Réponses à quelques questions pour une autre Europe

Ci dessous, quelques passages d’une lettre ouverte adressée par Maurice Allais, économiste libéral, à Monsieur Jacques MYARD, Député des Yvelines

Maurice Allais et les Éditions Clément Juglar l’ont ensuite développée sous forme d’un livre publié en décembre 2005, L’EUROPE EN CRISE, QUE FAIRE ?, dont 42 pages sont téléchargeables ici

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« (…) la libéralisation totale des mouvements de biens, de services et de capitaux à l’échelle mondiale, objectif affirmé de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) à la suite du GATT, doit être considérée à la fois comme irréalisable, comme nuisible, et comme non souhaitable. Elle n’est possible, elle n’est avantageuse, elle n’est souhaitable que dans le cadre d’ensembles régionaux économiquement et politiquement associés, groupant des pays de développement économique comparable, chaque Association régionale se protégeant raisonnablement vis-à-vis des autres. »

« Je ne saurais trop l’affirmer : la théorie naïve et indûment simplificatrice du commerce international que nous brandissent les thuriféraires de la libéralisation mondiale des échanges est totalement erronée. Il n’y a là que postulats sans fondements.

En réalité, ceux qui, à Bruxelles et ailleurs, au nom des prétendues nécessités d’un prétendu progrès, au nom d’un libéralisme mal compris, et au nom de l’Europe, veulent ouvrir l’Union Européenne à tous les vents d’une économie mondialiste dépourvue de tout cadre institutionnel réellement approprié et dominée par la loi de la jungle, et la laisser désarmée sans aucune protection raisonnable ; ceux qui, par là même, sont d’ores et déjà personnellement et directement responsables d’innombrables misères et de la perte de leur emploi par des millions de chômeurs, ne sont en réalité que les défenseurs d’une idéologie abusivement simplificatrice et destructrice, les hérauts d’une gigantesque mystification.« 

« Les adversaires obstinés de tout protectionnisme, quel qu’il soit, commettent une seconde erreur : ne pas voir qu’une économie de marchés ne peut fonctionner correctement que dans un cadre institutionnel et politique qui en assure la stabilité et la régulation.
(…)
Le véritable fondement du protectionnisme, sa justification essentielle et sa nécessité, c’est la protection nécessaire contre les désordres et les difficultés de toutes sortes engendrées par l’absence de toute régulation réelle à l’échelle mondiale.
Il est tout à fait inexact de soutenir qu’une régulation appropriée puisse être réalisée par le fonctionnement des marchés tel qu’il se constate actuellement. »

« Depuis deux décennies une nouvelle doctrine s’est peu à peu imposée, la doctrine du libre-échange mondialiste impliquant la disparition de tout obstacle aux libres mouvements des marchandises, des services et des capitaux.
Cette doctrine a été littéralement imposée aux gouvernements américains successifs, puis au monde entier, par les multinationales américaines, et à leur suite par les multinationales dans toutes les parties du monde, qui en fait détiennent partout en raison de leur considérable pouvoir financier et par personnes interposées la plus grande partie du pouvoir politique.

La mondialisation, on ne saurait trop le souligner, ne profite qu’aux multinationales. Elles en tirent d’énormes profits. »
(…)
Suivant cette doctrine la disparition de tous les obstacles aux changements est une condition à la fois nécessaire et suffisante d’une allocation optimale des ressources à l’échelle mondiale. Tous les pays et dans chaque pays tous les groupes sociaux doivent voir leur situation améliorée.

Les partisans de cette doctrine sont devenus aussi dogmatiques que les partisans du communisme avant son effondrement avec la chute du mur de Berlin en 1989.
Pour eux la mise en oeuvre d’un libre-échange mondial des biens, des services, et des capitaux s’impose à tous les pays et si des difficultés se présentent dans sa mise en œuvre elles ne peuvent être que temporaires et transitoires.

En réalité, les affirmations de la nouvelle doctrine n’ont cessé d’être infirmées aussi bien par l’analyse économique que par les données de l’observation.

« Il est nécessaire de réviser sans délai les Traités fondateurs de l’Union Européenne, tout particulièrement quant à l’instauration indispensable d’une préférence communautaire.

Il faut de toute nécessité remettre en cause et repenser les principes des politiques mondialistes mises en oeuvre par les institutions internationales, tout particulièrement par l’Organisation mondiale du commerce (OMC). »
« (…) pour l’essentiel, la dégradation progressive et profonde de la situation française depuis 1974 s’explique par la domination et la répétition incessante de « vérités établies », de tabous indiscutés, de préjugés erronés, admis sans discussion, dont les effets pervers se sont multipliés et renforcés au cours des années.

Cette domination se traduit par un incessant matraquage de l’opinion par certains médias financés par de puissants lobbies plus ou moins occultes. Il est pratiquement interdit de mettre en question la mondialisation des échanges comme cause du chômage. Personne ne veut, ou ne peut, reconnaître cette évidence : si toutes les politiques mises en oeuvre depuis trente ans ont échoué, c’est que l’on a constamment refusé de s’attaquer à la racine du mal, la libéralisation mondiale excessive des échanges.
(…)
En fait, cette évolution s’est accompagnée du développement d’un capitalisme sauvage et malsain.

Au nom d’un pseudo-libéralisme, et par la multiplication des déréglementations, s’est installée peu à peu une espèce de chienlit mondialiste laissez-fairiste. Mais c’est là oublier que l’économie de marchés n’est qu’un instrument et qu’elle ne saurait être dissociée de son contexte institutionnel et politique. Il ne saurait être d’économie de marchés efficace si elle ne prend pas place dans un cadre institutionnel et politique approprié, et une société libérale n’est pas et ne saurait être une société anarchique.

La mondialisation de l’économie est certainement très profitable pour quelques groupes de privilégiés. Mais les intérêts de ces groupes ne sauraient s’identifier avec ceux de l’humanité tout entière.

Une mondialisation précipitée et anarchique ne peut qu’engendrer partout instabilité, chômage, injustices, désordres, et misères de toutes sortes, et elle ne peut que se révéler finalement désavantageuse pour tous les peuples.
Une seule explication réelle de cette situation, l’ignorance ; une ignorance profonde des principes dont l’application pourrait permettre la réalisation d’une société de progrès, efficace et humaniste. »

Le libéralisme ne saurait se réduire au laissez-faire économique ; c’est avant tout une doctrine politique, destinée à assurer les conditions pour vivre ensemble des ressortissants d’une collectivité donnée, et le libéralisme économique n’est qu’un moyen permettant à cette doctrine politique de s’appliquer efficacement dans le domaine économique.

La confusion actuelle du libéralisme et du laissez-fairisme constitue une des plus grandes erreurs de notre temps. Une société libérale et humaniste ne saurait s’identifier à une société laxiste, laissez-fairiste, pervertie, manipulée, ou aveugle. »

En fait, le rétablissement de la Préférence Communautaire qui constitue la condition majeure de toute politique efficace du rétablissement de la croissance et de l’emploi, suppose une très forte volonté politique, car dans la situation actuelle il ne pourra être mis en place qu’avec l’assentiment unanime des vingt-cinq pays membres de l’Union Européenne et en modifiant les objectifs fondamentaux de l’OMC.

Si cette double condition ne pouvait être réalisée, l’ensemble des douze pays adhérents de la Zone Euro devrait rétablir la Préférence Communautaire pour cette zone et quitter l’OMC.

Si une telle solution se révélait finalement irréalisable la France devrait quitter l’Union Européenne et il est très probable qu’elle serait suivie par la plupart des pays membres de la Zone Euro et en tout cas par tous les pays membres de l’Europe des Six ,fondateurs de l’Union Européenne.

Le rétablissement immédiat de la Préférence Communautaire et de tout ce qu ‘il implique est la condition absolue de la survie de l’Union Européenne.

En fait, on ne saurait se dissimuler les immenses difficultés que rencontrerait sur le plan juridique et institutionnel le rétablissement immédiat de la Préférence Communautaire, et s’il était nécessaire une Sécession d’un groupe de pays membres de l’Union Européenne.

Je suis cependant convaincu que si les masses populaires, de l’extrême droite à l’extrême gauche, s’unissaient pour un temps dans un combat commun pour le rétablissement immédiat de la Préférence Communautaire et de tout ce qu’il implique, le Président de la République saurait répondre à un tel appel et que leur action commune l’emporterait décisivement et rapidement à l’encontre de tous les obstacles.

Les rivalités partisanes entre les hommes politiques et entre les partis politiques face aux échéances électorales de 2007 ne sont que dérisoires au regard du rétablissement de la croissance et du plein emploi que seul peut assurer le rétablissement immédiat de la préférence Communautaire et de tout ce qu ‘il implique.

Une seule stratégie s’impose : « Toutes victimes de la mondialisation, unissez-vous ».
L’Union fait la force et elle peut l’emporter décisivement sans délai face à tous les obstacles. »

Conclusion d’Allais

 » Incontestablement la situation économique, politique et démographique de la France, de l’Union Européenne, et du Monde est extraordinairement complexe et les solutions simplistes qui sont proposées de tous côtés en France pour mettre fin à un chômage intolérable et à la crise profonde de la société française ne peuvent qu’aggraver les maux qui nous accablent.

Les causes de nos difficultés sont très nombreuses et très complexes, mais une d’elles domine toutes les autres : la suppression progressive de la Préférence Communautaire à partir de 1974 par l’Organisation de Bruxelles à la suite de l’entrée de la Grande Bretagne dans l’Union Européenne en 1973.

Le rétablissement de la Préférence Communautaire et de tout ce qu’il implique est aujourd’hui la condition majeure du rétablissement de la croissance, de la prospérité de l’industrie et de l’agriculture, et de la suppression du chômage intolérable qui nous mène au désastre.

Ce rétablissement de la Préférence Communautaire est indispensable pour protéger l’Union Européenne des multiples désordres de l’économie internationale et de la concurrence perverse des pays à bas salaires.

Ce rétablissement ne saurait suffire, mais il représente une condition majeure de la prospérité européenne et pour mettre fin à la crise profonde de la Société française.

Sur le plan politique et institutionnel ce rétablissement de la Préférence Communautaire et de tout ce qu ‘il implique comporte des difficultés majeures au regard des Traités qui ont fondé l’Union Européenne, des principes de l’Organisation mondiale du commerce auxquels a souscrit l’Union Européenne, et de l’influence majeure des multinationales dans le monde entier.

S’il s’avérait que ces obstacles seraient insurmontables les pays de la Zone Euro devraient faire Sécession, et si cette Sécession s’avérait elle-même impossible, la France ne saurait accepter d’être détruite jour après jour et elle devrait faire Sécession.

3 commentaires pour Réponses à quelques questions pour une autre Europe

  1. Sebaneau dit :

    La théorie du libre échange, qui démontre que le seul effet du protectionnisme c’est d’appauvrir immédiatement, certainement et universellement le pays auquel son gouvernement l’inflige, est un simple raisonnement arithmétique à la portée d’un élève de cinquième (« de cinquième » parce qu’il faut savoir distinguer les nombres positifs des nombres négatifs).

    Celle des avantages de la spécialisation, qui prouve que chacun a intérêt à se spécialiser dans le domaine où il est relativement le meilleur, de sorte que les autres auront intérêt à échanger avec vous même s vous êtes plus mauvais que tous les autres, est tout autant une démonstration logique, qu’aucune observation n’a jamais permis et ne permettra jamais de réfuter.

    C’est l’idée comme quoi la liberté des échanges ne serait justifiée qu’entre pays de niveau de développement comparable qui n’a au contraire aucune espèce de fondement théorique.
    Quand on comprend qu’il n’y a pas lieu de théoriser sur les échanges en termes de « pays » mais en termes d' »individus propriétaires », puisqu’il n’y a jamais que les individus propriétaires qui échangent, cette prescription devient non pas dépourvue de fondement mais dépourvue de sens.

    L’échange peut très bien se faire entre individus de productivité comparable, dans des « pays » où la productivité moyenne est différente, comme elle peut se faire entre des individus de productivité très différente dans le même pays. La frontière ne change rien à l’intérêt à échanger, à l’intérêt de se spécialiser, elle n’est qu’un lieu où certains hommes de l’état entravent les échanges.

    La rémunération du travail reflète en tendance sa productivité, de sorte qu’il est aussi imbécile de prétendre aujourd’hui qu’on ne saurait affronter la concurrence des pays à bas salaires qu’il était imbécile de la part des hommes de l’état indien il y a un demi-siècle d’y imposer le protectionnisme sous prétexte qu’avec leur faible productivité ils n’auraient pas pu affronter la concurrence des « pays développés ».

    Chacune de ces imbécillités est le pendant de l’autre, et la réfute bien évidemment.

    Les déclaration ex cathedra de Maurice Allais à ce sujet ne deviennent pas moins absurdes pour avoir été ressassées depuis des années –toujours sans le moindre commencement de prétendue « démonstration », parce qu’on est censé prendre pour parole d’Evangile ce qui vient d’un « prix Nobel ».

    […]

    Dans la Grande bibliothèque de la sophistique étatiste, l’aile intitulée « Je prouve statistiquement que deux et deux font cinq » est déjà assez fournie pour que les apports de M. Allais ne l’enrichissent que marginalement.

    • C.E.C. dit :

      Vous avez parfaitement le droit de critiquer les idées qui sont exposées sur ce blog, mais vous n’avez pas pour autant le droit d’être insultant ou malpolis. Je reprends donc vos 4 dernières interventions et je vais de ce pas effacer ce qui ne devrait pas se trouver dans vos commentaires. Merci de faire attention pour la suite pour ne pas m’obliger à vous interdire de commentaires.

      • C.E.C. dit :

        J’ai mis entre [ et ] les passages de votre prose fielleuse que j’ai supprimés.

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