Edito: EUREKA, EURECA, …EUROCANULAR ?

1 octobre 2011

CRISE DE L’EURO

EUREKA, EURECA, …EUROCANULAR ?

Quelques réflexions sur un « plan miracle » proposé par un cabinet de Consultants

 Roland Berger Consultants (RBC), Cabinet très prestigieux  outre-Rhin, n’était pas bien connu en dehors de l’Allemagne. Maintenant, c’est fait et c’était probablement bien là le but ultime de ce plan élaboré, sans doute à la va-vite  mais avec beaucoup de brio,  pour « sauver » la Grèce et l’euro grâce à une idée lumineuse bien que peu originale : la vente massive d’actifs pour éponger au moins une partie de la dette. Une fois ceci fait, tout deviendrait si simple, vraiment si simple, enfin presque….

Pour bien faire comprendre l’idée, transposons la à la France qui, elle aussi, pourrait faire face à des problèmes comparables avec une dette qui vient d’atteindre 86% de son PIB. Dans le plan RBC, c’est très simple, il faudrait vendre tout ce qui pourrait  être vendu pour atteindre un niveau acceptable de dette qui deviendrait gérable. Donc, imaginons la mise en vente : D’abord, toutes les participations de sociétés cotées (le plus simple), puis SNCF, RFF (Réseau Ferré de France), CEA, les Ports dont Marseille, les Sociétés de Navigation, comme la SNCM, … et, pourquoi pas ?, les Musées (Pompidou, Louvre), …les Châteaux à visiter, …bref tout ce qui serait susceptible de générer des revenus à l’avenir et, donc, qui a une valeur capitalistique ( je ne sais si RBC suggère aussi de vendre les Œuvres d’Art qui, elles, ont une valeur d’usage instantanée et pourraient rapporter gros). Il est facile de se rendre compte immédiatement que, derrière cette liste à la Prévert, chaque actif présente des problèmes spécifiques : (1) il y a des « loss makers » chroniques dont les pertes ne disparaitront du jour au lendemain et qu’il faudra éponger pendant un temps plus ou moins long, (2) des gens qui  sont protégés par des myriades de statuts en « béton » et donc non « ajustables » sur demande, d’autres qui ont des anciennetés qu’il faudra indemniser et (3) des tas de problèmes juridiques à débrouiller…  La liste des actifs grecs à vendre n’est pas donnée par RBC, ni la méthode de calcul de la valeur des actifs et de tous les frais afférents, mais il est facile de présumer que tout ceci a été fait avec une « grosse louche », disons à 50% près ….. avec un objectif bien précis : que ce soit assez « cher » pour se rapprocher de l’objectif requis  de réduction de la dette et sans que cela signifie vendre toute la Grèce « utile » (pour les financiers, bien sûr).

 Passons maintenant à une analyse plus détaillée et plus centrée sur la Grèce en distinguant 5 points.

(1)   Le niveau de départ de la dette : RBC part du niveau actuel de 145% comme si la réalisation de cette vente à une « holding » européenne pouvait se faire demain. Comme nous le montrons en (2), c’est  hautement improbable et il vaut mieux prévoir 1 à 2 ans  minimum, soit un niveau du ratio  Dette/PIB plus proche de 150/160 ( voire plus) que de celui retenu. Bien sûr, en bon financier, il serait toujours possible d’imaginer un « bridge financing » mais vu l’incertitude sur le prix des actifs, cela reviendrait à mutualiser d’emblée la dette grecque au niveau européen contre la promesse d’un collatéral à la valeur bien aléatoire….

(2)    Le prix des actifs dans la transaction : Contrairement au schéma de la « Treuhand »[1], souvent cité, dans lequel  tous les actifs de l’ancienne Allemagne de l’Est avaient été apportés à une valeur nulle puisqu’ils n’appartenaient à personne, il s’agirait ici d’apporter des actifs à une holding détenue par un consortium d’Organismes européens pour un montant de 125 milliards d’euros. Il serait donc nécessaire d’évaluer les actifs et de  déterminer leur prix de transfert. Pour cela, il faudrait : (1) évaluer les postes du bilan (valeur à la casse) (2) évaluer les revenus potentiels de l’entreprise sur un horizon d’au moins  10 ans et toutes les économies, notamment de frais de fonctionnement (personnel en particulier) qu’il faudrait réaliser, (3) estimer toutes les charges de restructuration (indemnisation des employés licenciés par exemple) et régler les problèmes de prise en charge des droits à la retraite. …. Bref, faire un vrai « business plan » dont dépendra en définitif le   prix à payer pour chacun des actifs, sachant que le prix à payer sera : valeur estimée de l’actif- dettes reprises…. Une petite nuance dont il faut tenir compte car, on peut présumer que toutes ces entreprises croulent sous les dettes et que l’on trouvera très souvent, après redressement des  comptes, des valeurs nettes négatives.  JE PRETENDS QUE, MÊME EN ENGAGEANT TOUTES LES BANQUES D’INVESTISSEMENT DE LA   PLANÈTE, IL FAUDRAIT AU MOINS DEUX ANS POUR DÉBROUILLER TOUS LES PROBLÈMES ET TRACER DES PERSPECTIVES CLAIRES POUR CHACUN DES ACTIFS RETENUS.

(3)   A SUPPOSER CES PROBLÈMES RÉSOLUS, EST-CE QUE LE PROBLÈME DE LA DETTE SERAIT EN VOIE DE RÉSOLUTION ?  Certes des économies seraient réalisées sur le paiement des intérêts de la dette et sur les remboursements à effectuer, mais la dette resterait encore aux alentours de 100% (peut-être plus encore compte tenu de tous les nouveaux coûts extériorisés par le processu d’évaluation,  que le budget devrait prendre en charge, comme les régimes de retraite des entreprises publiques « vendus » par exemple) dans un contexte qui resterait très dépressif (voir point 4). Il est plus que probable que les taux d’intérêt sur la dette restante seraient supérieurs au taux de croissance de l’économie et que la dette se remettrait à croitre à nouveau sauf à dégager un excédent primaire significatif, ce qui accroitrait la pression déflationniste dans un contexte marqué par un taux de chômage extrêmement élevé (toute l’économie grecque serait en restructuration, avec dégraissages massifs)

(4)    LE TAUX DE CROISSANCE POSTULÉ APRÈS RESTRUCTURATION (+5% CONTRE -5%/-7% ACTUELLEMENT) EST COMPLÈTEMENT IRRÉALISTE : Il a été en fait calculé pour les besoins de la cause en postulant que (1) les fonds liés à la restructuration de l’appareil productif, qui s’ajouteraient aux fonds d’aide européens, joueraient un rôle de stimulus ; (2) les banques, débarrassées, au moins pour une part, des obligations publiques qu’elles détenaient, se remettraient à prêter, réamorçant ainsi la machine économique. En fait, réfléchissons un peu : (1) le problème de la non-compétitivité de la Grèce n’aurait pas été résolu ; (2) la politique budgétaire resterait globalement déflationniste avec  la poursuite des économies budgétaires et des tentatives de faire mieux rentrer des impôts augmentés ;  (3) les agents économiques, dans une économie en pleine restructuration, auraient plutôt tendance à se retrancher et à augmenter leur « bas le laine » ; (2) l’impact net des fonds de restructuration serait moins important qu’il n’est dit car ils seraient versés une fois (multiplicateur bien éphémère dans le contexte que nous venons de décrire), les fonds européens ayant, eux, un impact conjoncturel nul puisqu’ils existent déjà, (3) De plus, il faudrait que, très rapidement,  des dividendes prennent le chemin de la holding pour que celle-ci puisse rembourser les apporteurs des 125 milliards.

(5)   ….ET BIEN SÛR, TOUT CELA SANS COMPTER LES OBSTACLES SOCIAUX ET LES PROBLÈMES POLITIQUES :   les gens ne vont pas voir tout remis en cause, y compris leurs libertés politiques,  sans réagir dans une Grèce qui deviendrait une espèce de « colonie » d’un consortium européen, avec des « gauleiters » (comme l’actuelle « Troïka », la bien nommée) européens, à dominante allemande, venant « casser les reins » des syndicats grecs. Il faut ici laisser nos lecteurs à leur imagination……

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Au début de la crise, des journaux allemands avaient suggéré à la Grèce de vendre toutes ses îles à des investisseurs internationaux et cela avait fait jaser et …. frémir les grecs. Or, ce plan est un « remake » de la même idée, présenté de manière plus sophistiquée, avec tout le brio et la côté bonimenteur des grands professionnels du « Consulting » et Roland Berger Consulting fait partie de ceux-là. Qu’une telle idée ait pu être prise au sérieux et rapportée dans de grands journaux et dans d’autres grands media comme un possible remède miracle pour résoudre la crise européenne et écraser les « méchants spéculateurs »  montre la profondeur de la désespérance de certains milieux pro-européens mais aussi une  incompétence problématique.  Heureusement, Angela Merkel et Wolfgang Schaüble ne font pas partie de ceux-là et gardent « la tête sur leurs épaules » !

Christian Gomez


[1] Treuhand : organisme chargé au début des années 90  des opérations de restructuration et de privatisation des entreprises industrielles et commerciales d’Allemagne de l’Est.


Ni de droite, ni de gauche !

1 octobre 2011

Une page extraite du site anglais « positive money »
http://www.positivemoney.org.uk/2011/07/our-proposals-left-wing-or-right-wing/

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Proposals: Left-wing or Right-wing?

By

The kind of proposals that we’re advocating are neither left wing nor right wing. They get support from both sides of the political spectrum, sometimes for different reasons, and sometimes for the same reasons.

The proposal denies the commercial banks their power to create money. It is pure common-sense, and it should be welcomed by all. If you are a socialist on the left you should welcome the fairness and possibility of better public services, and if you are a capitalist business owner on the right you should welcome the easier access to cheap, affordable credit! If you believe in free markets then you should welcome the removal of subsidies for the huge corporations that we know as banks, and the removal of the distorting influence that this has. And everyone should welcome the ending of a situation where the interests of banks overrule the interests of democracy.

Those on the “right” and “left” alike ought to be equally as disgusted by the shocking waste of public money involved in borrowing our nation’s money supply from banks when it could be created debt-free. All we hear about these days is ‘cutting out the waste in public spending’. This proposal addresses the biggest, most fundamental source of wasted public money – including the £100bn in hidden subsidies given to the banking sector each year.

We are not against free market, not against lending or interest. We are against mixing the two activities of providing society with a medium of exchange, and intermediating money between savers and borrowers. We believe, that only if we give the free market a nationalised money supply, can it really work for the public benefit.

The proposed reform would bring the important advantage of separating control of how much money is in circulation from decisions on how the money is used. The way commercial banks now create money involves their controlling its use. In deciding whether to grant a loan they decide whether to invest in businesses, property bubbles or other forms of speculation. But, in a market economy which aspires to be free, open and efficient, decisions affecting the monetary order itself – including the amount of money in circulation – should not be part of the money-making process.

Our reform will not restrict the freedom of the banks to give and take loans against interest. Far from being a step on the road to any kind of inefficient, centrally planned economy, it will contribute to freer, more open and more efficient functioning of the market economy – for banks as for everyone else.

If after this reform a bank should fail, only the bank’s own money will be at stake. Customers’ money on current accounts will no longer be part of its balance sheet.

A debt-free money base, a less indebted government, a better balanced government budget, a lowered tax burden, a better moneyed civil society – all these will contribute to a higher level of net income and a larger capital base for both businesses and private households.

This will help to make them less dependent on subsidies and allowances and external capital, and better able to provide for themselves and one another.

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What we do want to achieve is to abolish fractional reserve banking – and this is something that many economists from the both sides of political spectrum in the past and today strongly criticized and strived to achieve.

In this post we would like to introduce the most well known, important and famous economists calling for the end of fractional reserve banking.

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Let’s start from the right – the Austrian school of economics, which is associated with libertarian political perspectives. They argue for an extremely limited role for government and the smallest possible amount of government intervention in the economy.

Ludwig von Mises was the first twentieth-century economist to propose the establishment of a banking system with a 100-percent reserve requirement on demand deposits.

Nobel Laureate Friedrich.A. Hayek also speaks of establishing a banking system based on a 100-percent reserve requirement.

Professor Murray N. Rothbard (in 1962) develops his proposal for a pure gold standard based on a free-banking system with a 100-percent reserve requirement. Rothbard compares the banker who operates with a fractional reserve with the criminal who commits the crime of misappropriation.

In Europe, the Frenchman Maurice Allais, who received the Nobel Prize for Economics in 1988, has championed the proposal of a banking system subject to a 100-percent reserve requirement.

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On the other side of political spectrum there is the old tradition established by some members of the Chicago School. While with different theoretical roots and with totally different objectives, they came to the same conclusion – the call for abolishment of fractional reserve banking.

(The Austrian theorists see the 100-percent reserve requirement as an imperative which is vital for the correct functioning of a market economy. Economists of Chicago school proposed a 100-percent reserve requirement to make government monetary policy more effective and predictable – to assist governments in administering a stable monetary policy by preventing the elastic, distorting credit expansion which all fractional reserve banking systems generate from nothing.)

They suggested monetary reforms, including a call to end the fractional reserve banking and impose 100% reserves on demand deposits in memorandum that came to be known as the « Chicago plan ». The Chicago plan was a proposal to radically change the structure of the financial system.

Supporters of the plan were: F. H. Knight, L. W. Mints, Henry Schultz, H. C. Simons, G. V. Cox, Aaron Director, Paul Douglas, and A. G. Hart.

The memorandum generated much interest and discussion among lawmakers but the suggested reforms were set aside and replaced by watered down alternative measures.

When after an apparent recovery in the mid-1930s, America was again in recession in 1939 economists circulated a draft proposal titled  “A Program for Monetary Reform” calling once more for an end to fractional-reserve banking. It resurrected proposals for banking and monetary reform from the Chicago plan.

The program was sent to the most complete list of academic economists available at the time. General approval of the program was expressed by 235 economists from 157 universities and colleges; another 40 economists approved of it with some reservations; only 43 economists expressed disapproval.

A Program for Monetary Reform was coauthored by six notable economists: Paul H. Douglas, Frank D. Graham, Earl J. Hamilton, Willford I. King, Charles R. Whittlesey and  Irving Fisher (a celebrated American economist and professor of economics who is best known for his work on the quantity theory of money. Fisher was a true celebrity and one of the major influences on Milton Friedman’s monetarism. Friedman called Fisher « the greatest economist the United States has ever produced)

There is one more outstanding economist who has backed monetary reform. It is our Nobel Prize winner Milton Friedman, is known now as one of the most influential economists of the 20th century. He wrote a book in 1960 called, A Program For Monetary Stability. On page 65 he stated that he was in favor of what Henry Simons and Lloyd Mints were advocating, that is, 100% reserve. In other words, he advocated that governments, rather than private banks, issue the money supply. Dr. Friedman also praised american Monetary Reform Act  (http://www.themoneymasters.com/monetary-reform-act/) – which is similar to the proposal of Positive Money.

In more recent years there is an increasing number of economists who are advocating a sound and stable monetary system based on 100% reserves: Laurence Kotlikoff, Josef Huber, James Robertson, James Tobin ( who received the Nobel Prize for Economics in 1981, has proposed a “deposit currency” system which incorporates many aspects of the Chicago Plan for a 100-percent reserve requirement.), John Kay, Jesus Huerta de Soto etc.

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Jesus Huerta de Soto is today’s leading Austrian school economist, who in his book “Money, Bank Credit and Economic Cycles” published a proposal of a reform of banking system. He suggests a transition from the most controlled systems (those with central planning in the banking and financial sector) to the least controlled ones (those in which the central bank has been abolished and complete freedom prevails) which consists of 5 stages.

What is really interesting and what could be seen as a connecting link between “right” and “left” is the third stage of the transition, in which

“the central bank would remain independent, and a radical step would be taken in the reform: a 100-percent reserve requirement would be established for private banks. This step would necessitate certain legislative modifications to the commercial and penal codes. These changes would allow us to eradicate most of the current administrative legislation issued by central bankers to control deposit and credit institutions. The sole, remaining function of the central bank would be to guarantee that the monetary supply grows at a rate equal to or slightly lower than the increase in productivity in the economic system.”

This stage is actually very similar to Positive Money’s proposal of reform.

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Finally, we want to conclude our list with such very important persons of financial world as:

Mervyn King, the governor of the Bank of England, who said in 2010…
« Another avenue of reform is some form of functional separation. The Volcker Rule is one example. Another, more fundamental, example would be to divorce the payment system from risky lending activity – that is to prevent fractional reserve banking

and

Herman Daly, former Senior Economist at the World Bank, who strongly endorses full reserve banking:

“I think we can really do a whole lot for our economy if we would just move away from fractional reserve banking and go back in the direction of 100% reserve requirement.”

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Reform of the monetary and banking system is not about being on left or right side. It is about fixing what is fundamentally wrong.

Our proposal is not about giving government more or less power. It is rather about taking this “magic box of money creation” from the hands of both – private banks and governments – and putting it on a transparent place in the centre of the society, so that everybody knows where it is and how exactly it is being used and nobody can abuse it