défendue par moi-même, mais aussi la Réforme fiscale présentée par Arnaud Diemer et Jérôme Lallement.

Ce document est téléchargeable sur ce lien 1

2)      Le second, pour les lecteurs pressés  et comme introduction pour les autres, est l’exposé powerpoint que j’ai présenté et qui doit donner une bonne vue des thèmes évoqués.

Ce power point est téléchargeable sur ce lien 2

 Ce deuxième document devrait être plus explicite que le résumé succinct que vous trouverez ci-après.

 Bien entendu,  je vous en souhaite bonne lecture si vous êtes  intéressés et je reste à votre disposition pour en discuter avec vous.

                                                 Christian GOMEZ, 28/10/2012

  PRÉSENTATION GÉNÉRALE

En visant à interdire la création de monnaie par le mécanisme du crédit bancaire et à remettre ce pouvoir et ses bénéfices à la collectivité, la réforme monétaire proposée par Maurice Allais s’inscrit dans une longue tradition qui remonte en fait à Ricardo et aux tenants de la « Currency school ». Certes, à l’instar des économistes de Chicago (comme Henry Simons), de Fisher ou de Friedman, parmi beaucoup d’autres qui pourraient être cités, il ne s’agit pas de rétablir une couverture or des instruments de nature monétaire, contrairement aux « néo-autrichiens » dans la ligne de Mises ou Rothbard. Il s’agit pour Allais, à travers une couverture intégrale des dépôts par de la monnaie de base, de reprendre le contrôle de la monnaie pour trois raisons essentielles :

(1)     Faire en sorte que les mouvements, euphoriques ou dépressifs, de la psychologie collective n’entrainent, par leur impact sur les comportements de demande de monnaie (thésaurisation) ou de crédit, des fluctuations erratiques de l’activité économique, pouvant parfois déboucher sur des crises systémiques, avec leur cortège de désastres matériels et humains ;

(2)     Chercher les moyens de conduire une politique monétaire optimale pour maximiser le revenu réel par tête ou faciliter le fonctionnement du système économique ;

(3)     Mettre fin aux distorsions de revenu provoquées par la création monétaire privée et en redonner tous les bénéfices à la collectivité afin que celle-ci puisse les utiliser, par exemple, à des réductions d’impôts capables de maximiser le dynamisme entrepreneurial.

Au-delà de quelques divergences sur les modalités de mises en œuvre de la réforme, qui conduisent Allais à insister sur la nécessité de bien distinguer les banques de dépôt, (Compagnies de services monétaires) des banques de prêt dans la mise en œuvre de la réforme,  ce qui différencie ce dernier de tous les autres économistes épousant la même ligne de pensée,  c’est le fait que toutes ses propositions sont justifiées par les résultats empiriques, souvent impressionnants, de toutes les recherches qu’il a menées sur 40 ans dans le domaine monétaire : demande et offre de monnaie, interaction des deux comportements dans la génération des mouvements économiques normaux (fluctuations conjoncturelles) et aberrants (dépressions ou hyperinflations), facteurs explicatifs de l’évolution des taux d’intérêt et analyse de son l’impact  sur la structure capitalistique des économies… Dans tous les cas, une ligne directrice  domine sa pensée : la psychologie des agents est essentiellement fonction des expériences passées avec, peut-être, des influences de nature exogène, et  ses variations, aussi faibles soient-elles, sont profondément déstabilisatrices et ce d’autant plus que les banques sont libres de répondre de manière « élastique » aux « humeurs » des agents économiques. D’où la nécessité de mettre tout en œuvre pour que l’environnement institutionnel tende à amortir l’influence des « esprits animaux » plutôt qu’à l’amplifier,  ce que traduisent ses propositions de réforme du système bancaire et des marchés financiers, comme  son insistance à créer une monnaie de compte stable à travers l’indexation.

C’est par tous ces aspects que l’on peut dire que, si Allais est bien inscrit dans une tradition, il la renouvelle par ses apports et dans une certaine mesure il la refonde en lui redonnant sa modernité.


DEXIA EN DÉROUTE: EN RIRE… OU EN PLEURER?

7 octobre 2011

Edito:   Crise bancaire

DEXIA EN DÉROUTE: EN RIRE… OU EN PLEURER?

L’écroulement de la banque DEXIA, promise au couteau des équarrisseurs financiers, est inquiétant car ce genre de phénomènes est souvent un signe avant-coureur de problèmes plus étendus dans le secteur et dans l’économie, mais il suscite  aussi des questions plus immédiates qui, tantôt, peuvent faire grincer des dents, tantôt, peuvent (presque) prêter à sourire….

1ère question : Pourquoi les Autorités de Contrôle, en l’occurrence l’EBA (European Banking Authority) , sont-elles si incompétentes ?    

En juillet, des stress tests furent menés sous la responsabilité de l’EBA et les résultats essentiels furent (tenez-vous bien !) : (1) « tout va très bien, madame la marquise » dans le système bancaire européen, à part de minuscules ajustements à effectuer (€2.5 milliards) sur quelques petites Caixas (Caisses d’épargne en espagnol) et « Landesbanks » ; (2) il y a vraiment de très bons « performers » en matière de « stress tests » qui ont montré un niveau exceptionnel de résistance grâce à l’importance de leurs fonds propres : Dans l’ordre : Banca March (Spain), Irish Life and Permanent (Irlande)…. Danske Bank (Danemark)…. Rabobank (Pays-Bas)…. et ….. DEXIA  en douzième position sur l’ensemble des banques européennes, et avant toutes les autres françaises, avec un « Core Tier1 » (Fonds propres « ultra-durs ») de 10,4%. Comme vous le savez, moins de 3 mois après, les fonds propres supplémentaires à injecter le plus vite possible pourrait s’élever à 200 milliards et l’Allemagne envisagerait même de ressusciter la SOFFIN, organisme de soutien du Système Bancaire allemand mis en place lors de la crise de 2008. Et, DEXIA est à l’agonie !

Bien sûr, il serait facile de se gausser et de faire du mauvais esprit. En fait, c’est très grave parce que cela montre, au-delà de tout ce qui peut vous être raconté, qu’un tel système financier, tel qu’il fonctionne aujourd’hui, n’est pas maitrisable et donc pas prévisible, comme l’avait vu Maurice Allais  avec tant de justesse.

Deuxième question : DEXIA mérite-t-elle le moindre apitoiement dans sa mise à mort ?   

La réponse est claire : Aucun. Cette firme, issue à l’origine d’un département de la Caisse des dépôts est une création non de chefs d’entreprise mais de fonctionnaires à la recherche de l’aventure et de la fortune…sans risque. Originellement destinée au financement  des collectivités locales (son nom d’origine lors de sa privatisation : « Crédit Local de France » qui, au temps où j’officiais dans les salles de Marché, était une très bonne signature), l’évolution de cette firme a été complètement dévoyée par suivisme, cynisme et, surtout incompétence :  

–         Elle a cru découvrir qu’il y avait une courbe des taux et que prêter long et emprunter court pouvait générer des profits …tant que cela durait, que les taux courts plus bas que les taux longs et, surtout, que les prêteurs vous faisaient confiance è une gestion incompétente du bilan poussé jusqu’à sa limite de rupture ;

–         Elle s’est lancée dans des aventures sur des marchés (Etats-Unis) et des produits (assurances)  inconnus pour elle afin de « faire comme tout le monde » et de grossir sans aucune stratégie cohérente è un management inintelligent ;

–         Dans le cadre d’une stratégie de levier (leverage) imprudente, elle a accumulé par dizaines de milliards des actifs « toxiques » (135) sans en comprendre les risques intrinsèques et les impacts possibles sur ses fonds propres en cas de baisse des prix è une absence de gestion réelle des risques

–         Pour améliorer ses marges, elle a développé des lignes de produits faisant prendre des risques de change et de taux inconsidérés à ses clients peu au fait de la finance è une gestion à courte vue sans principes déontologiques.

 Dans son existence, finalement courte, cette firme n’a créé aucune valeur et n’a eu aucun effet bénéfique pour la collectivité dans son ensemble et les collectivités dont elle devait assurer les besoins financiers. On peut le regretter pour ses salariés, mais cette entreprise n’a plus sa place et son maintien en l’état représenterait un gaspillage de ressources.

Il est difficile, sans connaitre le dossier, de dessiner ce que pourrait être le destin de ses différentes parties qui pourraient trouver preneur : la gestion de fonds, les réseaux de banque de détail en Belgique et en …. Turquie, le portefeuille de prêts sains après avoir apuré le bilan de tous les actifs toxiques regroupés dans une « bad bank ».

Troisième question : Pourquoi l’Etat doit-il toujours intervenir et prendre toujours les risques ultimes à sa charge?

 Dans un système bancaire à réserves fractionnaires, il y a plusieurs raisons à cela :

–         Un tel système ne peut survivre que si les dépôts sont garantis par l’Etat

–         Vu l’interpénétration interbancaire et les interconnections dans le système de paiement et de règlement, la rupture d’un chainon risque d’entrainer tous les éléments de la chaine.

C’est pour cela qu’une réforme radicale a été proposée par des économistes comme Fisher, Friedman et Allais, une réforme qui est abondamment traitée sur ce site.

D’un point de vue pratique ici, il est clair que cette obligation crée un risque considérable pour les deux états en charge du fardeau : la France et la Belgique. Il faut espérer que la « Bad Bank » ne coûte pas trop cher sachant que les temps ne sont guère propices pour la vente d’actifs quels qu’ils soient…. Et que la situation risque d’empirer.

Quatrième question : Ne faut-il pas revoir nos filières de recrutement des dirigeants d’entreprise en France ?

 Mr Richard, le fondateur de DEXIA à partir du CLF et d’une banque belge du même type, était X-Ponts et il a probablement cherché à créer sa propre entité car il n’était pas ENA-Inspection des Finances et, donc ne pouvait aspirer à la Direction de la CdC dont il dépendait à l’époque. Cela lui permettait ainsi d’en remontrer  aux membres de ce Corps qui ne brille pas par sa modestie….   On voit le résultat ici de ce fonctionnement « à la française ».  Nul besoin d’expérience bancaire, de connaissances approfondies, de véritable culture du risque. Un parchemin montrant que vous avez ingurgité beaucoup de connaissances, que vous  savez les utiliser dans des dissertations élégamment présentées et avoir de la répartie au « grand oral »,  suffit à vous qualifier pour diriger des entreprises où chaque opération comporte des risques et nécessite une vision à long terme du métier. Il y a là un véritable scandale dont la prestation de Mr Haberer au Crédit Lyonnais nous avait  déjà donné un avant-goût.

                                                                      *

La déroute Dexia représente en somme un symptôme de toutes les faiblesses de notre système financier : instabilité foncière liée à son propre mode de fonctionnement, impuissance des autorités de contrôle, comportement moutonnier et incompétent des dirigeants, caractère explosif et dramatique des erreurs de ces derniers pour  l’ensemble de la collectivité. En bref, DEXIA est le nième exemple de la nocivité de ce système et de la nécessité d’en changer.

Ch. Gomez

Mots-clefs : Dexia, EBA (European Banking Authority), SOFFIN, « stress tests”, Tier1, « fonds propres « durs », levier/leverage, Actifs toxiques, Crédit Local de France, courbe des taux, transformation, “bad bank”, réserves fractionnaires, Allais, Fisher, Friedman


Des réserves fractionnaires au 100 % monnaie.

12 décembre 2010

Extrait d’un article plus complet du site de Jean Jégu, article intitulé «  Pour une régulation monétaire mondiale. » (chargement pdf de l’article complet)

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1. Les « réserves fractionnaires ».

Pour comprendre les questions monétaires il ne faut pas, en premier lieu, s’appesantir sur les gains des traders, les « stock options » ou autres sujets qui font la une de nos journaux. Ce ne sont là que des conséquences, des prolongements d’un état d’esprit qui s’est répandu partout : le profit, toujours plus de profit.

La profession bancaire n’est certes pas la seule à se soumettre à la loi du profit maximum mais elle est probablement celle qui a commencé et de la manière la plus efficace. Sans refaire l’histoire de la banque – ce qui ne manquerait pas d’être instructif – nous expliquerons le plus clairement possible ce que d’aucuns appellent parfois « le privilège bancaire ». Nous préférons parler de manière plus neutre de « principe bancaire ».

Il ne faut pas rechercher la culpabilité de tel ou tel. Notre conviction est que l’affaire dépasse le niveau des choix individuels. Il s’agit d’abord d’un fait de société. Les évolutions relèveront d’autres faits de société et notamment d’une prise de conscience générale à laquelle nous nous efforçons de contribuer

Comprendre le « principe bancaire » est essentiel pour entrevoir une solution à nos problèmes financiers actuels. L’expliquer se heurte à de sérieuses difficultés. Ce fait social existe depuis quelques siècles. Il reste discret, peu enseigné si ce n’est à la sauvette, plutôt inavoué – peut-être parce qu’inavouable – parfois même contesté par les banquiers eux-mêmes, en tout cas ignoré du public qui ne peut le voir. Le vocabulaire financier échappe à la plupart d’entre nous comme tout vocabulaire spécialisé. Mais, si vous écartez ce vocabulaire, vous voici taxé d’ignorance. C’est pourtant ce que nous n’hésiterons pas à faire préférant être compris.

Prenons, par exemple, un individu habitant un appartement estimé à 300 000 € dont il est propriétaire. Il détient par ailleurs un épargne de 30 000 €, un compte courant de 3000 € et 300 € en espèces dans son portefeuille. Son patrimoine atteint donc 333 300 € dont 33 300 € disponibles pour ses affaires, en particulier 3 300 € en monnaie liquide. Voilà pour le langage courant. Un spécialiste vous demandera de préciser de quelle nature est l’épargne de 30000 €. Un livret A n’est pas de même nature que la détention de SICAV, ni celle-ci que des avoirs en actions. On vous expliquera que les 300 € en espèces sont de la monnaie de base, que les 3000 € sont de la monnaie bancaire ( généralement connue sous l’appellation de M1 ) tandis qu’un compte d’épargne n’en est pas ; ce n’est que de la quasi-monnaie comptabilisée dans un ensemble gigogne englobant le premier et appelé M2 ou M3 selon le cas. En bref avec la monnaie de base sur laquelle nous aurons à revenir, il y a d’autres avoirs financiers classables selon leur nature dans une collection d’ « agrégats financiers » emboités comme des poupées russes et comme si on voulait un peu cacher ce qu’il y a à l’intérieur.

La vérité est pourtant simple et peut être dite en langage ordinaire : à la base il y a les billets ( et, pour mémoire, les pièces bien sûr). Plus exactement il y a les comptes tenus par la BCE, comptes avec lesquels leurs titulaires peuvent acheter des billets. Notez bien que seules les banques et le Trésor Public ont des comptes ouverts à la BCE ( ou à la BdF qui en est aujourd’hui une annexe). Nous dirons donc qu’à la base, il y a les « €-base ». Notre homme détient donc, en billets, 300 «€-base». Les 3000 € sur son compte bancaire ne sont pas des « €-base » mais l’ engagement de la banque de lui fournir sur demande jusqu’à 3000 « €-base ». Cet engagement est sérieux et crédible tant que la banque qui l’a pris est elle-même sérieuse et crédible. On peut donc dire que notre homme possède 3000 « €-promesses d’€-base » qui valent, normalement, exactement 3000 « €-base » sans toutefois être 3000 « €-base ». C’est ici l’élément clé pour comprendre le « principe bancaire ».

Chacun utilise son compte comme si c’était des billets, c’est à dire des « €-base ». Les banques exécutent les ordres qu’elles reçoivent (chèques, virements, retraits, …) exactement comme si elles détenaient des billets. Les banques détiennent bien en effet des billets et des « comptes de billets », c’est à dire des « €-base ». Mais le « principe bancaire » exprime le fait que chacune ne détient en « €-base » qu’une faible fraction du total promis en « €-promesse d’€-base » et comptabilisé sur les comptes bancaires qu’elle gère.

L’explication est simple : la banque ne conserve que le minimum d’argent nécessaire pour honorer tous les ordres reçus de sa clientèle. Elle joue pour cela sur le fait que tous les clients ne sont pas demandeurs simultanément. C’est le phénomène souvent rapporté sous le terme de « multiplicateur » de crédits. Quand elle a 100 « €-base », elle peut gérer par exemple 400 « €-promesses d’€-base ». Ceci revient à dire que quand une banque possède 100 « €-base », elle peut naturellement les prêter en inscrivant 100 « €-promesses d’€-base » sur le compte d’un client, mais en plus elle peut prêter 300 « €-base » supplémentaires bien qu’elle ne les possède pas.

Quand tout va bien, c’est à dire quand les affaires marchent et que la confiance règne, la banque empoche des intérêts sur le total des € prêtés. Si les conditions économiques se dégradent et que la suspicion gagne, il peut y avoir banqueroute : si la clientèle multiplie les mouvements d’argent simultanés et/ou les retraits en billets, la banque ne possède pas assez d’ « €-base » pour exécuter les ordres et/ou faire face aux retraits. Elle finit par se trouver en état de cessation de paiements.

Ce système dit de « réserves fractionnaires », issu de l’histoire, a ses avantages et ses inconvénients. Quand la monnaie de base était constituée de métaux précieux et rares ( or ou argent ) le multiplicateur de crédits, utile pour gonfler les revenus des banques, l’était aussi pour augmenter la masse monétaire disponible pour les clients. Mais que de fois certains de ceux-ci ne se sont-ils pas retrouvés grugés pour avoir fait confiance à un banquier imprudent, c’est à dire trop enclin à prêter au delà du gérable. Aujourd’hui la situation est tout autre puisqu’aucune monnaie n’est désormais arrimée aux métaux précieux et donc n’est soumise à une rareté de fait. La production de monnaie n’est plus une question d’extraction de minerai aurifère mais relève de la décision politique. Ceci permet de réexaminer sans crainte les mécanismes de la création monétaire et autorise la remise en cause du système des « réserves fractionnaires »

2. Le « 100 % monnaie ».

Nous avons pris connaissance du « multiplicateur de crédit », c’est à dire du fait que les banques comptabilisent bien plus d’argent sur les comptes de leurs clients que ce qu’elles en ont en réalité. Interrogeons-nous maintenant sur la nature et l’origine de cet argent de base qui se trouve ainsi multiplié. D’où viennent les billets et – ce qui est équivalent – les « comptes d’€-base » qui permettent aux banques d’en obtenir ? L’or existe, est extrait de mines, mis en pièces ou en lingots ; on en a ou on n’en a pas. Mais les billets ne sont que du papier imprimé. Qu’est-ce qui en fait de la monnaie ? Qui plus est, qu’est-ce qui en fait la base de la monnaie, base sur laquelle repose tous les comptes bancaires ? Après les « réserves fractionnaires » il faut ici expliquer la « monétisation ».

La monétisation est l’introduction de moyens de paiements supplémentaires dans les circuits économiques. La monétisation la plus courante est celle liée à l’attribution d’un crédit bancaire. Quand un client d’une banque s’engage à lui rembourser dans un délai fixé un certain capital et des intérêts calculés sur ce capital, la banque porte sur son compte le capital correspondant ( en « €-promesse d’€-base ») et lui en attribue l’usage. Ceci se fait – nous l’avons déjà vu – sans que la banque ait besoin de disposer au préalable de la totalité des « €-base » promis. Il lui suffit d’en disposer d’une partie statistiquement suffisante pour faire face aux demandes de sa clientèle. Lorsque le crédit attribué est effectivement mobilisé il peut s’en aller vers le compte d’un client d’une autre banque. Cette autre banque, cliente de la Banque Centrale, voit ainsi son « compte d’ €-base» ( en €-base) augmenter du capital correspondant conformément à la promesse de la banque ayant accordé le crédit initial ( en €-promesse de €-base ). Que ce « compte d’ €-base » soit lui-même partiellement ou en totalité reprêté à tel ou tel autre client de cette banque et cela à un taux générant un certain revenu n’a rien de choquant. Qu’il le soit une deuxième ou troisième fois – la banque en faisant son affaire – l’est davantage. Non seulement il y a multiplication discutable des intérêts perçus, mais surtout, il en résulte une fragilisation du système monétaire, les banques étant incapables de tenir leurs promesses autrement qu’en jonglant avec le comportement statistique de leurs clientèles.

L’introduction de monnaie de base ( €-base) est réservée aux Banques Centrales. Il y a une Banque Centrale pour chaque devise et par zone économique. Les « €-base » naissent d’un crédit accordé par la Banque Centrale à l’un ou l’autre de ses clients (banques, Trésor Public) ou encore du paiement de titres financiers achetés par la Banque Centrale. Seuls les « €-base » sont garantis par la Banque Centrale, c’est à dire la collectivité qu’elle représente, mais il y en a beaucoup moins que les « €-promesses de €-base » qui circulent de comptes en comptes dans les banques commerciales pour les besoins de l’économie. Aujourd’hui, avec des monnaies entièrement libérées de la rareté des métaux précieux, rien ne justifie que cette pratique contestable se perpétue.

Ce point de vue n’est pas une nouveauté. Il existe toute une école de pensée économique qui le dit depuis longtemps (notamment Irving Fisher (100 % money, 1935) et Maurice Allais (depuis 1943) ). Cette position, connue sous l’appellation de « 100 % monnaie », consiste à ne reconnaître comme monnaie que le « €-base », c’est à dire à interdire les « €-promesse d’€-base ». L’économie réelle qui n’utilise aujourd’hui, pour l’essentiel, que les « €-promesses d’€-bases » serait ainsi éloignée des manipulations permises par ce jeu de promesses Les méfaits des produits dérivés, de la spéculation sur les titres et les devises résisteraient peut-être à la mise en œuvre du « 100 % monnaie » mais en seraient probablement réduits car ils reposent en bonne partie sur la capacité des banques à produire la monnaie bancaire ( les « €-promesse d’€-base » ). Notre monnaie – bien public s’il en est – ne serait plus mise en péril par des opérations spéculatives privées. Les moyens de financement liés à l’épargne préalable resteraient utilisables mais limiter la monnaie aux « €-base » serait une mesure de salubrité publique qui, bien que connue et techniquement possible, est curieusement et systématiquement passée sous silence jusqu’à ce jour par le monde financier.

Jean Jégu
30 novembre 2010