Les effets destructeurs de la Mondialisation

« Le véritable fondement du protectionnisme, sa justification essentielle et sa nécessité, c’est la protection nécessaire contre les désordres et les difficultés de toutes sortes engendrées par l’absence de toute régulation réelle à l’échelle mondiale. »

Par Maurice Allais, Prix Nobel d’économie

Extrait d’une lettre ouverte adressée à Monsieur Jacques Myard, Député des Yvelines, 2005

L’Europe a favorisé l’émergence d’une mondialisation sans barrière. N’a-telle pas aussi concouru à l’accroissement de ses difficultés économiques ?

Les effets de la Mondialisation

En fait, à partir de 1974 on constate pour la France une croissance massive du chômage, une réduction drastique des effectifs de l’industrie et une réduction très marquée de la croissance.

Le taux de chômage au sens du BIT

De 1950 à 1974, pendant vingt-quatre ans le taux de chômage au sens du BIT est resté constamment inférieur à 3 %. De 1975 à 2005, pendant les trente années suivantes, il s’est progressivement élevé pour attendre 12,5 % en 1997 et 10 % en 2005.

Emplois dans l’industrie

Alors que de 1955 à 1974 les effectifs dans l’industrie s’étaient accrus d’environ 50.000 par an, ils ont décru de 1974 à 2005 d’environ 50.000 par an. Les effectifs de l’industrie ont atteint leur maximum d’environ 6 millions en 1974.

Produit intérieur brut réel par habitant

De 1950 à 1974 le taux de croissance moyen du PIB réel par habitant a été de 4 %. De 1974 à 2000 le taux moyen de croissance a été de 1,6 % avec une baisse de 2,4 % , soit une diminution de 60 %.

1950-1974 et 1974-2005. Deux contextes très différents

En fait, une seule cause peut et doit être considérée comme le facteur majeur et déterminant des différences constatées entre les deux périodes 1950-1974 et 1974- 2005 : la politique à partir de 1974 de libéralisation mondialiste des échanges extérieurs du GATT et de l’Organisation de Bruxelles et de la libéralisation des mouvements de capitaux dont les effets ont été aggravés par la dislocation du système monétaire international et l’instauration généralisée du système des taux de change flottants.

Incontestablement l’évolution très différente de l’économie française à partir de 1974 résulte de la disparition progressive de toute protection du Marché Communautaire Européen, de l’instauration continue d’un libre-échange mondialiste, de la délocalisation des activités industrielles, et de la délocalisation des investissements financiers [1] .

En tout cas, au regard de l’accroissement massif du chômage, de la très forte diminution des emplois dans l’industrie, et de la baisse considérable du taux d’accroissement du produit national brut réel par habitant à partir de 1974, il est tout à fait impossible de soutenir que la politique de libre-échange mondialiste mise en oeuvre par l’Organisation de Bruxelles a favorisé la croissance et développé l’emploi.

En fait, ce que l’on a constaté, c’est que la politique de libre-échange mondialiste poursuivie par l’Organisation de Bruxelles a entraîné à partir de 1974 la destruction des emplois, la destruction de l’industrie, la destruction de l’agriculture, et la destruction de la croissance [2].

Si la politique libre échangiste de l’Organisation de Bruxelles n’avait pas été appliquée, le PIB réel par habitant en France serait aujourd’hui d’au moins 30 % plus élevé qu’il ne l’est actuellement, et il serait certainement au moins égal au PIB réel par habitant aux Etats-Unis 4. Qui ne voit que les difficultés majeures auxquelles nous sommes confrontés aujourd’hui résultent pour l’essentiel de la diminution considérable du produit intérieur brut réel qu’a entraînée pour nous la politique libre échangiste de l’Organisation de Bruxelles.

La politique mondialiste de l’OMC et de l’Organisation de Bruxelles

Toute cette analyse montre que la libéralisation totale des mouvements de biens, de services et de capitaux à l’échelle mondiale, objectif affirmé de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) à la suite du GATT, doit être considérée à la fois comme irréalisable, comme nuisible, et comme non souhaitable.

Elle n’est possible, elle n’est avantageuse, elle n’est souhaitable que dans le cadre d’ensembles régionaux économiquement et politiquement associés, groupant des pays de développement économique comparable, chaque Association régionale se protégeant raisonnablement vis-à-vis des autres.

En fait, une analyse correcte de la théorie du commerce international ne conduit en aucune façon à la conclusion que l’application à l’échelle mondiale d’une politique généralisée de libre-échange pourrait correspondre à l’intérêt réel de chaque pays, que ce soient les pays développés de l’Europe occidentale et de l’Amérique du Nord ou le Japon, ou que ce soient les pays en voie de développement de l’Europe de l’Est, de l’ex-URSS, de l’Afrique, de l’Amérique Latine, ou de l’Asie.

Je ne saurais trop l’affirmer : la théorie naïve et indûment simplificatrice du commerce international que nous brandissent les thuriféraires de la libéralisation mondiale des échanges est totalement erronée. Il n’y a là que postulats sans fondements.

En réalité, ceux qui, à Bruxelles et ailleurs, au nom des prétendues nécessités d’un prétendu progrès, au nom d’un libéralisme mal compris, et au nom de l’Europe, veulent ouvrir l’Union Européenne à tous les vents d’une économie mondialiste dépourvue de tout cadre institutionnel réellement approprié et dominée par la loi de la jungle, et la laisser désarmée sans aucune protection raisonnable ; ceux qui, par là même, sont d’ores et déjà personnellement et directement responsables d’innombrables misères et de la perte de leur emploi par des millions de chômeurs, ne sont en réalité que les défenseurs d’une idéologie abusivement simplificatrice et destructrice, les hérauts d’une gigantesque mystification.

L’hostilité dominante contre toute forme de protectionnisme

L’hostilité dominante d’aujourd’hui contre toute forme de protectionnisme se fonde depuis soixante ans sur une interprétation erronée des causes fondamentales de la Grande Dépression.

En fait, la Grande Dépression de 1929-1934, qui à partir des Etats-Unis s’est étendue au monde entier, a eu une origine purement monétaire et elle a résulté de la structure et des excès du mécanisme du crédit. Le protectionnisme en chaîne des années trente n’a été qu’une conséquence et non une cause de la Grande Dépression. Il n’a constitué partout que des tentatives des économies nationales pour se protéger des conséquences déstabilisatrices de la Grande Dépression d’origine monétaire.

- Les adversaires obstinés de tout protectionnisme, quel qu’il soit, commettent une seconde erreur : ne pas voir qu’une économie de marchés ne peut fonctionner correctement que dans un cadre institutionnel et politique qui en assure la stabilité et la régulation.

- Comme l’économie mondiale est actuellement dépourvue de tout système réel de régulation et qu’elle se développe dans un cadre anarchique, l’ouverture mondialiste à tous vents des économies nationales ou des associations régionales est non seulement dépourvue de toute justification réelle, mais elle ne peut que les conduire à des difficultés majeures.

Le véritable fondement du protectionnisme, sa justification essentielle et sa nécessité, c’est la protection nécessaire contre les désordres et les difficultés de toutes sortes engendrées par l’absence de toute régulation réelle à l’échelle mondiale.

Il est tout à fait inexact de soutenir qu’une régulation appropriée puisse être réalisée par le fonctionnement des marchés tel qu’il se constate actuellement.

Si on considère, par exemple, le cas de l’agriculture communautaire européenne, l’alignement de ses prix sur des prix mondiaux qui peuvent rapidement varier de un à deux en raison d’une situation toujours instable n ’a aucune justification.

La doctrine laissez-fairiste mondialiste

Depuis deux décennies une nouvelle doctrine s’est peu à peu imposée, la doctrine du libre-échange mondialiste impliquant la disparition de tout obstacle aux libres mouvements des marchandises, des services et des capitaux.

Cette doctrine a été littéralement imposée aux gouvernements américains successifs, puis au monde entier, par les multinationales américaines, et à leur suite par les multinationales dans toutes les parties du monde, qui en fait détiennent partout en raison de leur considérable pouvoir financier et par personnes interposées la plus grande partie du pouvoir politique.

La mondialisation, on ne saurait trop le souligner, ne profite qu’aux multinationales. Elles en tirent d’énormes profits.

Le nouveau Credo

Suivant cette doctrine la disparition de tous les obstacles aux changements est une condition à la fois nécessaire et suffisante d’une allocation optimale des ressources à l’échelle mondiale. Tous les pays et dans chaque pays tous les groupes sociaux doivent voir leur situation améliorée.

Les partisans de cette doctrine sont devenus aussi dogmatiques que les partisans du communisme avant son effondrement avec la chute du mur de Berlin en 1989. Pour eux la mise en oeuvre d’un libre-échange mondial des biens, des services, et des capitaux s’impose à tous les pays et si des difficultés se présentent dans sa mise en oeuvre elles ne peuvent être que temporaires et transitoires.

En réalité, les affirmations de la nouvelle doctrine n’ont cessé d’être infirmées aussi bien par l’analyse économique que par les données de l’observation. En fait, une mondialisation généralisée n’est ni inévitable, ni nécessaire, ni souhaitable.

Quatre conclusions fondamentales

De l’analyse des faits constatés résultent quatre conclusions tout à fait fondamentales :

- Une mondialisation généralisée des échanges entre des pays caractérisés par des niveaux de salaires très différents aux cours des changes ne peut qu ’entraîner finalement partout dans les pays développés : chômage, réduction de la croissance, inégalités, misères de toutes sortes. Elle n’est ni inévitable, ni nécessaire, ni souhaitable.

- Une libéralisation totale des échanges et des mouvements de capitaux n’est possible, et elle n’est souhaitable que dans le cadre d’ensembles régionaux groupant des pays économiquement et politiquement associés et de développement économique et social comparable.

- Il est nécessaire de réviser sans délai les Traités fondateurs de l’Union Européenne, tout particulièrement quant à l’instauration indispensable d’une préférence communautaire.

- Il faut de toute nécessité remettre en cause et repenser les principes des politiques mondialistes mises en oeuvre par les institutions internationales, tout particulièrement par l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

L’aveuglement de nos dirigeants politiques

Au regard de l’ensemble de l’évolution constatée de 1974 à 2004, soit pendant trente ans, on peut affirmer aujourd’hui que cette évolution se poursuivra si la politique de libre-échange mondialiste de l’Organisation de Bruxelles est maintenue.

En fait, toutes les difficultés pratiquement insurmontables dans lesquelles nous nous débattons aujourd’hui résultent de la réduction d’au moins 30 % du Produit national brut réel par habitant d’aujourd’hui. La prospérité de quelques groupes très minoritaires ne doit pas nous masquer une évolution qui ne cesse de nous mener au désastre.

L’aveuglement de nos dirigeants politiques, de droite et de gauche, depuis 1974 est entièrement responsable de la situation dramatique où nous nous trouvons aujourd’hui. Comme le soulignait autrefois Jacques Rueff : « Ce qui doit arriver arrive. »

Toute l’évolution qui s’est constatée depuis 1974 résulte de l’application inconsidérée et aveugle de l’Article 110 du Traité de Rome du 25 mars 1957 constamment repris dans tous les traités ultérieurs :

Article 110

« En établissant une union douanière entre eux les Etats membres entendent contribuer conformément à l’intérêt commun au développement harmonieux du commerce mondial, à la suppression progressive des restrictions aux échanges internationaux et à la réduction des barrières douanières. »

En fait, pour être justifié l’Article 110 du Traité de Rome devrait être remplacé par l’article suivant :

« Pour préserver le développement harmonieux du commerce mondial une protection communautaire raisonnable doit être assurée à l’encontre des importations des pays tiers dont les niveaux des salaires au cours des changes s’établissent à des niveaux incompatibles avec une suppression de toute protection douanière. »

Ce texte est extrait de :

L’EUROPE EN CRISE QUE FAIRE ? Réponses à quelques questions

dont nous reproduisons ci-dessous le sommaire :

I.- La création de l’Euro est-elle justifiée ?
II.- L’Organisation politique de l’Europe
III.- Les effets destructeurs de la Mondialisation
IV.- La nécessaire Préférence Communautaire
V.- De profondes réformes


Publication originale du site d’Étienne Chouard


[1] Voir Allais, 1999, La Mondialisation. La Destruction des Emplois et de la Croissance. L’Evidence Empirique, p. 142-146 et 451-455.

[2] Voir Maurice Allais 1999, La Destruction des Emplois et de la Croissance. L’Evidence Empirique

7 commentaires pour Les effets destructeurs de la Mondialisation

  1. A-J Holbecq dit :

    Étienne Chouard nous informe:

    La disposition dont Maurice Allais propose la modification est devenue l’article 206 dans le traité de Lisbonne :

    TITRE II LA POLITIQUE COMMERCIALE COMMUNE

    Article 206

    Par l’établissement d’une union douanière conformément aux articles 28 à 32, l’Union contribue, dans l’intérêt commun, au développement harmonieux du commerce mondial, à la suppression progressive des restrictions aux échanges internationaux et aux investissements étrangers directs, ainsi qu’à la réduction des barrières douanières et autres.

    Source :
    http://bookshop.europa.eu/eubookshop/bookmarks.action?target=EUB:NOTICE:FXAC08115:EN:HTML&request_locale=FR
    Versions consolidées du traité sur l’Union européenne et du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne
    et notamment :
    http://bookshop.europa.eu/eubookshop/download.action?fileName=FXAC08115FRC_002.pdf&eubphfUid=10774990&catalogNbr=FX-AC-08-115-FR-C%5DFrançais (fr): Part_ 1 ( 1.31MB )

  2. Sebaneau dit :

    Les démonstrations du libre-échange sont aussi vraies que deux et deux font quatre, parce que ce sont, en tant que raisonnements comptables, de simples conséquences du fait que deux et deux font quatre : aucune statistique ne pourra jamais les réfuter, parce que les statistiques elles-même reposent sur les mêmes lois de l’arithmétique.

    […]
    Et l’erreur principale que lui (Allais) inspire ce défaut de sa formation est son matérialisme méthodologique : incapable de tirer les conséquences formelles du fait que c’est la pensée de l’homme qui inspire son action, il voudrait appliquer la méthode expérimentale à des questions dont même des pseudo-expérimentalistes aussi convaincus que Milton Friedman reconnaissent qu’elles n’en relèvent pas.

    D’où cette prétention absurde à « réfuter statistiquement » les théories du libre-échange.

    Plus précisément, ce préjugé pseudo-expérimentaliste le conduit en outre à considérer comme « plus scientifique », parce que plus « testable par l’expérience », un examen théorique du libre-échange qui mêlerait de façon « réaliste » des considérations d’incertitude à l’examen comparatif des institutions.
    Et cette première erreur lui a donné deux occasions supplémentaires de se tromper :

    — la première occasion tient à ce que la question du libre-échange est de nature purement institutionnelle, catégoriquement distincte de celle de l’incertitude, qui ne lui est pas spécifiquement liée et en fait n’a rien à voir avec elle.
    C’est pour cela — parce qu’ils comprennent la nature du problème et non pour le « simplifier », que les théoriciens correctement formés raisonnent en « statique comparative » sur le libre-échange, et de ce fait leurs conclusions en la matière ne sont pas approximatives, mais absolues toutes choses égales par ailleurs. Par ailleurs, rappelons-le, elles ne sont pas non plus « contingentes », mais universelles et certaines, ce qui réfute d’avance toute prétention à les « vérifier » statistiquement.

    — La deuxième occasion tient à ce que Maurice Allais, mathématicien non formé à l’économie, sans expérience financière aucune, ne sait pas raisonner sur l’information, et par conséquent sur l’incertitude en économie. […]

    Il ne cesse en effet de raisonner à partir de représentations mécanistes de l’économie qui sont incapables de prendre en compte les prévisions et les projets des gens, ainsi que le rôle du Droit dans la solution de leurs problèmes.
    Il avait d’ailleurs refusé de signer le communiqué commun à l’issue de la première réunion de la Société du Mont-Pèlerin en avril 1947, parce que celle-ci y défendait le Droit de propriété
    (et pour des raisons théoriques qui témoignent d’une incapacité assez radicale à saisir la réalité de l’action humaine).

    C’est pour ces deux raisons majeures que Maurice Allais :

    — attribue faussement au libre-échange des pertes éventuellement observables à la suite d’une ouverture des frontières qui ne peuvent en réalité être dues qu’à l’incertitude — en l’occurrence une incertitude politique, que l’on doit en dernière analyse au fait que l’état… avait auparavant interdit les échanges qui sont désormais autorisés.

    L’incertitude est la seule cause possible de ces pertes, parce que si on pouvait prévoir à l’avance tous les changements, on prendrait toujours ses dispositions à l’avance de manière à n’en subir aucune. L’existence de ces pertes, comme de toute perte d’ailleurs, dépend donc exclusivement de l’ampleur des erreurs de prévision commises dans le passé.

    Il faut noter que Maurice Allais, habitué comme tous les « économistes » mathématiciens à des « modèles » qui font par hypothèse abstraction de l’incertitude, où il ne peut donc pas y avoir de pertes ni de profits, aurait pu, s’il avait seulement compris ces modèles, en déduire que les unes comme les autres, lorsqu’on les observe, ne peuvent s’expliquer que par elle.

    Mais […] il

    — prête faussement au protectionnisme une capacité à atténuer ces pertes, alors que ce n’est qu’un procédé de redistribution politique, qui ne peut atténuer la charge du risque pour les uns qu’en forçant les autres à le subir à leur place — de sorte qu’il aggrave le problème global de l’incertitude […].

    […]

    Il faut rappeler que Maurice Allais n’a absolument aucun diplôme en Science économique, ni a fortiori en Science politique ni en Droit. S’il s’est trouvé autorisé à enseigner la Science économique dans un établissement d’enseignement supérieur, à savoir l’École Nationale des Mines de Paris, c’est à la suite d’une exceptionnelle conjonction […]

  3. C. Gomez dit :

    Franchement, dire qu’un prix Nobel d’Economie et Médaille d’Or du CNRS est nul en économie parce qu’il n’a pas eu de Diplôme d’Economie délivrée par une Université quelconque, relève de la bouffonnerie intellectuelle la plus totale. Et tout est à l’avenant dans ce post dont la prétention et l’arrogance n’ont d’égales que le flou des leçons mal apprises et de l’ignorance la plus crasse. Je n’aime pas écrire de la sorte, mais une telle outrecuidance dépasse l’entendement.

    Bien sûr, aucun auteur ne doit être accepté sans esprit critique. Allais comme les autres…. Et la grandeur d’Allais est bien de ne pas se cantonner dans le verbe mais, toujours, de fournir des observations et des justifications empiriques qu’il est par là m^me possible de réfuter. Tout le reste n’est que littérature, au sens le plus vulgaire du terme….

    Personnellement, j’ai des critiques à apporter aux thèses d’Allais. je pense qu’il est totalement erroné d’attribuer la cassure de la croissance en 1974 aux conséquences du libre-échangisme échevelé et d’estimer le coût de ce dernier par le gap entre le GDP extrapolé (1950-1970) et le GDP observé. Il y a des explications alternatives à ce phénomène et la véritable mondialisation débute en fait à l’orée des années 90 avec l’entrée réelle de la Chine dans le concert mondial (voir les parts de marché dans le commerce mondial de la Chine qui commence à véritablement décoller à partir de 1992-1995). Ceci dit, je souscrit à la plupart des critiques qu’il apporte aux politiques mises en oeuvre dans nos pays depuis cette période.

    Notre « contradicteur » n’a pas réellement assimilé les théories du commerce international et il juge de tout avec la naïveté du néophyte. Que le libre-échangisme puisse accroitre le PNB mondial par amélioration de la productivité est une idée que l’on peut admettre. Mais, le problème pour nous tous, c’est de savoir comment le gain de l’échange est distribué entre les parties contractantes et quelles sont les conséquences sur la répartition des revenus.

    Même sous les hypothèses très restreintes et contraignantes du modèle ricardien (immobilité des facteurs capital et travail), le problème se posait déjà:
    – sur les gains de l’échange , voir les travaux de Stuart Mill (cela ne nous rajeunit pas….)et les conséquences en matière de politique économqiue qu’en tirait un Friedrich List par exemple;
    – sur la répartition des revenus, voir Ecksher-Ohlin et, pour l’après-guerre, les travaux de Stopler-samuelson….

    Dans un monde où les facteurs travail et capital sont mobiles, les conséquences d’un libre-échange généralisé peuvent être encore plus dommageables pour certains pays qui peuvent perdre à l’échange ( voir un des derniers articles du vieux Samuelson sortant de sa retraite à plus de 90 ans pour crier « casse cou »).

    Si vous ajoutez à cela l’absence d’un système monétaire international régulateur, le commerce international peut s’assimiler à une foire d’empoigne , ce qu’il est en fait.

    Allais a toujours été partisan du libre-échange entre des pays à structures comparables. Dans la nouvelle mondialisation, avec l’émergence de pays à très faibles coûts salariaux ET A CAPACITES TECHNOLOGIQUES, le commerce international peut conduire à sacrifier des générations de travailleurs dans nos pays développés sur l’autel de la « liberté des échanges », jusqu’à mettre en péril tous les équilibres sociaux. C’EST INACCEPTABLE. Ce qui ne veut pas dire qu’il faille s’enfermer dans un bunker, mais signifie qu’il faut gérer la transition.Allais ne dit que cela.

    En 1957, lors de la signature des Accords de Rome, il avait été prévu un délai de 18 ans pour l’ajustement des barrières douanières entre pays comparables. Dans cette période de « mondialisation », la volonté des milieux économiques,financiers et politiques a été de réaliser la liberté des échanges « overnight » pour pouvoir taper dans le réservoir des travailleurs chinois. On en voit les conséquences…..

    Cher Sébaneau, pour paraphraser une phrase célèbre, je dirais qu’un peu de science donne l’impression que l’on va « avaler » le monde et que l’on sait tout, mais que beaucoup de science amène à plus de modestie car les problèmes se « complexifient » au fur et à mesure qu’on les approfondit.

    Je ne parlerai pas des approches en économie: Méthode « autrichienne » contre « empirisme méthodologique ». D’abord, parce que je n’ai pas le temps. Ensuite, parce que je ne pense pas que vous puissiez réellement avoir une contribution positive, ne connaissant ni l’un, ni l’autre….

    Une chose très positive: vous semblez motivé. Aussi, continuez votre apprentissage et ouvrez vous à la diversité des recherches sans vous enfermer dans le dogmatisme le plus étroit. Je suis moi-m^me un admirateur de l’Ecole Autrichienne, mais je m’efforce de rester « ouvert ».

    Je m’excuse si j’ai eu des mots un peu durs, Mais, avec l’expérience de l’âge, j’ai pensé qu’il était de mon devoir de vous secouer.

    Très cordialement

  4. A-J Holbecq dit :

    Merci Christian pour cette nouvelle intervention.

    Pour ma part je suis plus proche des motifs invoqués par Allais sur les causes du décrochage de 1974 que tu ne sembles l’être, mais je voudrais y ajouter un élément supplémentaire: c’est l’interdiction faite à la Banque de France de monétiser les besoins de financement du Trésor Public, dont les effets sur les déficits publics (paiement des intérêts) ont justement commencé dès 1974.

    En fait, je pense qu’on s’est tout pris en même temps dans ces années là: ouverture des frontières, article 25 de la loi du 3 janvier 1973 et choc pétrolier.

  5. La démonstration du caractère nécessairement absurde du protectionnisme, indépendamment de toute prétendue « vérification » empirique, est ce que le mathématicien Stanislas Ulam avait contraint même Milton Friedman à reconnaître lors d’un échange de lettres tellement connu qu’il avait été publié en français dans « Commentaire ».

    Sa démonstration la plus simple, et celle qui se prête le moins à une dénaturation par l’incompréhension des pseudo-expérimentalistes, est aussi vraie que deux et deux font quatre parce que c’est le produit d’un raisonnement comptable, une conséquence directe du fait que deux et deux font quatre.
    La loi des avantages relatifs, quoique elle-même tout aussi universellement vraie et irréfutable, n’est pour sa part qu’une substitut à la compréhension des gens incapables de ce raisonnement simple, une béquille pour matérialistes incapables…

    — de reconnaître comme un fait scientifique que c’est par nécessité que l’échange volontaire, qui se fait par définition entre individus et jamais entre « pays », est productif pour l’un comme pour l’autre,

    — d’admettre que l’idée de « mesurer » leurs gains à cet échange ou de les « comparer » n’a strictement aucun sens,

    — de distinguer correctement les effets de l’incertitude de ceux des contraintes supposés connues au départ, et

    — de reconnaître que le seul raisonnement normatif possible, en économie comme ailleurs, appartient à la philosophie.

    [Fin du message modéré… pas d’attaques personnelles, merci]

  6. christian GOMEZ dit :

    Apparemment, il y a eu des attaques personnelles…..

    Je crois que le message de Mr Jappi parle de lui-même: il est totalement incompétent sur la matière dont il parle de manière si péremptoire.

    Je n’ai rien à ajouter à mon article paru dans « Le Temps  » en 2005 et qui est en libre accés sur ce site. Il y apprendra sans doute quelques petites choses sur Ricardo….

    Je n’ai vraiment pas envie de m’attarder sur ce tissu d’inepties.

    Bonne soirée

    CG

  7. JJS dit :

    Les partisans du libre-échange intégral (ultra-libéralisme), sont bien mal placé pour donner des leçons car les faits et les chiffres prouvent qu’ils ont tort… Il suffit de constater l’état dans lequel se trouve le secteur industriel en France.

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