C.Gomez: Conférence Neuchâtel

28 mai 2013

L’EURO A-T-IL TUÉ LA FRANCE?

LA FRANCE, VA-T-ELLE TUER L’EURO ?

 

LA MAISON DE L’EUROPE TRANSJURASSIENNE

NEUCHÂTEL

CONFÉRENCE DU 22 FÉVRIER 2013

 

LE TEXTE PRÉSENTÉ ICI A SERVI DE CANEVAS À LA CONFÉRENCE

IL CONTIENT DONC DE NOMBREUX DÉVELOPPEMENTS ET CHIFFRES

QUI N’ONT PAS ÉTÉ DONNÉS DANS L’EXPOSÉ ORAL

CHRISTIAN GOMEZ*

 L’euro a-t-il tué la France ?  La réponse est non car la France était déjà dans un processus d’affaiblissement qui remonte loin dans le temps, à sa gestion de la cassure de la croissance économique depuis 1974 plus précisément.  L’euro n’a fait que lui permettre de se détériorer plus encore en éteignat pour un temps tous les signaux d’alarme.

La France va-t-elle tuer l’euro ? La France est-elle « The Time Bomb at the Heart of Europe” comme le proclamait l’hebdomadaire “The Economist” (17 Novembre)? Il y a de fortes chances , en effet qu’elle le soit car elle rencontrera trop de difficultés politiques et sociologiques pour prendre à temps les mesures nécessaires.

Telle est la thèse qui est défendue dans cette conférence.

I-                 LA FRANCE, DES PROBLÈMES QUI REMONTENT LOIN DANS LE TEMPS , À LA RUPTURE DE LA CROISSANCE EN 1974.

11- Les éléments du drame français recomposés

·        La construction d’une « forteresse sociale » consolidée au fil des ans (poussée salariale continue, impact catastrophique du SMIC, cotisations sociales, faiblesse du temps de travail, code du travail)

·        Maintien et entretien d’un chômage de masse apparent et caché (traitement social, mise en place de parkings, inflation de « faux emplois » dans les administrations et les associations subventionnées par l’argent public) => chômage structurel de masse réfractaire à tout traitement de type « keynésien »

·        Une gestion laxiste des finances publiques et une grande insouciance par rapport à la montée de la dette publique

·        L’affaiblissement des entreprises et la destruction de l’industrie

   12-  Le drame français dans son interaction avec l’euro

·        Période de préparation 1992-1998 : un processus qui fut une chance et une contrainte

·        Premières années de l’euro : D’abord une drogue douce qui tourne vite au cauchemar

 

II-                LA FRANCE, UNE « TIME BOMB AT THE HEART OF EUROPE » ?

21- La situation de la France aujourd’hui: un constat très sombre

·        Des coûts salariaux unitaires en dérapage et en décalage complets

·        Une industrie étranglée aux performances médiocres et insuffisamment innovatrice

·        Des entreprises surchargées, prises entre le marteau de la concurrence internationale et l’enclume de coûts difficilement compressibles

·        Un état « diplodocus » au poids de plus en plus écrasant, de plus en plus paralysant et de plus en plus déstabilisant

·        Un déficit extérieur considérable avec des capacités de réactions amenuisées compte tenu de l’effondrement de son secteur manufacturier 

·        Des perspectives sociales désastreuses à court, moyen, long terme

     22- Le destin de l’euro est lié à la situation française,  pour le meilleur et ….probablement pour le pire

·        Les gouvernements successifs et, plus largement, le corps social français ont-ils pris la mesure de la situation ?

·        La France a besoin d’une « thérapie de choc » à tous les niveaux

·        Des doutes sur la France et c’est tout l’édifice qui s’écroule….

                                                           *******************

 

                                                                  Conclusion

Nous sommes aujourd’hui très mal partis et il est difficile de trouver des arguments contraires qui pourraient laisser entrevoir quelques raisons d’espérer une amélioration prochaine

Les atouts « naturels » de la France (positionnement géographique, qualification de la main-d’œuvre, infrastructures, coût de l’énergie) ont été gâchés par des politiques démagogiques et sans vision qui ont accumulé les désavantages comparatifs et englué la France dans une médiocrité générale dont elle aura le plus grand mal à se sortir.

Quant à sa démographie, si souvent vantée en désespoir de cause, c’est un argument de journaliste car toutes les projections montrent que la population en âge de travailler n’augmentera pas dans les prochaines années. Il faudrait augmenter significativement le taux d’emploi améliorer le potentiel de croissance et le mode de financement de la Sécurités sociale,  mais pour cela il faudrait mettre en œuvre les réformes drastiques qui ont été esquissées plus haut.

Certes, les marchés apparaissent aujourd’hui plutôt cléments à l’endroit de la France si l’on en croit l’évolution des taux d’intérêt. Mais, là encore, il convient d’être prudent vu l’impact des banques centrales à la fois directement ( les achats de la Banque Nationale Suisse ou de la Banque du Japon par exemple) et de la renationalisation des marchés de capitaux. Vu la situation française, nous ne pouvons qu’approuver P. Artus (Natixis) quand il prédit à son propos : « Les Marchés, un jour ou l’autre vont s’en apercevoir ».

Et alors, la fin de l’euro sera proche. Sera-ce une si mauvaise éventualité?  Un sujet trop vaste et trop complexe pour être abordé maintenant. Rappelons-nous simplement les circonstances de l’abandon du Gold-standard dans l’entre-deux guerres. Il a fallu plus de 10 ans à la plupart des pays pour prendre la décision de le quitter. Et les premiers qui l’ont fait ne se sont portés que mieux en reprenant la maîtrise de leur destin !

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Article au complet: CONFNEUCHATELv2(1)

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A signaler:

PARUTION  D’UN ARTICLE DE CHRISTIAN GOMEZ DANS UN OUVRAGE RÉCENT

LE CAPITALISME FINANCIER OU COMMENT UN SYSTÈME INSTABLE DEVIENT EXPLOSIF

La crise financière et la création de liquidités

 

IN

HEURS ET MALHEURS DU CAPITALISME

Sous la direction d’Arnaud Diemer, Daniela Borodak et Sylvie Dozome

ÉDITIONS OECONOMIA, JANVIER 2013, 247 PAGES

 

La dernière crise dans laquelle nos économies sont engluées depuis 2007 n’est pas que la conséquence de quelques aberrations avérées, comme la titrisation des « subprimes », mais elle est aussi, et surtout, le dernier avatar des crises financières qui ont ponctué l’évolution des économies de marché depuis des décennies et qui renvoient toutes au fonctionnement fautif d’un système bancaire fondé sur le principe des réserves fractionnaires et sur les mécanismes du crédit qui en découlent.

Dans cet article, l’auteur montre que l’on retrouve dans cette crise les grands traits de la crise financière « classique » mais que les conséquences de ceux-ci ont été encore aggravées par l’émergence d’un système bancaire parallèle encore plus dangereux que «l’officiel », des «innovations» financières menées sans aucune réflexion sur leur impact sur les liquidités et une perte de contrôle de ces dernières dans le cadre d’une politique monétaire impuissante et d’un système financier international défaillant.

C’est ainsi que, face à la crise de l’intelligence qu’a connue la science économique au cours des trois dernières décennies, avec le règne sans partage d’idéologies pseudo-scientifiques, l’auteur en appelle à une nouvelle réflexion sur la notion même de liquidités et sur les moyens de leur contrôle et invite à renouer avec cette tradition qui de Ricardo à Allais, en passant par Mises, Hayek, Fisher, Friedman, Tobin et Minsky, n’a eu de cesse que de proposer une réforme en profondeur du système financier pour réguler l’évolution des économies de marché, magnifier l’esprit entrepreneurial du capitalisme et limiter drastiquement les délires spéculatifs, comme ceux que nous avons connus ces dernières années, qui cassent les ressorts mêmes de nos économies et corrompent nos démocraties.

 

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TOUCHÉ… TOUCHÉ… TOUCHÉ ENCORE… COULÉ?

5 octobre 2011

LA CRISE DE L’EURO

 

TOUCHÉ….  TOUCHÉ…TOUCHÉ ENCORE..… COULÉ?

Comment l’interaction Eurozone/banques-marchés ressemble à une « bataille navale» dont le perdant est connu à l’avance

 

En visionnant une video (3/10/2011)[1] du très remarquable chroniqueur du Financial Times, James MacKintosh, je ne pus m’empêcher, à la lecture d’un graphique montrant l’évolution des CDS (Credit Default Swaps[2]) sur les dettes publiques des pays européens, de penser à ce jeu de société que vous connaissez tous : « la Bataille navale ». Le graphique portait sur l’appréciation des dettes publiques. Mais la même image peut bien sûr s’adapter aux banques et, au-delà à l’euro-zone et à l’économie mondiale. Car, c’est bien de cela qu’il s’agit : de proche en proche, tous les vaisseaux, grands et petits,  de l’économie mondiale sont mis hors de combat.

Les dettes publiques : la dérive vers  la dislocation s’accentue

En ce qui concerne les dettes publiques,  il y avait les petites « vedettes » déjà coulées (Grèce) ou en passe de l’être (Portugal), avec des niveaux de prix des CDS de 600bp et au delà. Il y avait les croiseurs Espagne et Italie très touchés avec des CDS déjà autour de 500bp, alors qu’ils étaient à moins de 200 pour l’Italie en Juin (!). Mais, ce qui était le plus frappant, c’était l’évolution des CDS France et Allemagne, deux pays qui, vous me le concèderez, peuvent être assimilés, dans l’ordre, à un cuirassé et à un vaisseau amiral. La France était à moins de 100 jusqu’en juin mais, depuis, le CDS a commencé à décoller pour doubler en fin septembre, soit le niveau de l’Italie en Juin. Et, enfin, le choc : l’Allemagne elle-même était touchée. Il fallait payer moins de 50 bp pour s’assurer contre sa défaillance de janvier à juin. En début octobre, il fallait 100bp. Certes au niveau des taux d’intérêt payés, ces évolutions ne se traduisent encore par des effets de hausse puissants que sur les pays de la périphérie et l’Allemagne bénéficie pleinement de son statut de « safe haven », le seul pays à inspirer malgré tout confiance. Mais, la France, dont les taux calquaient ceux de l’Allemagne jusqu’à une date récente, a commencé à s’en détacher et les « spreads » (OATs-Bunds) à s’élargir. Qu’est-ce que cela veut dire ?

La réponse est simple : la crise de l’euro-zone ne fait que s’approfondir et, de plans de secours en plans d’urgence, avec des engagements toujours croissants des pays les plus solvables, en particulier de l’Allemagne et les autres pays de l’Europe du Nord, tout le monde est emporté par ce courant qui conduit  la zone euro vers sa  rupture, privée qu’elle est de toutes capacités de redressement, qu’elles soient fiscales (fuite dans le fédéralisme) ou monétaires (accentuation démesurée du financement monétaire par la BCE). On comprend l’Allemagne qui a dû déjà accepter de s’engager autour de 200 milliards dans l’élargissement de l’EFSF (European Financial Stability Facility) et qui résiste à toutes les tentatives pour, par des subterfuges tous plus dangereux les uns que les autres, donner à ce fonds plus de moyens afin de faire face aux crises des dettes des « grands » pays  (Italie, Espagne…. France ?). La situation est d’autant plus dramatique que les Banques sont en première ligne dans cet écroulement.

Les banques dans le tourbillon avant la chute

En effet, vis-à-vis des Banques, le marché joue déjà la défaillance des grands pays, comme l’Espagne et l’Italie. C’est ce qui explique l’effondrement des valeurs bancaires et la montée en flèche des CDS à des niveaux très supérieurs à ceux atteints au « pic » de la crise de 2008-début 2009. Une restructuration de la dette grecque, dont le premier stade est déjà connu, pourrait être absorbée sans trop de difficultés. Mais, des restructurations en chaine de l’Espagne et de l’Italie, avec la France en pointe de mire, ne pourraient être « encaissées » sans un KO technique au niveau des fonds propres. Là aussi, l’image du jeu de la « bataille navale » colle très bien. Dexia est le premier bateau, d’une taille déjà respectable à sombrer, privé de tous les moyens de sauvetage. Les banques Françaises sont sauvagement attaquées, perdant plus de 50% de leur valeur par rapport au début d’année et valorisées maintenant très en deçà de leur valeur comptable (book value). Elles tendent même à devenir des pestiférés comme le montre le fort recul de Morgan Stanley en bourse en début de cette semaine, suite aux inquiétudes liées à son exposition sur les banques françaises. Elles ne se comparent pas très bien à leurs pairs en matière de fonds propres et elles sont très exposées aux pays potentiellement défaillants. Il est symptomatique  que la Commission Européenne qui se scandalisaient, il y a seulement quelques « petites » semaines, à la seule évocation d’une recapitalisation des banques européennes, commence aujourd’hui à infléchir sa position et à dire que finalement….. Mais, en fait, à y regarder de près, c’est tout le système bancaire mondial qui est touché (voir les CDS de Bank of America ou Barclays) et au-delà, c’est toute l’économie mondiale qui est au bord de la conflagration.

L’économie européenne et mondiale en panne sèche en pleine tempête ?

Dans la situation actuelle, les banques font face à une situation exceptionnellement dangereuse et font courir des risques à l’économie mondiale des risques exceptionnellement élevés. En effet, les banques ont des problèmes de plus en plus aigus de refinancement. Au niveau des fonds propres, il est aujourd’hui pratiquement impossible de lever des capitaux, en dehors même des problèmes liés à la dilution des anciens actionnaires vu le niveau actuel des cours. Trouver de nouveaux actionnaires serait très difficile et émettre de la dette subordonnée ne pourrait se faire qu’à des conditions extrêmement onéreuses (et ce n’est même pas sûr de trouver des investisseurs), surtout avec les conditions requises par « Bâle 3 »[3] pour qu’elle puisse être comptabilisée même en « Tier 2 »[4]. Face à une aversion au risque d’un niveau quasiment jamais vu chez les investisseurs institutionnels,  la source de la dette « senior » classique s’est quasiment tarie. Même, la dette « couverte » (« Covered bonds »), largement utilisée dans les dernières années, est vue maintenant avec suspicion et des agences de notation ont commencé à lancer des signaux d’alerte en en soulignant les risques pour les investisseurs. Et, cerise (ou bombe ?) sur ce gâteau immangeable : les banques ne se font plus confiance entre elles et préfèrent placer leurs fonds auprès des Banques Centrales (la BCE mais le Fed est dans la même situation), ce qui conduit chacune d’entre elles à aller se refinancer auprès de l’Institut d’émission en apportant du « collatéral ».  La conséquence de tout ce désordre : la seule variable d’ajustement est la taille du bilan et le crédit. Tous les canaux d’irrigation de l’économie sont asséchés les uns après les autres, les particuliers, les PME et, même les grandes entreprises qui, elles, ont encore, pour les meilleures d’entre elles, la possibilité d’émettre sur le marché à court-moyen-long terme. Un désastre….

                                                                         *

La conséquence de toute cette chienlit économique et financière, c’est que nos économies partent en vrille (image aéronautique après l’image maritime…), dans une spirale incontrôlée. L’écroulement des banques en 2007-2008 a fait exploser des dettes publiques déjà mal en point. Maintenant, les risques sur les dettes publiques poussent les banques au bord du gouffre. Pour retarder l’échéance,  les banques n’ont qu’une issue : couper dans le bilan. Mais, ce faisant, elles asphyxient tous les agents économiques et les problèmes rencontrés par ces derniers, c’est moins d’impôts, plus de déficits publics, des banques de plus en plus fragiles et ainsi de suite….. Et si les économies européenne, atlantique, mondiale devenaient une gigantesque Grèce ? Croyez-vous vraiment qu’il suffira d’imprimer de la monnaie, encore de la monnaie, toujours plus de monnaie …. pour nous en sortir ?

Ch. Gomez

 


[1] Elle avait un titre évocateur. « Time to flee Euro-zone? »

[2] Un « Credit Default Swap » est un contrat entre deux parties où l’une accepte d’assurer l’autre contre un risque de défaillance moyennant une prime annuelle exprimée en basis point (centième de %) égale à 1000€ par €10 millions

[3] Nouveau cadre règlementaire pour régir le fonctionnement des banques (capital, liquidité….)

[4] Eléments du passif bancaire considérés comme du quasi-capital en function de son caractère “junior” (subordonné) par rapport à la dette classique.

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Mots clefs :    CDS, Credit Default Swaps, dette publique, euro, euro-zone, crise, défaillance bancaire, bilans bancaires, économie européenne, économie mondiale, bâle 3, crédit bancaire,  fonds propres des banques, BCE (Banque centrale Européenne), Fed (Federal Reserve Board)