Ch. Gomez: “faut-il interdire les délocalisations ?”

20 octobre 2010

UNE THÉORIE CORRECTE, UNE APPLICATION ERRONÉE

Réponse à l’article de Jean Imbs : « faut-il interdire les délocalisations ? »

Le Professeur Imbs (Le Temps du 14 février) nous a délivré un trés intéressant plaidoyer en faveur de ce qu’on appelle aujourd’hui le Mondialisme, justifiant théoriquement les développements économiques actuels et nous promettant des lendemains radieux « dans le long terme », c’est à dire, dans le langage des économistes, dans un avenir difficile a préciser, compris entre 2 jours et plusieurs décennies……Pour ce faire, la théorie ricardienne des coûts comparatifs est largement mise à contribution, sous l’autorité du grand Samuelson, ce qui peut donner aux lecteurs non avertis  l’impression que le débat est tranché sur le plan scientifique et qu’ils n’ont qu’à s’incliner devant les arguments de la Science et de l’idéologie dominante réunies. Aussi mon propos est-il  de tempérer le propos en arguant que si la théorie mentionnée est correcte en soi, elle l’est dans les limites de ses hypothèses. Or, aucune de celles-ci n’est réalisée dans le monde actuel. Dès lors, son application erronéee peut avoir des conséquences dramatiques dans un contexte marqué par l’émergence de pays gigantesques ( le tiers de l’Humanite), disposant « d’armées industrielles de réserve » immenses et ayant des capacités technologiques incontestées (Chine, Inde…). Personnellement, j’utiliserai aussi un des plus grands économistes de ce temps (Maurice Allais, Prix Nobel 1988), pourtant réputé comme un grand esprit libéral, qui a fait de ce combat contre le « laisser-fairisme » un des derniers grands combats de sa vie. Le problème ici n’est pas de prendre partie, mais d’évaluer les problèmes et les risques des évolutions actuelles.

Théorie correcte, la démonstration de la théorie des coûts comparatifs supposent des conditions d’application très restrictives qui n’ont rien à voir avec les conditions d’aujourd’hui.

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lettre ouverte adressée par Maurice Allais à Monsieur Jacques MYARD

16 octobre 2010

Le texte des pages suivantes (42 pages) est la reproduction, avec l’autorisation de l’auteur, d’une lettre ouverte adressée par Maurice Allais à Monsieur Jacques MYARD, Député des Yvelines

Maurice Allais et les Editions Clément Juglar l’ont développée sous forme d’un livre publié en décembre 2005
62 avenue de Suffren, 75015 Paris – Tél 01 45 67 58 06

clementjuglar@auxam.fr

181 pages – Prix: 19 €uros + port

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L’EUROPE EN CRISE

QUE FAIRE ?

Réponses à quelques questions

POUR UNE AUTRE EUROPE

SOMMAIRE

PRESENTATION ……………………………… 3

I.- La création de l’Euro est-elle justifiée ? ……. 4

II.- L’Organisation politique de l’Europe ..  …. 5

III.- Les effets destructeurs de la Mondialisation 10

IV.- La nécessaire Préférence Communautaire … 15

V.- De profondes réformes …………  …………….. 21

Epilogue ……………………  …………………….. 28

ANNEXES

I.- Evolution comparée du Produit Intérieur
Brut Réel par Habitant, France • Etats-Unis
1950 – 2004 …………  …………………… ………..
29

II.- Protection tarifaire ou protection
contingentaire
………….  ………………………… 34

III.- Une législation obscurantiste …..  ……. 39

REFERENCES ……………………..  …………….. 41

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PRESENTATION

Au nom des députés gaullistes, membres de l’UMP, qui ont voté non au Référendum du 29 mai 2005 sur le Traité Constitutionnel Européen, et regroupés dans le Cercle “Les Républicains”, Monsieur JACQUES MYARD, Député des Yvelines, Président du Cercle “Nation et République” m’a demandé de répondre à quelques questions susceptibles d’éclairer les enjeux économiques et politiques européens dans leur contexte mondial lors des universités de rentrée de Dourdan les 9 et 10 septembre 2005.

LES QUESTIONS POSÉES

Les questions posées sont les suivantes :

1.- L’Euro vous paraît-il être un facteur de développement indispensable pour l’Europe ?

2.- Quelle devrait-être, selon vous, l’organisation politique du continent européen ?

3.- L’Europe a favorisé l’émergence d’une mondialisation sans barrière. N’a-t-elle pas aussi concouru à l’accroissement de ses difficultés économiques ?

4.- La Mondialisation est très certainement inéluctable en termes techniques, mais quelles devraient être, selon vous, les mesures à mettre en œuvre à fin de contrer ses effets négatifs ?

5.- Quelle politique économique devrait privilégier le gouvernement français pour relancer l’économie de la nation ?

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Allais: la rupture de 1974

13 octobre 2010

Extraits du livre de Maurice Allais (ed Clément Juglar 2007)

“La mondialisation, la destruction des emplois et de la croissance”

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1974 ; UNE ANNÉE DE RUPTURE

L’année 1974 apparaît comme une année de rupture entre la période 1950-1974 de prospérité continue et la période 1974-1997 essentiellement marquée par une croissance massive du chômage, une diminution considérable des effectifs industriels, et une très forte réduction de la croissance.

La rupture de l’année 1974 peut être illustrée par quelques graphiques très significatifs représentant respectivement les évolutions de 1950 à 1997 du chômage au sens du BIT, du sous-emploi total (qui tient compte du traitement social du chômage), de leurs taux par rapport à la population active, des emplois dans l’industrie et de leur pourcentage dans la population active, et du produit intérieur brut réel global et par habitant.

La représentation correspond à la période 1950-1997 et à la situation telle qu’elle se constate au début de 1999 au regard des données statistiques effectivement disponibles.

On constate que les nouveaux points représentés en gras se placent effectivement au voisinage des tendances calculées en 1994 et correspondant à la période 1974-1993. Le plus souvent les nouveaux points se placent presque exactement sur les tendances calculées en 1994.

En fait, les tendances des périodes antérieure et postérieure à 1974 sont profondément différentes.

La période 1974-1997 est marquée par la destruction des emplois, la destruction de l’industrie, et la destruction de la croissance.

Le chômage au sens du BIT

Sur le Graphique I représentatif de 1950 à 1993 du chômage C au sens du BIT la Cassure de 1974 apparaît particulièrement nette au regard de l’évolution locale observée de 1950 à 1974 et représentée par l’interpolation parabolique en traits fins

De 1950 à 1974 le nombre de chômeurs au sens du BIT a crû de 340 à 630 mille en passant par un minimum de l’ordre de 180 mille aux environs de 1957.

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Contre le mondialisme, vive le protectionnisme !

13 octobre 2010

Maurice Allais : « Contre le mondialisme, vive le protectionnisme ! »

Le 11 octobre 2010 – par François Ruffin

Tous les journaux, toutes les radios mentionnaient ce lundi matin le décès de Maurice Allais. Mais où est paru le seul entretien avec le seul Prix Nobel français d’économie ? Dans Fakir, au printemps 2008. C’est dire si, hormis une tribune sur Marianne 2, ses positions protectionnistes étaient marginalisées. Alors que l’Express, Libération, Le Monde, etc. l’auraient encensé, placé à leur Une, s’il avait défendu le libre-échange.
Nous n’encenserons pas Maurice Allais – cet homme venu de la droite, qui avait défendu l’Algérie française, hostile à l’immigration. Nous lui rendons néanmoins la parole sur son terrain, l’économie.
Un entretien relu et approuvé par ses soins.
Le journal Fakir est un journal papier, en vente chez tous les bons kiosquiers ou sur abonnement. Il ne peut réaliser des enquêtes, des reportages, que parce qu’il est acheté.

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Monsieur Maurice Allais, vous êtes rangé parmi les économistes libéraux. Vous vous réclamez je pense de ce courant. Votre nom est régulièrement associé – à tort ou à raison – à ceux de Friedrich Hayek ou de Milton Friedman. Et pourtant, depuis une quinzaine d’années maintenant, vous menez – je vous cite – « le combat passionné d’un homme de science contre la mondialisation »…

Maurice Allais : L’idéologie que j’appelle « libre-échangiste mondialiste » a déjà fait d’innombrables victimes dans le monde entier. Pour une raison simple, empiriquement vérifiée : la mondialisation généralisée des échanges, entre des pays caractérisés par des niveaux de salaires très différents, entraîne finalement partout, dans les pays développés comme dans les pays sous-développés, chômage, réduction de la croissance, inégalités, misères de toutes sortes. Or, cette mondialisation n’est ni inévitable, ni nécessaire, ni souhaitable.

D’où vous vient cette conviction ?

Maurice Allais : Cette certitude naît d’une simple observation, ce que je nomme « la cassure de 1974 ».
Sur la période 1974-1997, le taux de chômage au sens du BIT est passé de 2,84 % à 12,45 %, soit un accroissement de 1 à 4,4. De même, le taux de sous-emploi est passé de 3,39 % à 23,6 %, soit un accroissement de 1 à 7. Or, à partir de graphiques, d’analyses statistiques, on doit relier cette crise de l’emploi à un changement brutal intervenu en 1974.
Entre 1955 à 1974, les effectifs dans l’industrie s’étaient accrus d’environ un million, soit 50 000 par an – avec un pourcentage d’emplois industriels dans la population active qui restait constant et stable, aux alentours de 28 %. Entre 1974 et 1993, en revanche, ces effectifs ont décru d’environ 1 700 000, soit 90 000 par an – et le taux d’emplois industriels a fortement diminué, de 28 % à 17 %.

Vous parlez de l’industrie. Mais on est passés, désormais, à une « économie de services »…

Maurice Allais : Qui envisagerait comme un objectif raisonnable pour la France une destruction progressive de son industrie, même compensée par un développement massif des activités du commerce et du tourisme ? Quand on examine l’histoire des civilisations, aucune d’entre elles n’a pu exister ou survivre que dans la mesure où elle s’appuyait sur une industrie.

Mais quel lien faites-vous entre cette cassure, cette casse de l’industrie et la mondialisation ?

Maurice Allais : Certains prétendent expliquer la cassure de 1974 par le choc pétrolier, ou par les incidences des Accords de Grenelle en mai 1968, ou par le remplacement du SMIG par le SMIC. Mais en fait, une seule cause peut et doit être considérée comme le facteur majeur et déterminant des différences constatées entre avant 1974 et après 1974 : la libéralisation des échanges extérieurs par l’Organisation de Bruxelles.
Dans un tel contexte, plus les minima de salaires sont élevés, et plus les importations en provenance des pays à bas salaires sont favorisées. Or, ces pays représentent aujourd’hui des milliards d’hommes. Leur compétition dans un monde de libre-échange ne peut qu’entraîner, inexorablement, dans les pays développés, un nivellement des salaires vers le bas et une explosion du sous-emploi.
Cette opinion relève du sens commun, et elle apparaîtra aux lecteurs comme une banalité. Mais il n’y a pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. Il n’y a pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Et tel semble bien, aujourd’hui, le comportement des dirigeants – politiques, économiques, médiatiques : ils ne veulent ni voir ni entendre.

Que des secteurs industriels, hier la sidérurgie, le textile, la plasturgie, aujourd’hui la métallurgie, la chimie, disparaissent à cause des pays à bas coût de main d’œuvre, soit. Mais dans le même temps, on exporte davantage aussi…

Maurice Allais : Naturellement ces importations sont compensées en valeur par des exportations. Mais globalement, des emplois sont détruits à cause de la structure très différente des importations et des exportations : dans les produits qu’on importe se trouve beaucoup de travail peu qualifié, tandis que dans les produits qu’on exporte se trouve peu de travail très qualifié. La balance commerciale est indépendante de la balance sociale.

Vous dites : « Plus les minima de salaires sont élevés, et plus les importations en provenance des pays à bas salaires sont favorisées ». Pour conserver des emplois peu qualifiés, il faudrait, alors, diminuer le coût du travail ?

Maurice Allais : On nous le répète. On nous dit par exemple que tout est très simple : si l’on veut supprimer le chômage, il suffit d’abaisser les salaires. Mais personne ne nous dit quelle devrait être l’ampleur de cette baisse, ni si elle serait effectivement réalisable sans mettre en cause la paix sociale. Que depuis tant d’années de grandes organisations internationales comme l’OCDE, l’OMC, le FMI, ou la Banque Mondiale puissent préconiser une telle solution est tout simplement atterrant.
On aperçoit alors l’impasse. La mondialisation des échanges mène soit à un chômage accru s’il y a rigidité des salaires, soit à une inégalité accrue s’il y a flexibilité des salaires.

Cette mondialisation, en même temps, elle profite à tous. Il suffit de remplir son chariot au supermarché…

Maurice Allais : C’est vrai. Les partisans du libre-échange soulignent que grâce aux délocalisations et aux importations en provenance des pays à bas salaires, jamais les prix dans les hypermarchés n’ont été aussi bas. Mais c’est oublier que les consommateurs ne sont pas seulement des acheteurs. Ils sont également des producteurs qui gagnent leur vie et qui paient des impôts.
En tant que consommateurs, ils peuvent acheter des produits meilleur marché. Mais pour ces consommateurs, la contrepartie réelle de ces importations à bas prix est finalement la perte de leur emploi ou la baisse de leurs salaires, et des impôts accrus pour couvrir le coût social du chômage et de la politique de l’emploi.
C’est également oublier que les consommateurs sont aussi des citoyens habitant dans les agglomérations urbaines, et qu’au fur et à mesure que le chômage et la pauvreté générés par la mondialisation augmentent, l’insécurité et l’instabilité des banlieues s’accroissent.
On voit alors que les effets de cette idéologie libre-échangiste, aussi funeste qu’erronée, ne se bornent pas au développement massif du sous-emploi. Ils se sont traduits également par un accroissement des inégalités, par une destruction progressive du tissu industriel français, par un déséquilibre de toute la société.
Cette invocation du « consommateur », de son bénéfice supposé, sert à masquer d’autres intérêts. Car les groupes dirigeants de l’économie sont devenus de plus en plus riches alors que les pauvres sont devenus de plus en plus pauvres.

Comment expliquer, alors, que cette « idéologie libre-échangiste erronée » domine tant ? Que rares soient les intellectuels, et encore plus rares les économistes, à la dénoncer ?

Maurice Allais : Une citation de Wells pourrait suffire : « Cette coutume qu’ont les hommes de se refuser à émettre des jugements critiques sur les points fondamentaux est un des plus grands dangers qui menacent, d’une façon générale, les facultés humaines de compréhension. »
Toute la Construction européenne et tous les traités relatifs à l’économie internationale (l’Accord Général sur les Tarifs douaniers et le Commerce, la Convention relative à l’Organisation de Coopération et de Développement Economique, etc.) ont été viciés à leur base par une proposition enseignée et admise sans discussion dans toutes les universités américaines – et à leur suite dans toutes les universités du monde entier :
« Le fonctionnement libre et spontané des marchés conduit à une allocation optimale des ressources. »
C’est là l’origine et le fondement de toute la doctrine libre-échangiste. Son application aveugle et sans réserve à l’échelle mondiale n’a fait qu’engendrer partout désordres et misères.
On pourrait conclure avec une autre citation, de Keynes cette fois : « Les idées exprimées ici sont extrêmement simples et devraient être évidentes. La difficulté n’est pas de comprendre les idées nouvelles, elle est d’échapper aux idées anciennes qui ont poussé leurs ramifications dans tous les recoins de l’esprit des personnes ayant reçu la même formation que la plupart d’entre nous. »

Mais à quelles « idées nouvelles », par exemple, vous songez ?

Maurice Allais : Au protectionnisme, qui n’est pas une idée ancienne mais neuve.

Le protectionnisme est généralement associé à l’isolationnisme, au nationalisme, à l’autarcie…

Maurice Allais : D’abord, une libéralisation totale des échanges et des mouvements de capitaux ne me paraît possible, souhaitable, que dans le cadre d’ensembles régionaux groupant des pays au développement économique et social comparable.
Ensuite, pour toute organisation régionale – et je pense bien sûr ici à l’Europe –, le choix n’est pas entre l’absence de toute protection et un protectionnisme isolant totalement l’économie de l’extérieur. Il est dans la recherche d’un système qui permette de bénéficier d’une concurrence effective et des avantages de nombreux échanges avec l’extérieur, mais qui protège également l’économie communautaire contre tous les désordres et les dysfonctionnements qui caractérisent chaque jour l’économie mondiale.

Concrètement, comment vous imaginez cela ?

Maurice Allais : Un objectif raisonnable serait que par des mesures appropriées et pour chaque produit ou groupe de produits un pourcentage minimal de la consommation communautaire soit assuré par la production communautaire. La valeur moyenne de ce pourcentage pourrait être de 80 %. C’est là, au regard de la situation actuelle, une disposition fondamentalement libérale.

On vous traitera d’utopiste, ou de fou, tellement vous allez a contrario du fonctionnement des institutions internationales !

Maurice Allais : Tôt ou tard, les faits finiront par l’emporter, mais probablement dans les plus mauvaises conditions. Plus on attendra, et plus les obstacles seront difficiles à surmonter.
Il faut, de toute nécessité, remettre en cause les politiques mises en œuvre par l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Et il est nécessaire de réviser les traités fondateurs de l’Union Européenne tout particulièrement quant à l’instauration d’une préférence communautaire. La politique commerciale de Bruxelles a peu à peu dérivé vers une politique mondialiste libre-échangiste, contradictoire avec l’idée même de la constitution d’une véritable Communauté Européenne. Cette hâte pour réaliser une Europe mal définie, sans institutions appropriées, sans objectifs précis, est fondamentalement malsaine. Elle ne peut que mener à des situations économiquement et politiquement intenables.
Hayek lui-même l’énonçait, au sortir de la seconde guerre mondiale : « Rien n’a sans doute tant nui à la cause libérale que l’insistance butée de certains libéraux sur certains principes massifs, comme avant tout la règle du laissez-faire. »

Vous dénoncez le « libre-échangisme », ou le « mondialisme », et votre recours au « -isme » signale une idéologie, à la fois forgée par des intellectuels et qui devient réalité grâce à une volonté politique. En général, on parle plutôt de « mondialisation », et ça apparaît alors comme une fatalité. Comme la loi de la gravité, ou comme la pluie, on ne peut pas lutter contre « la mondialisation »…

Maurice Allais : L’histoire n’est pas écrite, et je ne vois dans ce processus aucune fatalité. C’est en fait de l’évolution des opinions publiques, c’est du poids relatif des forces politiques, que dépendent les changements de politique réalistes qui nous sauveront du désastre et détermineront notre avenir.
Et si j’insiste sur le « -isme », c’est que je dresse un parallèle. Les perversions du socialisme ont entraîné l’effondrement des sociétés de l’Est. Mais les perversions laissez-fairistes mènent à l’effondrement des sociétés occidentales.
En réalité, l’économie mondialiste qu’on nous présente comme une panacée ne connaît qu’un seul critère, « l’argent ». Elle n’a qu’un seul culte, « l’argent ». Dépourvue de toute considération éthique, elle ne peut que se détruire elle-même.
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La fabrication de cet entretien
Maurice Allais ne donne pas d’entretien aux journalistes. Pour ne pas perdre de temps avec des Monsieur Jourdain qui font du « mondialisme » sans le savoir. Donc, quand j’ai envoyé un courriel à son secrétariat, quand je l’ai appelé chez lui, il a refusé. Ou alors, il fallait procéder autrement. Indirectement :
Primo, que je lise ses livres (j’avais commencé). Secundo, que je rédige mes questions, mais aussi ses réponses : en recopiant des passages de ses ouvrages. Tertio, que je lui adresse le texte et qu’il valide ou non. Ca réclamait plus de boulot que de tenir un micro…
Je me suis attelé à la tâche et des semaines plus tard il a validé. Il en était même très content, je crois. Je craignais qu’il chipote sur la moindre virgule, que le texte fasse cent allers-retours, qu’il se montre scientifiquement sourcilleux. Mais non. Au contraire. Du premier coup. Maurice Allais m’a appelé, ravi, enchanté, jamais on a respecté ainsi ses idées, etc. Il va envoyer le fichier à tous ses amis. Il m’a donné son quitus pour une publication. Mais où ? C’est ainsi que le seul entretien avec le seul prix Nobel d’économie français a terminé dans Fakir : voilà qui en dit long sur la censure dans le débat économique. Le libre-échange est élevé au rang de dogme, intouchable. Un symbole de la fermeture idéologique de médias qui, bien sûr, ne font pas d’idéologie…
Les propos cités dans l’entretien sont donc, pour l’essentiel, extraits de deux livres :
La Mondialisation, la destruction des emplois et de la croissance (éd. Clément Juglar, 2007).
L’Europe en crise. Que faire ? (éd. Clément Juglar, 2005).

(article publié dans Fakir N°40, mars 2009)


Maurice Allais nous a quitté

10 octobre 2010

Le seul Français à avoir reçu le prix Nobel d’économie est décédé samedi à son domicile à l’âge de 99 ans.

Maurice Allais, le seul citoyen français a avoir reçu le prix Nobel d’économie est mort samedi après-midi à son domicile de Saint-Cloud. Il avait 99 ans et demi. Un hommage lui sera rendu ce lundi ou mardi par le gouvernement. Il devrait être enterré aux Invalides samedi 16 octobre. 

Le Figaro

N’est ce pas l’occasion de relire son avant dernier article paru en décembre dernier dans Marianne ?

La veille de son décès, j’avais édité un article ” Allais: la rupture de 1974″, sur http://ecosocietal.wordpress.com/2010/10/09/allais-la-rupture-de-1974/ , condensé de quelques pages de son livre ” La mondialisation, la destruction des e…mplois et de la croissance” dont vous pouvez trouver un résumé complet ici (résumé par Étienne Chouard ) http://www.fauxmonnayeurs.org/articles.php?lng=fr&pg=47


La réforme monétaire 100% en quelques lignes

28 septembre 2010

Un excellent résumé extrait du site de Natanael Faibis : lien

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Il est souvent difficile d’expliquer en quelques mots les défauts du système monétaire actuel et les avantages du système 100%. J’ai essayé de présenter ces éléments le plus succinctement et le plus simplement possible.

La proposition

Il existe deux types de dépôts : les dépôts à vue (DAV), dont le montant est retirable à tout moment, et les dépôts à terme (DAT) retirables seulement à partir d’une date précise. Dans la zone Euro, les banques ont l’obligation de garder 2% des montants en DAV et DAT à la banque centrale. Si vous avez 50€ en DAV et 50€ en DAT, votre banque doit garder au moins 2€ en réserve, le reste pouvant être prêté ou investi. L’objet même de la réforme 100% est de faire passer cette obligation de réserve à 100% pour les DAV et de la laisser inchangée pour les DAT.

La création monétaire aujourd’hui

Le système actuel permet aux banques de créer et de détruire de l’argent. Lors d’un prêt classique, le prêteur ne peut profiter de l’objet prêté que lorsque celui est rendu par l’emprunteur. Pourtant, 98% du montant d’un DAV a été prêté alors même que le déposant a la possibilité de retirer cet argent à tout moment. Cette distorsion du mécanisme naturel du prêt entraine une duplication de la monnaie par le crédit. Imaginez que vous ayez 2€ et que vous prêtiez ces mêmes 2€ à 50 personnes différentes qui auraient la possibilité de retirer ces 2€ à tout moment. Si vous êtes une banque, vous êtes dans la plus pure légalité. Vous avez des réserves de 2€ pour 100€ DAV retirables à tout moment. Avec 2€, vous avez eu la possibilité de créer 100€ de DAV. Comme le dit l’adage reconnu par la plupart des économistes « les crédits font les dépôts ». Dans le sens inverse, le « remboursement du crédit détruit le dépôt »

Les 5 défauts majeurs de ce système

1- Le volume de DAV est quasi-incontrôlable par la banque centrale car il dépend essentiellement de la croissance du crédit. Ainsi, l’Etat a un contrôle très limité sur le volume monétaire en circulation, qui est pourtant un facteur économique essentiel

2- Ce système est taillé pour encourager tout phénomène spéculatif. Cette monnaie élastique permet de créer de nouvelles ressources monétaires lorsque les agents économiques cherchent à s’endetter pour spéculer sur un marché en vogue.

3- Le taux d’intérêt de marché ne peut jouer son rôle régulateur entre l’offre d’épargne et la demande de crédit puisque potentiellement, toute demande monétaire de crédit crée potentiellement sa propre offre.

4- Le système actuel rend impossible le processus sain de désendettement public et privé. Le remboursement de crédit réduisant le volume de DAV, les pouvoirs publics sont incités à encourager l’endettement public et privé pour éviter une pénurie de monnaie.

5- Il règne actuellement une opacité extraordinaire autour de la création monétaire. La masse monétaire a doublé entre 2000 et 2008 sans que l’on sache à qui cela à bénéficier. Si le monopole de la création monétaire revenait à l’Etat, l’émission monétaire financerait les dépenses publiques et réduiraient d’autant l’impôt.

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Le système 100%

Le système 100% permettrait à l’Etat de prendre le contrôle intégral de l’émission monétaire et de déconnecter la croissance monétaire de l’évolution du marché du crédit. Ce système donnerait la possibilité à l’Etat de limiter les émissions monétaires en temps de boom et de les élargir en temps de crises sans s’endetter lourdement, politique contra cyclique impossible aujourd’hui.

La transition

Les comptes bancaires seraient séparés en deux catégories légales claires, les DAV et les DAT. Pour 100€ que vous avez en DAV, la banque a 2€ de réserve et 98€ de prêt. L’Etat donnerait 98€ de réserves aux banques qu’elles déposeraient à la banque centrale en l’échange de 98€ de créance. Ainsi, les banques auraient des réserves de 100% couvrant les DAV qu’elles ne pourraient ni prêter, ni investir. Les créances récupérées par l’Etat serviraient à la réduction de la dette publique à la hauteur de plusieurs dizaines de point de PIB.

Les 4 principales objections

- Comment les banques rentabiliseront la gestion des DAV si l’argent ne peut être prêté ?

La gestion des dépôts à vue sera facturée aux clients. Chaque banque fixera son prix pour ce service. La loi de la concurrence battra son plein. Avec la technologie actuelle, la gestion des DAV représente un coût mineur.

- Quel argent prêteront les banques sous le système 100% ?

Les banques auront la possibilité de prêter l’argent déposé en DAT et leur capital. La réduction des prêts consentis à l’économie par le gel des DAV sera égale à la réduction de la dette publique. Ainsi, le marché du crédit pour les agents privés ne sera pas touché.

- Le passage des réserves de 2% à 100% fera-t-il exploser le volume monétaire en circulation ?

Pas le moins du monde. Après la transition, le montant des DAV et des billets et pièces en circulation n’aura pas varié d’un centime. Les banques ne pouvant plus utiliser les réserves couvrant les DAV, il n’y aura pas d’augmentation du volume monétaire en circulation.

- Le taux d’intérêt va-t-il augmenter après la transition ?

C’est possible. Si l’offre de crédit disponible (DAT + capital des banques) est moins importante que la demande de crédit, les taux d’intérêt vont monter. Si l’offre de crédit est moins importante que la demande, les taux d’intérêt vont baisser. Les taux d’intérêt joueront à plein leur rôle de régulateur entre épargne et investissement.

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Pour approfondir: “100% monnaie”


Quelques réponses à l’article de J.Peyrelevade

26 septembre 2010

Jean Peyrelevade a émis sur son blog, le 8 septembre 2010, un article intitulé “Critique d’un prix Nobel

Ce n’est pas tant son article qui nous intéresse (il est donc inutile de le recopier ici) mais les précisions qu’a pu apporter Christian Gomez   dans ses commentaires , ainsi que quelques autres que nous avons sélectionné car ils éclairent le débat du “100% monnaie”.

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Par Laurent Pinsolle

17 juillet 2010

Résumé et analyse de ” Maurice Allais, « La mondialisation, la destruction des emplois et de la croissance »” du 25/01/2009 du blog de Laurent Pinsolle (http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/)

1 – Maurice Allais, le libéral qui a pensé le protectionnisme européen

Cela faisait depuis longtemps que je souhaitais lire un livre de notre prix Nobel* d’économie. Mais il m’a été difficile de trouver un de ses livres, y compris sur Internet. Voici donc le résumé d’un de ses ouvrages de référence, dont la matière intellectuelle compense une forme pas toujours attrayante.

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Maurice Allais flingue le néo-libéralisme

12 juin 2010

Maurice Allais flingue le néo-libéralisme dans une revue financée par Bercy  Bercy
Par Emmanuel Lemieux

Pour fêter ses 99 ans, le seul Nobel français d’économie s’est livré dans la très confidentielle revue de l’Ecole des Mines à une critique féroce du “libre-échangisme”. Il alerte sur la destruction de l’agriculture et de l’industrie, sources profondes du chômage français, et en appelle à des solidarités régionales.

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BIO-EXPRESS. Né le 31 mai 1911. 1947 : Participe avec les économistes libéraux (Hayek, Friedman, Mises) à la création de la Société du Mont-Pelerin (anti-étatisme). 1988 : Nobel d’économie pour sa théorie des marchés et l’utilisation efficace des ressources. 1994 : abandon des théories reaganiennes et combat contre le “libre échangisme”
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Le libéralisme ne saurait être un laisser faire“, insiste Maurice Allais, 99 ans depuis mai dernier et seul Français Nobel d’économie (1988). Dans la livraison de mai de Réalités Industrielles, publiée avec le soutien de Bercy, l’économiste ouvre le bal d’un dossier consacré au diagnostic de la crise, avec un petit article décapant sur “Les causes véritables du chômage“.

Pour Maurice Allais, le chômage n’est pas essentiellement dû à des questions monétaires, même si celles-ci devraient “continuer de jouer un rôle néfaste grandissant“, mais il pointe en premier lieu, les responsabilités d’un système global, celui né de ” la conséquence de la libéralisation inconsidérée du commerce international.

La profonde ignorance des économistes

Professeur honoraire à l’Ecole nationale supérieure des Mines de Paris, il rappelle à ses anciens disciples quelques vérités pas très politiquement correctes et s’en prend à l’idéologie mainstream actuelle des économistes. Farouchement anti-échangiste comme il fut exactement le contraire, reaganien invétéré jusqu’en 1994, il estime que “nous avons été conduits à l’abîme par des affirmations économiques constamment répétées, mais non prouvées. Par un matraquage incessant, nous étions mis face à “des vérités établies, des tabous indiscutés, des préjugés admis sans discussion. Cette doctrine affirmait comme une vérité scientifique un lien entre l’absence de régulation et une allocation optimale des ressources. Au lieu de vérité il y a eu, au contraire, dans tout ceci, une profonde ignorance et une idéologie simplificatrice.

Le doyen des économistes français perçoit dans la crise financière actuelle, un poison majeur : “L’enjeu capital actuel est le risque d’une destruction de l’agriculture et de l’industrie françaises. Ce danger est réel et j’emploie le mot destruction car il est représentatif de la réalité. Un tel risque provient du mouvement incessant des délocalisations, elles-même dues aux différences de salaires entre, d’une part, des pays développés tels que ceux de l’Amérique du Nord ou d’Europe de l’Ouest, et, d’autre part, ceux d’Asie ou d’Europe orientale, par exemple la Roumanie ou la Pologne“, accuse t-il. Démonstration : “Un écart de salaire élevé, aussi extrême qu’un rapport de un à six par exemple, n’est pas supportable sur le long terme par les entreprises des pays où le revenu est plus élevé.

Tous victimes

Mais le quasi-centenaire met en garde également ceux qui voudraient attiser les haines xénophobes de cette situation. “Cela ne veut pas dire que j’oppose entre elles ces différentes régions, qui me semblent toutes des victimes actuelles ou à venir du libre-échangisme voulu par l’OMC, le FMI et par Bruxelles en ce qui concerne l’Europe.” En 2005 déjà, le Nobel d’économie estimait que l’abandon de la préférence communautaire, décidé en 1974 par Bruxelles, avait entraîné une réduction du taux de croissance du PIB réel par habitant de chaque pays du traité de Rome de l’ordre de 30 à 50%.

En 2010, Maurice Allais propose une réforme rétablissant les préférences régionales au sein du commerce international. “Un point essentiel tient à la définition de ces espaces régionaux, qui ne devront pas être trop vastes et devront rechercher une homogénéité interne, ce que je définis comme “des ensembles régionaux groupant des pays de développement économique comparable, chaque association régionale se protégeant raisonnablement vis à vis des autres.” Visée : ne pas supprimer la concurrence, mais enrayer les distorsions de concurrence, telles que celles engendrées par ces écarts trop importants de coûts salariaux.

On pourra toujours objecter à l’auguste économiste qu’il cultiva comme un forcené l’idéologie reaganiene, ou que ses théories ont été vampirisées par le Front National, Maurice Allais quant à lui se considère définitivement comme un libéral socialiste : “C’est-à-dire socialiste quant aux objectifs, et libéral quant aux moyens. Les deux ne me semblent, ainsi, plus opposables de manière antagoniste, mais deviennent complémentaires.


Christian Gomez: 100% money

22 février 2010

Cet article est un résumé, préparé par A-J Holbecq, d’un article plus complet Gomez – 100% de Christian Gomez auquel vous pouvez vous référer pour avoir plus de détails. Il est publié avec l’accord de l’auteur.

L’article complet est intitulé : Une « vieille » idée peut-elle sauver l’économie mondiale ?
Un réexamen de la proposition d’une réforme radicale du système bancaire : L’imposition d’un coefficient de réserves de 100%
et a été présenté lors du colloque « LA CRISE : TROIS ANS APRÈS QUELS ENSEIGNEMENTS ? »

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Les banques doivent-elles disposer du pouvoir de créer de la monnaie ?  Non, car une telle possibilité que permet un système bancaire à couverture fractionnaire, induit l’instabilité économique et financière, une mauvaise allocation des ressources et des distorsions injustifiées dans la répartition des revenus…

Le principe actuellement en vigueur est nommé « système de crédit à couverture fractionnaire » est le vice fondamental de nos systèmes bancaires :  la création monétaire qui lui est liée permet aux banques de faire du crédit en promettant de payer à vue des sommes  pour lesquelles elles n’ont en réserve qu’une fraction de ces exigibilités, en jouant sur « la loi des grands nombres » et les compensations entre les entrées et les sorties de fonds.

Ce mécanisme du crédit bancaire considéré comme frauduleux a été critiqué pour

(1)son caractère structurellement instable, puisque des actifs non liquides sont financés par des dépôts à vue volatiles par essence, d’où les crises financières à répétition,

(2)son extraordinaire capacité à amplifier les mouvements économiques, prix et activité, à la hausse et à la baisse ;

(3)les déformations qu’il engendre dans la structure des taux d’intérêt et dans l’appareil de production,

(4)les distorsions qu’il induit dans la répartition des revenus puisque, par le pouvoir d’achat qu’il crée « ex nihilo », il permet à ceux qui en bénéficient de « prendre sans offrir », détruisant ainsi les équilibres

Les plus grands économistes ont proposé de nouveaux systèmes pour le réformer en cherchant à dissocier la création de monnaie et la  distribution du crédit, afin que l’investissement s’ajuste au mieux à l’épargne et que soit ainsi mis fin à l’instabilité chronique des économies. La plupart d’entre eux sont fondés sur un principe :  la monnaie en circulation doit être couverte à 100% soit par des espèces métalliques [Ricardo (1820), « Currency School » (1844), Walras (1892), Von Mises (1928), Hayek… Rothbard (1962), de Soto (1998)], soit par de la monnaie de base (« groupe de Chicago » (1933), Currie (1932,1934), Fisher (1935), Friedman (1959), Allais (depuis 1947, 1977), le privilège de la création monétaire étant récupéré dans ce cas là par l’Etat.

Le 100% money permettrait de réguler les économies plus efficacement qu’à présent, d’améliorer leur productivité, de donner une solution aux problèmes budgétaires et de dette publique. Elle pourrait être la base d’une refondation d’un nouveau capitalisme. Le « 100% Money », impose aux banques un taux de réserve de 100% sur les dépôts à vue et assimilés.

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