C.Gomez – chômage et coûts salariaux

17 novembre 2012

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Christian GOMEZ (11/11/2012)

CHÔMAGE ET COÛTS SALARIAUX: UN PROBLÈME NOUVEAU?

Comment Maurice Allais fut parmi les premiers (avec Jacques Rueff) à le déceler  et à chercher à l’estimer dans la période post-1968

Apparemment, la classe politique française et nombre d’économistes découvrent que des coûts du travail trop élevés peuvent être à la racine des problèmes dans lesquels s’enlise l’économie française depuis des années, sans doute depuis les années 70, et qui n’ont fait qu’empirer dans l’aveuglement général des acteurs économiques et politiques  de gauche (partis, syndicats) comme de droite, un aveuglement renforcé hélas par le silence gêné de la plupart  des économistes soumis au conformisme du moment et aux idéologies ambiantes. Pourtant dès la fin des années 70, deux économistes, parmi les plus grands, s’étaient levés pour alerter les français du péril que leur comportement collectif engendrait: jacques Rueff[1] et Maurice Allais[2], sans que leurs appels ne rencontrassent aucun écho. Une situation que devait continuer à connaitre par la suite  Maurice Allais qui, à partir de la fin des années 90, ne  cessa de sonner le tocsin, conscient que la mondialisation menée à marche forcée par des « élites » inconscientes et, surtout, ignorantes, allait complètement ruiner un pays déjà complètement sclérosé et paralysé par des rigidités de toutes sortes, dont la rigidité salariale en particulier.

 Dans cette brève note, il s’agira de se concentrer sur Maurice Allais, qui a présenté  les modèles du taux de chômage les plus élaborés en 1981 et 1999, pour bien mettre en évidence  l’importance qu’il accordait aux coûts du travail dans l’explication du fléau du sous-emploi. Nous mentionnerons bien sûr son intérêt croissant pour le chômage « mondialiste » (résultant de la mondialisation) à partir des années 90 en restant succinct sur les critiques que nous inspire son traitement du sujet[3].

LE MODÈLE DE 1981: UN CRI D’ALARME QUE LES SOCIALISTES NE POUVAIENT PAS ENTENDRE ET LEURS ÉCONOMISTES COMPRENDRE.

Voyant le dérapage du chômage dans les années 70, l’approche d’Allais fut d’en rechercher les causes en partant d’un modèle extrêmement classique (au sens de « traditionnel ») distinguant trois formes de chômage:

–      Le chômage technologique, considéré comme un mouvement continu et régulier induisant des flux d’entrées-sorties sur le marché du travail et donc un taux de chômage frictionnel relativement stable (a priori de l’ordre de 2% par an au vu des taux de chômage observés sur longue période)

–      Le taux de chômage conjoncturel, lié à la conjoncture et donc suivant en cela les fluctuations de la demande globale (approximées dans le modèle par les écarts à la tendance du PNB réel)

–      LE CHÔMAGE STRUCTUREL OU CHRONIQUE, dû à une évolution des salaires réels déconnectée de la celle de la productivité globale des facteurs, et non de la seule productivité du travail car il convient dans ce cas de prendre bien en compte la croissance du surplus distribuable liée à une plus grande efficience de l’ensemble de l’économie.

Cet indicateur de déséquilibre salarial montre bien le dérapage provoqué par la crise de 1968 et la gabegie qui a suivi, essentiellement sous la houlette de Giscard d’Estaing et de son premier ministre d’alors, Jacques Chirac, une gabegie que Raymond barre fut dans l’impossibilité de maitriser compte tenu de la force des syndicats et de la perspective d’une arrivée de la gauche au pouvoir. On comprend dès lors pourquoi la réalisation de cette éventualité en 1981 et la  mise en œuvre des promesses de la gauche conduisirent le pays au chaos jusqu’au tournant de la « rigueur » en 1983.

Et, comme le montre le graphique , la  conjonction de la composante conjoncturelle ( les fluctuations économiques) et du facteur structurel ( les excès de croissance salariale) dans le cadre du modèle général proposé par l’auteur permettait une représentation presque parfaite du phénomène sur une période de 26 ans (1952-1978), avec deux variables explicatives et trois paramètres arbitraires à estimer, dont la constante (représentative du chômage frictionnel/technologique) qui ne pouvait être très éloignée de 2%, ce qu’elle fut (2.2%).

Selon le schéma d’analyse proposé par Allais, il était donc possible de décomposer le taux de chômage observé en 1978 (tab), c’est-à-dire quasiment à la veille de l’arrivée de la Gauche au Pouvoir.

On comprend mieux l’échec de cette dernière en 1981 dû à un contresens quasi-total sur la nature du chômage à cette époque.

Une relance par les salaires pour activer la consommation et combattre ainsi le chômage ne pouvait que conduire  à plus de chômage, plus d’inflation, plus de déficit extérieur. Ce qui advint.

II-LE MODÈLE DE 1999 : L’INTRODUCTION DU « CHÔMAGE MONDIALISTE » RÉSULTANT DE LA LIBÉRALISATION DES ÉCHANGES INTERNATIONAUX, UN APPEL SANS ÉCHO FACE À LA PRÉGNANCE DE LA VULGATE « LAISSER-FAIRISTE »

Par rapport à celui de 1981, le modèle  présenté dans l’ouvrage de 1999 continuait à traiter identiquement le chômage technologique (supposé constant) et le chômage conjoncturel  (écarts par rapport à la tendance du PIB à prix constants), mais allait s’en différencier par deux aspects importants :

1) La prise en compte d’un indicateur des conditions salariales  différent : il s’agit du rapport du SMIG/ SMIC au salaire horaire moyen ouvrier au lieu du rapport (plus attractif intellectuellement) du coût salarial global (en valeur réelle) à la productivité globale des facteurs[4]. Comme l’écrit Allais : « Faute de mieux, et au moins en première approximation, on peut prendre comme indicateur global des facteurs sociaux générant du chômage (charges salariales globales, minima de salaires, rigidités du marché du travail et chômage volontaire), le rapport r du SMIG (Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti institué le 11 février 1950), remplacé le 2 janvier 1970 par le SMIC (Salaire Minimum Interprofessionnel de Croissance) au salaire horaire moyen. En fait, tous les avantages sociaux sont en relation avec ce rapport. » (Allais, 1999, p.163).

2)  L’introduction d’un indicateur composite de l’effet d’éviction du facteur travail en France par les importations extracommunautaires, par la prise en compte de l’équivalent en heures de travail français des importations extracommunautaires de produits manufacturés (valeur des importations en produits manufacturés divisée par le salaire ouvrier moyen) mis en base 1 en 1974. En effet, l’explosion du sous-emploi en France à partir des années 80 ne pouvait s’expliquer, selon Allais, par le seul facteur « coût du travail » et il était convaincu qu’un autre facteur était intervenu en conjonction avec ce dernier qui ne pouvait être que « l’effet du libre-échange mondialiste aggravé par les effets pervers du système des taux de change flottants et de la libéralisation mondiale des mouvements de capitaux… » (Allais, 1999, p.166). Pour lui, l’indicateur utilisé synthétisait tous ces effets, au moins en première approximation, car « une analyse approfondie devrait en dissocier leurs influences respectives » (Allais, 1999, p.166).  Comme le montre le graphique ci-joint, on constate une très nette accélération à partir des années 70 et la conclusion d’Allais était que c’était un facteur primordial de la RUPTURE DE LA CROISSANCE CONSTATÉE EN 1974 et donc de l’accélération du chômage à partir de cette date, en sus des effets liés aux coûts salariaux.

Ainsi, avec un modèle combinant les différents types de chômage, tels qu’estimés par l’auteur : Technologique, conjoncturel, chronique, mondialiste, certains d’entre eux (chronique et mondialiste)  intervenant à partir de seuils directement estimés empiriquement par un processus d’optimisation[5], Allais cherchait à expliquer le sous-emploi des ressources de main d’œuvre mesuré par deux concepts :

–         Le taux de chômage au sens du BIT

–         Le taux de  sous-emploi total, beaucoup plus important, car incluant, outre le taux de chômage officiel, l’ensemble des personnes traités socialement (dans l’emploi marchand aidé : les personnes dont les charges sont tout ou partie exonérées de cotisations, les contrats aidés de toutes sortes…… ; dans l’emploi non marchand : les travaux d’utilité collective, les contrats emploi-solidarité, les stages d’insertion, les cessations anticipées d’activité, les dispensés de recherche d’un emploi….) , soit pour l’année 1997, un ensemble avoisinant 25% de la population active !

Pour le sous emploi total, Allais aboutissait à une estimation des différentes composantes du chômage du type suivant :

Pour le taux de chômage au sens du BIT, les ajustements étaient comparables mais les estimations des poids des différentes composantes diffèrent dans la mesure où chômage chronique et chômage mondialiste ont un poids à peu près équivalent. La raison réside probablement dans la sous-estimation du développement du sous-emploi total au cours de cette période en raison de la mise en œuvre de toutes ces politiques très dispendieuses de traitement social

du chômage.

Moyenne des années 1995-1997 (p.467)Politique sociale41%Mondialiste48%Conjoncturel1%technologique10%Total100%

Conclusion

Ce que montrent les études d’Allais, comme par ailleurs les mises en garde de Rueff, c’est que le problème des coûts salariaux aurait dû être mis sur la place publique depuis bien longtemps. Songer que l’on puisse manipuler une variable aussi importante que le coût du travail pour des raisons politiques et/ou idéologiques est une ineptie qui, malheureusement fait partie du folklore français, et plus généralement des conceptions socialisantes inspirées du marxisme. Le coût du travail est une variable économique qui doit se fixer pour les différentes qualifications sur des marchés où s’ajustent l’offre et la demande. Que le salaire et le revenu des salariés soit par ailleurs une variable « sociale » ayant une composante « éthique » est un autre problème qui relève  de la redistribution des revenus. Si certains salaires ou certains revenus familiaux sont jugés éthiquement insupportables, il est toujours possible de compenser le manque à gagner par des allocations ad hoc financées par des ponctions sur les autres revenus (impôts) et non en manipulant le prix du travail. Cela a toujours été la position des grands « libéraux » comme Friedman et Allais. Là-dessus, se greffe le problème de l’impact des échanges internationaux, de marchandises et de capitaux, sur les conditions salariales lorsque les échanges se font avec des pays à bas coûts salariaux et à capacités technologiques, mais sa solution relève d’une approche complètement différente.

Il est clair qu’avec des travaux comme ceux de Maurice Allais, nous sommes invités à nous interroger  sur l’importance de ce facteur et il est considérable :

–                  Avec le premier modèle, à mon avis le plus incontestable, le taux de chômage chronique lié à des coûts salariaux « trop » élevés représentait à la fin des années 70 environ 40% du taux de chômage global. Partant d’une situation de plein emploi, voire de suremploi, l’impact de la « gabegie » salariale de ces années là, mesuré par le rapport coût salarial/productivité globale des facteurs, apparait avec la clarté d’une épure ;

–                  Avec le second modèle,  très contestable, la réduction, voire son maintien avec les données BIT,  du poids du chômage chronique au profit du « chômage » mondialiste devrait à mon avis être révisée dans le sens de la hausse.  En effet, il y a dans cette approche des erreurs de principes à corriger et une bonne part de l’indicateur du « chômage mondialiste » capte en fait tout autre chose qui relève plus du chômage chronique (non flexibilité des salaires face à un afflux de main d’œuvre) qu’à un phénomène de mondialisation dont l’impact n’a pu véritablement se faire sentir qu’à partir du milieu des années 90[6].

Ainsi avec la crise mondiale de 2007 et la crise de l’euro, les lois d’airain de l’économie classique reviennent en force et, en premier lieu, ce qu’il est convenu d’appeler la « Loi de Rueff ».  Au-delà des moulinets de politiciens apeurés par l’importance du problème, qui appellent par des incantations quasi-magiques à « la croissance », à « l’investissement » ou à « l’innovation » pour combattre le chômage, il y a ce fait incontournable : le chômage sera d’abord combattu en redonnant au marché toute la liberté pour s’ajuster, en cessant de jouer avec les salaires et les coûts salariaux comme avec des hochets idéologiques (« un petit coup de pouce » par ci, « un petit coup de pouce » par là). Ce facteur, associé à tout ce délire de protection de l’emploi « en place » a mené l’économie française au bord du gouffre et a conduit des générations de jeunes français (et européens car beaucoup d’autres pays souffrent ou ont souffert des mêmes maux) au désespoir en les privant d’avenir. Il est temps de faire la grande lessive qui a déjà débuté dans de nombreux pays. Elle sera douloureuse mais salutaire.


[1] Jacques Rueff: « la fin de l’ère keynésienne », Le Monde, 19 et 20/21 Février 1976

[2] Maurice Allais : Le chômage et les charges salariales globales, Le Monde, 14-15 juin 1981, et ses différents ouvrages notamment: Combats pour l’Europe (1994 et 2002) et La Mondialisation, La Destruction de l’emploi et de la croissance(1999) aux Éditions Clément Juglar].

[3] Nous y reviendrons dans une note ultérieure car cette critique nécessite  des développements  qui seraient trop longs ici.

[4] En tout état de cause, l’établissement d’une série de  la productivité globale des facteurs nécessitait de disposer d’une équipe suffisamment compétente pour la calculer, ce qui était hors de portée de Maurice Allais en 2000 qui, rappelons-le, approchait les 90 ans et ne disposait plus que d’une aide matérielle limitée à l’Ecole de Mines.

[5] Dans le modèle, les composantes chronique et mondialiste, X et Y, sont estimées par des indicateurs x et y qui ne sont pris en compte qu’à partir de seuils x0 et y0 qui sont déterminés de telle manière que la corrélation soit maximum. Ainsi les variables (x-x0) et (y-y0) prennent une valeur nulle pour x<x0 et y<y0 et ne commencent à s’incrémenter qu’à partir des seuils x0 et y0.

[6]Comme déjà indiqué, nous reviendrons plus tard sur ce modèle et les problèmes qu’il pose.

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Maurice Allais: 2 ans déjà…

25 octobre 2012

Cette compilation, que vous pouvez également lire ici sur le blog d’Olivier Berruyer que nous remercions, mérite toute sa place sur le blog « Osons Allais ».
Précision: ce travail a été effectué par Olivier Berruyer … nous nous sommes contenté de le reprendre sur notre blog « Osons Allais »

[2 ans déjà] Le testament de Maurice Allais (1911-2010)

Le 9 octobre 2010, il y a deux ans, disparaissait Maurice Allais à l’âge respectable de 99 ans, qui avait tout annoncé…

C’était le seul prix Nobel d’économie français. Né le 31 mai 1911, il part aux États-Unis dès sa sortie (major X31) de Polytechnique en 1933 pour étudier in situ la Grande Dépression qui a suivi la Crise de 1929. Ironie de l’histoire, il a ainsi pu réaliser une sorte de “jonction” entre les deux Crises majeures du siècle. Son analyse, percutante et dérangeante, n’a malheureusement pas été entendue faute de relais.

Fervent libéral, économiquement comme politiquement, il s’est férocement élevé contre le néo-conservatisme des années 1980, arguant que le libéralisme ne se confondait pas avec une sortie de “toujours mois d’État, toujours plus d’inégalités” – qui est même finalement la définition de l’anarchisme. On se souviendra de sa dénonciation du “libre-échangiste mondialiste, idéologie aussi funeste qu’erronée” et de la “chienlit mondialiste laissez-fairiste”. Il aimait à se définir comme un “libéral socialiste” – définition que j’aime beaucoup à titre personnel.

Il a passé les dernières années de sa vie à promouvoir une autre Europe, bien loin de ce qu’il appelait “l’organisation de Bruxelles”, estimant que la construction européenne avait pervertie avec l’entrée de la Grande-Bretagne puis avec l’élargissement à l’Europe de l’Est.

Lettre aux français : “Contre les tabous indiscutés”

Le 5 décembre 2009, le journal Marianne a publié le testament politique de Maurice Allais, qu’il a souhaité rédiger sous forme d’une Lettre aux Français.

Je vous conseille de le lire, il est assez court et clair. Je le complète par divers autres textes surtout pour les personnes intéressées – même si cela alourdit le billet.

Le point de vue que j’exprime est celui d’un théoricien à la fois libéral et socialiste. Les deux notions sont indissociables dans mon esprit, car leur opposition m’apparaît fausse, artificielle. L’idéal socialiste consiste à s’intéresser à l’équité de la redistribution des richesses, tandis que les libéraux véritables se préoccupent de l’efficacité de la production de cette même richesse. Ils constituent à mes yeux deux aspects complémentaires d’une même doctrine. Et c’est précisément à ce titre de libéral que je m’autorise à critiquer les positions répétées des grandes instances internationales en faveur d’un libre-échangisme appliqué aveuglément.

Le fondement de la crise : l’organisation du commerce mondial

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LES VOTES DU CONGRÈS AMÉRICAIN

12 octobre 2011

ÉDITOS-ACTUALITÉS : COMMERCE INTERNATIONAL

LES VOTES DU  CONGRÈS AMÉRICAIN SUR LES QUESTIONS COMMERCIALES:

BEAUCOUP DE POLITIQUE INTERNE, MAIS PAS DE STRATÉGIE RÉELLE

Les votes récents du Congrès sur des traités commerciaux entre les Etats-Unis et trois pays : Panama, Colombie et Corée (seul le troisième pays est bien sûr significatif) et le vote du Sénat sur une « bill » visant les pays qui sous-évaluent leur monnaie, c’est-à-dire, dans l’esprit des  sénateurs, essentiellement la Chine, m’ont inspiré quelques réflexions. La première chronique sera consacrée au Traité Corée-Etats-Unis.

LE TRAITÉ COMMERCIAL ETATS-UNIS-CORÉE

Il se trouve que , dans les derniers jours, je lisais le livre de Clyde Prestowitz, « The Betrayal of American Prosperity (Free Press, 2010), spécialiste des questions de commerce international[1], qui consacre près d’une page aux négociations préparatoires à ce traité qui se sont étalées sur plus de 5 ans. Il y montre comment les deux parties s’y prennent en général pour mener ces pourparlers et pourquoi l’une des parties est nécessairement perdante.

Du côté Coréen, le Gouvernement a une vision de l’avenir du pays et une claire idée des intérêts nationaux à défendre, ce qui lui permet de discuter avec les différentes parties concernées (d’abord, les grands « Chaebols ») pour obtenir des résultats stratégiques clairs et précis concernant les secteurs où ils veulent pouvoir faire des progrès sur le marché américain pour poursuivre leur expansion sur les marchés et asseoir si possible leur domination : rechercher des baisses de droits de douane en priorité sur certains produits en faisant éventuellement des concessions sur d’autres, moins stratégiques,  protection des entreprises coréennes contre des poursuites éventuelles concernant la propriété intellectuelle et les brevets  (je cite Prestowitz)…..

Du côté américain, il s’agit d’abord d’une démarche idéologique vague et imprécise visant à faire progresser le « free market », c’est à dire le libre-échange. Bien sûr, les négociateurs disposent d’une « wish List »  adressée par les industriels et les membres du Congrès  sur la base de laquelle ils vont essayer de défendre les intérêts américains. Mais, leur souci primordial est de ne pas mécontenter les parties les plus influentes politiquement et celles qui exercent le plus de pression avec tous les moyens à leur disposition (celles qui crient le plus fort en fait).  Et l’auteur de citer, comme exemple, le cas des exportations de bœuf considérées comme une priorité nationale par la partie américaine car l’homme qui défend les intérêts des éleveurs est (je cite) le Sénateur Max Baucus, représentant de l’Etat du Montana (état grand producteur de viande comme l’on peut s’en douter), mais surtout, Chairman de la Commission des Finances du Sénat….

La conséquence de la signature de ce traité est simple à prévoir : Le déficit Etats-Unis-Corée va continuer à se creuser en défaveur des Etats-Unis, avec des automobiles coréennes de plus en plus compétitives qui vont tailler des croupières à des producteurs américains sauvés de la faillite à grands frais par les contribuables américains et une industrie des semi-conducteurs qui va accroitre sa domination sur un secteur aussi stratégique pour les industries de la Défense. Du côté américain, peut-être quelques morceaux de viande en plus dans les « Korean Barbecues »…..

En fait, c’est toujours la même histoire qui recommence : la défense aveugle d’une simple idéologie[2], le « laisser-fairisme » échangiste comme disait Maurice Allais, face à des pays qui défendent leurs intérêts nationaux au nom d’une certaine vision de leur développement, conduit les économies occidentales au déclin et des catégories de la population de plus en plus nombreuses au désespoir. Mais, nous reviendrons sur toutes ces questions……

Christian Gomez


[1] Clyde Prestowitz est le fondateur et le Président du « Economic Strategic Institute » situé à Washington. Il fut négociateur principal pour les questions commerciales avec l’Asie sous l’administration Reagan et Vice-Chairman de la Commission pour le Commerce et le Développement pour la zone Asie-Pacifique sous la Présidence Clinton. Il est aujourd’hui membre du World Economic Forum et Consultant International.

[2]  Je ne peux que renvoyer aux exposés de Maurice Allais sur la question. Pour une synthèse générale, voir mon article pour le journal suisse Le Temps qui est sur ce site sous le titre : « Faut-il interdire les délocalisations ? Réponse au Professeur Imbs »


Ch. Gomez: « faut-il interdire les délocalisations ? »

20 octobre 2010

UNE THÉORIE CORRECTE, UNE APPLICATION ERRONÉE

Réponse à l’article de Jean Imbs : « faut-il interdire les délocalisations ? »

Le Professeur Imbs (Le Temps du 14 février) nous a délivré un trés intéressant plaidoyer en faveur de ce qu’on appelle aujourd’hui le Mondialisme, justifiant théoriquement les développements économiques actuels et nous promettant des lendemains radieux « dans le long terme », c’est à dire, dans le langage des économistes, dans un avenir difficile a préciser, compris entre 2 jours et plusieurs décennies……Pour ce faire, la théorie ricardienne des coûts comparatifs est largement mise à contribution, sous l’autorité du grand Samuelson, ce qui peut donner aux lecteurs non avertis  l’impression que le débat est tranché sur le plan scientifique et qu’ils n’ont qu’à s’incliner devant les arguments de la Science et de l’idéologie dominante réunies. Aussi mon propos est-il  de tempérer le propos en arguant que si la théorie mentionnée est correcte en soi, elle l’est dans les limites de ses hypothèses. Or, aucune de celles-ci n’est réalisée dans le monde actuel. Dès lors, son application erronéee peut avoir des conséquences dramatiques dans un contexte marqué par l’émergence de pays gigantesques ( le tiers de l’Humanite), disposant « d’armées industrielles de réserve » immenses et ayant des capacités technologiques incontestées (Chine, Inde…). Personnellement, j’utiliserai aussi un des plus grands économistes de ce temps (Maurice Allais, Prix Nobel 1988), pourtant réputé comme un grand esprit libéral, qui a fait de ce combat contre le « laisser-fairisme » un des derniers grands combats de sa vie. Le problème ici n’est pas de prendre partie, mais d’évaluer les problèmes et les risques des évolutions actuelles.

Théorie correcte, la démonstration de la théorie des coûts comparatifs supposent des conditions d’application très restrictives qui n’ont rien à voir avec les conditions d’aujourd’hui.

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Allais: la rupture de 1974

13 octobre 2010

Extraits du livre de Maurice Allais (ed Clément Juglar 2007)

« La mondialisation, la destruction des emplois et de la croissance »

____________________________

1974 ; UNE ANNÉE DE RUPTURE

L’année 1974 apparaît comme une année de rupture entre la période 1950-1974 de prospérité continue et la période 1974-1997 essentiellement marquée par une croissance massive du chômage, une diminution considérable des effectifs industriels, et une très forte réduction de la croissance.

La rupture de l’année 1974 peut être illustrée par quelques graphiques très significatifs représentant respectivement les évolutions de 1950 à 1997 du chômage au sens du BIT, du sous-emploi total (qui tient compte du traitement social du chômage), de leurs taux par rapport à la population active, des emplois dans l’industrie et de leur pourcentage dans la population active, et du produit intérieur brut réel global et par habitant.

La représentation correspond à la période 1950-1997 et à la situation telle qu’elle se constate au début de 1999 au regard des données statistiques effectivement disponibles.

On constate que les nouveaux points représentés en gras se placent effectivement au voisinage des tendances calculées en 1994 et correspondant à la période 1974-1993. Le plus souvent les nouveaux points se placent presque exactement sur les tendances calculées en 1994.

En fait, les tendances des périodes antérieure et postérieure à 1974 sont profondément différentes.

La période 1974-1997 est marquée par la destruction des emplois, la destruction de l’industrie, et la destruction de la croissance.

Le chômage au sens du BIT

Sur le Graphique I représentatif de 1950 à 1993 du chômage C au sens du BIT la Cassure de 1974 apparaît particulièrement nette au regard de l’évolution locale observée de 1950 à 1974 et représentée par l’interpolation parabolique en traits fins

De 1950 à 1974 le nombre de chômeurs au sens du BIT a crû de 340 à 630 mille en passant par un minimum de l’ordre de 180 mille aux environs de 1957.

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Par Laurent Pinsolle

17 juillet 2010

Résumé et analyse de  » Maurice Allais, « La mondialisation, la destruction des emplois et de la croissance » » du 25/01/2009 du blog de Laurent Pinsolle (http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/)

1 – Maurice Allais, le libéral qui a pensé le protectionnisme européen

Cela faisait depuis longtemps que je souhaitais lire un livre de notre prix Nobel* d’économie. Mais il m’a été difficile de trouver un de ses livres, y compris sur Internet. Voici donc le résumé d’un de ses ouvrages de référence, dont la matière intellectuelle compense une forme pas toujours attrayante.

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